‹ Histoire de dix ans, 1830-1840Chapitre 125 sur 159 · CONSULTATION · texte numérisé non relu

CONSULTATION

H» l'état de la séante de madame la duchesse

DE BEUUI

Madame la duchesse de Berri est née de parents phtisiques ; son père était en outre sujet à la goutte. Son tempérament est éminemment nerveux, et les maladies qu'elle a antérieurement éprouvées démontrent qu'elle est disposée aux affections inflammatoires; ainsi, à plusieurs reprises, elle a été atteinte de catarrhes pulmonaires, dont quelques-uns assez graves pour avoir inspiré aux médecins qui la soignaient des craintes assez sérieuses. Plusieurs fois aussi elle a ressenti des douleurs a i liculaires avec gonflement, présentant tantôt le caractère rhumatismal, tantôt les apparences de la goutte.

Depuis son séjour à Blaye, M. le docteur Gintrac a été appelé quatre fois. Le 11 décembre 1832, il observa les symptômes suivants : douleurs rhumatismales aux épaules; petite toux sèche portant un caractère nerveux ; suppression des règles qui dataient de deux mois, et qui, d'après le rapport de la princesse, avaient été supplées par un flux hémorrho'idal ; du reste, il n'y avait point de fièvre, et les organes digestifs étaient eu assez bon état.

Le 18 du même mois, à sa seconde visite, le docteur Gintrac, appelé à l'occasion d'une forte douleur de tête, avec pesanteur etétourdissement, remarqua une diminution notable des douleurs rhumatismales et de la toux dont nous venons de parler.

La troisième visite du docteur Gintrac eut lieu le 9 janvier 1833. Alors de nouvelles douleurs s'étaient manifestées aux articulations des hanches, et un nouveau flux hémorrho'idal avait en quelque sorte remplacé les règles qui n'avaient point paru. Un examen attentif de l'abdomen, dans la position assise, il est vrai, fit reconnaître qu'il était assez volumineux, et que l'augmentation de ce volume dépendait surtout du gonflement de la rate.

Des suffocations s'étant manifestées dans la nuit du 16 au 17 de mois, M. le docteur Gintrac se rendit auprès de madame la duchesse de Berri, et crut pouvoir attribuer cette indisposition à l'ingestion d'un aliment excitant et indigeste. Déjà le calme avait reparu, et même les douleurs articulaires, dont elle se plaignait, avaient cessé. Du reste, point de changements, quant à la suppression des règles.

Depuis cette époque jusqu'à ce jour, la santé de niadame la duchesse de Berri a été assez bonne ; toutefois, avant hier sur les remparts, elle éprouva, par suite de l'impression d'un air vif et froid, un accès de toux sèche, et intense qui l'obligea de chercher un abri, et qui bientôt s'apaisa.

Aujourd'hui 25 janvier, vers 9 heures, nous nous sommes rendus auprès de S.A. R. Nous l'avons trouvée levée: elle l'était depuis une heure. Elle a paru à celui qui avait eu l'honneur de lui donner des soins les années précédentes, un peu amaigri ; sa coloration s'éloignait peu de l'état ordinaire; une toux sèche assez féquente se faisait entendre- une légère oppression existait ; les mouvements de la respiration, observés avec soin, ne paiaissaieut point aussi facile que dans l'état normal; l'oreille, appliquée sur le thorax, faisait reconnaître que l'air ne pénétrait qu'nnparfailement dans les poumons, les inspirations même profondes n'opérant qu'une dilatation incomplète delà poitrine: le poulx manifestement accéléré par l'émotion qu'éprouvait S. A. R. donnait environ quatre-vingt-huit à quatre-vingt-neuf battements par minute; il était d'ailleurs naturel sous le rapport de la plénitude et de la régularité, une douleur as sez forte existait dans la partie moyenne du thorax,

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suivant la direction de l'œsophage et se terminant à l'épigastre.

Les fonctions digestives s'accomplissent avec facilité; la langue est légèrement saburrhale, et les gencives, qui avaient jadis été; malades, sont en assez bon état.

L'abdomen a paru un peu développé relativement à son étal ordinaire. Il ne nous a pas été permis de l'explorer. Madame ne se plaint plus de la région hypocondriaque gauche, qui, quelques jours auparavant, était douloureuse.

L'urine qui parfois avait été chargée d'acide utique, est main tenant presque naturelle.

Au rapport de la princesse, les règles ont paru il y a cinq jours, et ont coulé jusqu'à hier. Cette apparition se serait manifestée à l'époque mensuelle ou ce nus avait ordinairement lieu.

Des faits qui précèdent il suit:

Que madame la duchesse de Berri a éprouvé quelquesuns des maux auxquels elle avait étésujelle anlerieurement.

Que cet état s'était compliqué d'une suppression des règles, laquelle, il est vrai, n'avait point produit d'accidents graves, probablement à cause de la déviation qui s'était effectuée vers les vaisseaux hémorrhoïdaux.

Enfin, qu'd existe dans les organes repiratoires une suscep tibilité naturelle, peut-éire héréditaire, bien propre à •(■veiller toute la sollicitude des hommes de l'art chargés de diriger la santé de S. A. R.

Le traitement^ dans l'état actuel, doit se borner à l'emploie des moyens suivants:

1° Madame usera de batns.et de demi-bains à une douce

température, rendus émollients par l'addition de décoctions

de plantes raucilagïneuses, pris dans la chambre à coucher

et suivis immédiatement du séjour au lit pendant une de-

, mi-heure ou une heure ;

2° Des boissons tempérantes, gommées, émulsionnées, seront employées toutes les fois que la tous l'exigera ; le looch blanc conviendra lorsque, la nuit, ce symptôme sera plus intense ;

3° Le lait de 'Chèvre, déjà plusieurs fois mis en usage avec un succès constant,, est particulièrement recommandé ;

4° Si quelque état de spasme l'exigeait, des infusions de tilleul, de coquelicot ou de téchas seraient indiquées :

5° Les eaux de seltz trouveraient un emploi convenable, si les fonctions digestives languissaient :

G0 Le régime sera en général doux, composé de potages avec des fécules, tels que le tapioka, le-salep,le8agou,l'averwroot, de poissons blancs, de volailles bouillies ou rôties, de mouton grillé, de fruit cuit, etc. Une eau légèrement gommée et mêlée d'un peu de vin léger, servira de boisson a*u repas ;

7° Il est extrêmement utile d'entretenir, à la surface du corps, et priucipalemennt vers la poitrine et les membres inférieurs, une douce chaleur. Des vêtements immédiats de laine rempliront cette importante indication. Et eu général toutes les précautions propres à prévenir le uefroidissement des pieds doivent êtres prises avec soin ;

8° Enfin, il est d'une grande imporlance d'éviter l'impression d'un air froid, sur toute l'habitude du corps. Ainsi les promenades doivent se faire dans le milieu de la journée, lorsque le temps est beau, et de préférence dans les lieux abrités. Cette recommandation est, surtout utile, à cause de la situation élevée de la citadelle, de son voisinage d'un grand fleuve fréquemment couvert de brouillards épais, et de son exposition à des vents plus ou moins violents.

Blaye, ce 25 janvier 1833.

Okfila, P. Auvity, Gintrac, Bauthez.

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