‹ Histoire de dix ans, 1830-1840 (volume 5)Chapitre 66 sur 201 · CHAPITRE 111. ICI · texte numérisé non relu

CHAPITRE 111. ICI

efiet pour rendre inefficace la convention du droit de visite, ne suffisait-il pas qu'une seule nation refusât son concours? L'Amérique, par exemple, qui se déshonore en tolérant l'esclavage, elle qui se dit républicaine, l'Amérique ne fournissait-elle pas aux négriers un moyen infaillible de se soustraire à toute poursuite en arborant le pavillon américain ? Le traité signé entre MM. Sébastiani et Granville était donc attaquable sous ce rapport. Il avait, de plus, l'inconvénient grave de donner aux Anglais, tyrans bien connus, tyrans incorrigibles des solitudes de la mer, le prétexte de vexer notre marine, d'entraver notre commerce, d'humilier nos matelots, de contrôler nos mouvements avec insulte, et tout cela au nom de la philanthropie, artifîcieusement invoquée. Il est vrai que, le droit étant réciproque, la voie des représailles nous restait ouverte ; mais, outre que le traité rétrécissait devant nous cette voie en autorisant l'Angleterre à entretenir deux fois plus de croiseurs que la France, tout système de représailles mène à la guerre, et la témérité est grande de déposer au fond d'une alliance le germe d'inévitables discordes ^ .

Et pourtant, ce fut ce traité, si mal conçu et si dangereux, que le gouvernement français, en 1833, consentit à confirmer et à étendre. S'il avait pu rester un doute sur les arrière-pensées de l'Angleterre, il aurait été levé par les clauses de la convention supplémentaire que signèrent à Paris, le 22 mars 1833, le vicomte Granville et le duc de Broglie, notre ministre des affaires étrangères. Car la

' Voilà ce que n'a peut-être pas sufTisamment pesé M. Schœlcher, le plus nohle assurément et le plus sérieux de tous les défenseurs de ce traité du droit de visite, devenu si célèbre.

Page 1