CHAPITRE I
(( ville de guerre qui a subi un assaut? eh bien, vous »( n'avez rien vu. Vous avez vu les troubles du mois de <( juin ? eh bien, vous n'avez rien vu. »
Plusieurs orateurs de la gauche se présentent pour répondre à M. de Broglie. M. de Ludre annonce qu'il votera le renvoi des pétitions au garde-des-sceaux, avec cette clause : « Pour faire exécuter les lois du royaume. » M. de Bricqueville rappelle que, lors de sa proposition relative au bannissement de la branche aînée, le gouvernement déclarait le code pénal applicable à ceux des membres de la famille déchue qui tenteraient la guerre civile-, et il s'étonne qu'on mette aujourd'hui à sortir du droit commun l'empressement qu'à une époque encore si récente, on mettait à y rester. « On parle, s'écrie M. Cabet, du (( péril qu'il y aurait à soumettre la duchesse de Berri à K la juridiction ordinaire : le gouvernement est-il donc « si mal affermi qu'il ne puisse subir une pareille « épreuve ? )>
Alors, et pour mieux combattre la dynastie dont ils étaient les serviteurs aveugles, M. Berryer se rangea résolument du parti des ministres . Comme eux il reconnut que traîner la duchesse de Berri devant des juges, serait une faute et un danger ^ comme eux il affirma qu'elle vivait dans une sphère où ne pouvait l'atteindre le glaive de la loi commune. Au point de vue monarchique, la mère d'un roi légitime n'étant liée par aucun devoir de soumission nécessaire à un prince que l'insurrection seule avait couronné , la duchesse de Berri s'était mise , à l'égard de Louis-Philippe, non pas en état de révolte, mais en état de guerre. Il y avait à statuer sur une défaite, non sur un délit, question de politique, non de
justice ; et c'était conséquemment au pouvoir exécutif à voir ce qu'en une telle occurrence il lui était permis d'oser.
M. Thiers comprit la portée fatale de cette adhésion : il essaya de donner le change aux esprits. Convaincu que c'était surtout à la pusillanimité de l'assemblée qu'il fallait faire appel pour arriver au succès, il se complut à dérouler devant elle je ne sais quel tableau sinistre : les juges tremblant sur leurs sièges, les accusateurs interdits, l'accusée triomphant de l'impossibilité où seraient ses ennemis d'apporter contre elle des preuves matérielles et décisives, les passions excitées en sens divers et prêtes à s'entrechoquer, les scènes du procès des ministres se renouvelant, plus graves encore, plus épouvantables, et le gouvernement forcé, s'il faisait venir l'accusée de Blaye à Paris, «d'échelonner sur la route 80 ou 100 mille hommes. »
Effrayée par cette évocation de vains fantômes, la Chambre abandonna aux ministres le soin de décider, sous leur responsabilité, mais selon leurs caprices, du sort de la duchesse de Berri.
Ainsi, de l'urne même où les lois prennent naissance, on faisait sortir l'arbitraire et toutes ses témérités ; la légalité, si ardemment soutenue par Casimir Périer, faisait place à la raison d'État, hypocrisie du despotisme : les intérêts de la politique, qui changent et passent, se substituaient aux droits de la justice, qui sont éternels ^ le jury, dont on avait proclamé si fastueusoment la sainteté, on le dénonçait maintenant comme un pouvoir accessible aux faux ménagements, à la corruption, à la peur : le principe de l'égalité devant la loi, inscrit dans la charte sans ré serve, on le sacrifiait à un genre d'inviolabilité qu'on n'a-