‹ Histoire de dix ans, 1830-1840 (volume 5)Chapitre 80 sur 201 · CHAPITRE IV. \\)ii · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV. \\)ii

pilier une trame aussi absurde qu'odieuse! M. deRumiguy était intervenu : eh î qu'y avait-il là de surprenant ?M. de lîumigny n'était-il pas Tamidu général Bugeaud, son collègue, son compagnon d'armes? M. de Rumigny, de service au Château le jour du duel, ne pouvait s'absenter sans la permission du roi : son tort était de l'avoir fait ^ mais une infraction disciplinaire de l'aide-de-camp étaitelle imputable au monarque? Le roi n'avait rien su du duel que lorsqu'il n'y avait déjà plus qu'à en déplorer rissue^ et la supposition contraire était une création monstrueuse de cet esprit de parti si habile à souiller toute chose de son venin.

A cela les adversaires du Château répondirent que dans Tex-gouverneur de Blaye, c'était l'oncle de la duchesse de Berri qui avait dû se sentir outragé ^ que le roi n'était point, par conséquent, aussi désintéressé dans la question qu'on voulait bien le dire ^ que des éloges n'étaient point des raisons, surtout sous une plume de courtisans ^ que cette prétendue horreur du roi pour le duel ne l'avait point porté, après tout, à empêcher celui dont les apprêts se faisaient sous ses yeux, quoiqu'il eût suffi pour cela d'un mot de lui, soit à son aide-de-camp, soit au général Bugeaud; qu'au surplus, c'était par des faits et non par des invectives qu'il fallait ruiner des attaques fondées sur des faits articulés d'une manière précise et nette. Et ils rapprochaient toutes les circonstances de cette déplorable affaire : l'apostrophe de M. Dulong immédiatement suivie d'une explication dont le général Bugeaud avait paru satisfait ^ la querelle, empoisonnée ensuite par une version inexacte du Journal des Débats -, un arrangement convenu, *et aussitôt après brisé par les commentaires

irritants du bulletin ministériel: les dispositions du général Bugeaud conciliantes le matin , assombries le soir et changées en aigreur • l'intervention toute pacifique d'Armand Carrel repoussée par M. de Rumigny, sur un motif frivole^ ce même M. de Rumigny abandonnant indûment son poste au Château pour aller remplir un office que pouvait remplir aussi bien tout autre ami du général Bugeaud^ la remisede la lettre différée jusqu'après lecombat, comme si Ton se fût réservé d'en faire usage, au besoin, contre Dulong vainqueur- la lettre brûlée, plus tard, devant le roi ^ la fête du soir non contremandée, quoique rien dans la circonstance n'eût été plus convenable, surtout s'il était vrai, comme le Journal des Débats l'atïïrmait, qu'on eût appris le dénoûment de la querelle avec une vive affliction ?

Nous avons dû adoucir la physionomie de cette polémique, qui monta au dernier degré de la violence et de l'emportement. Ce que nous venons d'en rapporter suffît pour indiquer quelle était alors l'effervescence des esprits, et ce que les partis pouvaient oser.

Le meilleur ami de Dulong, son parent, Dupont (de l'Eure), n'était pas à Paris dans la cruelle journée. Les députés de l'Opposition lui écrivirent une lettre collective pour s'associer à la douleur qui l'attendait. Elle fut poignante. Ne se sentant pas la force de rentrer dans une enceinte où la mort venait de marquer une place vide à jamais, et trop convaincu, d'ailleurs, qu'on n'arrêterait pas de sitôt la France sur la pente où elle se précipitait les yeux fermés, le vénérable Dupont (de l'Eure) donna sa démission de député, voulant gémir dans la retraite sur les maux de son pays et sur ses propres maux.

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