LIGNE
IIISTOIItK DE DIX ANS
pour La Haye. Cependant, telle était la prospérité matérielle des Belges, que leur irritation n'allait pas jusqu'à désirerlerenversemenl violent de la dynastie. Une séparation administrative aurait suffi à leurs vœux. Beaucoup même se seraient tenus pour satisfaits du renvoi du ministre de la justice, van Maanen, instrument trop fidèle des volontés injustes de sou maître. Mais il en eût été bien autremenl si La Belgique' eût pu se créer une situation qui, tout en brisant le lien qui t'attachait à la Hollande, lui eût offert les avantages qu'elle retirait de son union avec ce dernier pays. Pour conclure avec la Belgique le pacte d'une féconde et honorable fraternité, la France n'avait qu'à lui tendre les bras.
La situation de la Pologne renfermait, comme celle de la Belgique, des germes nombreux de révolution. Orgueilleuse et guerrière, la noblesse polonaise n'avait subi qu'en frémissant le joug des traités de 181 5, et plus d'une fois elle avait essayé de le briser. Le major Lukasinski, fauteur d'une conspiration qu'on avait découverte, était descendu dans les cachots pour y mourir; mais le souvenir de ce glorieux conspirateur vivait dans lecœurde tout véritable Polonais, et son nom était parmi la jeunesse l'objet d'un culte héroïque. Lors du couronnement de Nicolas à Varsovie, un complot fut au moment d'éclater: il n'échoua que par la pusillanimité de quelques membres de la diète. Vainement le prince Lubecki, ministre de l'empereur, avait-il donné à l'industrie en Pologne un essort prodigieux, vainement le grand duc Constantin était-il parvenu à v organiser une superbe et savante armée, la Pologne voulait devenir indépendante, et supportait impatiemment la tyrannie farouche du grand duc, prince bizarre qui, par ses qualités aussi bien que par ses vices, ressemblait à un de ces chefs barbares dont l'elVort renversa l'empire romain. Ce n'est pas que la révolution qui semblait se préparer n'eût à surmonter de rudes obstacles. Abrutis par le servage héréditaire, servage qui, depuis Napoléon, n'existait plus de droit,
mais existait toujours de bit, les polonais ressentaient faiblemenl L'orgueil de l'indépendance, leur cœur n'ayant jamais battu pour la Liberté. Et pour cequi esl des nobles, ceux-là seuls parmi eu! s'élançaient avec ardeur vers an avenir inconnu, qui, réduits cala possession de vains privilèges, véf taientdansia misère; car chez Les nobles qui a l'autorité du nom, joignaient celle de la fortune, la haine du joui.' étranger était combattue parla crainte de l'anarchie. D'ailleurs, à côté de cette noblesse, timide quoique sincère dans son patriotisme, veillait l'aristocratie polonaise, c'est-à-dire cette classe de nobles félons qui avaient accepté de la Bussie les titres de ducs, de comtes, de barons, de princes, titres formellement réprouvés par la constitution originaire et les traditions du pays. Malgré tout cela, une révolution en Pologne était facile à prévoir, el des événements semblables à' ceux du mois de juillet 1830 devaient la rendre inévitable.
Ainsi donc, et pour nous résumer, La Russie engagée dans des projets trop vastes pour ses ressources; la Prusse en lutte ave Les provinces rhénanes ; l'Autriche menacée par l'esprit de liberté en Allemagne, et par l'esprit d'indépendance en Italie ; l'Angleterre incertaine, inquiète et impuissante; le Portugal et l'Espagne, à la veille d'une guerre de succession ; l'Italie, la Belgique, la Pologne, maudissant les traités de 181 a et prêtes à se soulever au premier signal, voilà quel était l'état de l'Europe, quand la révolution de 1830 vint la surprendre et L'éblouir.
De semblables données permettaient aux Français une ambition sans limites, et tout pouvoir, digne de Lee gouverner, allait évidemment par eux gouverner Le monde. Les événements appelaient DOtre patronage à
Constantinople, et nous donnaient, avec l'empire des sultans rall'ermi, le moyen de sauver la Pologne. L'uniforme de nos soldats, brillant sur le sommet des Alpes, suffisait pour L'indépendance de l'Italie. Nous pouvions offrir aux Belges, pour prix d'une fraternelle union, la substitution du drapeau tricolore
à l'odieux drapeau delà maison d'Orange, et
LOUJS BLANC
nos marchés, non moins opulents que ceux des colonies hollandaises. En nous déclarant avec énergie pour don Pedro, nous forcions les Anglais à contracter avec don Miguel une alliance exécrable, et nous sapions à Lisbonne leur domination déshonorée. Nous emparer moralement de l'Espagne était facile, car nous n'avions pour cela qu'à pousser contre deux factions monarchiques, ardentes à s'entre-dé truire, les réfugiés espagnols invoquant le magique souvenir des Cortès de
C'était assurément un merveilleux concours de circonstances que celui qui faisait dépendre à ce point de l'agrandissement de la France le salut de toutes les nations opprimées. La noblesse du but se confondait ici avec l'importance matérielle du résultat; et il y avait à vouloir rassurer les rois de l'Europe, à les craindre, non-seulement égoïsme, mais puérilité, petitesse de vues et débilité d'esprit.
Et puis, rien n'était préparé à l'intérieur pour les vastes réformes et les hautes entreprises. Il fallait donc trouver au dehors une issue à cette exubérance de vie que la révolution venait de créer dans la société française. Fermer à tant de passions inoccupées la carrière utile et glorieuse que leur ouvrait le destin, c'était les réduire à user en complots et en agitations une activité sans aliment. Il n'y avait que des hommes profondément médiocres qui pussent ne pas comprendre qu'éviter à tout prix la guerre étrangère, c'était préparer les éléments d'une guerre civile. Le sceptre nous était offert, et, pour le repousser, il pouvait nous en coûter beaucoup plus que pour le saisir.
Mais trois choses s'opposaient à l'adoption d'une forte politique: la forme de gouvernement adoptée, le caractère personnel du nouveau roi, les instincts et les intérêts delà classe dominante.
Pour qu'un gouvernement agisse puissamment au dehors, il faut qu'au dedans son action soit libre. Il n'estdonné qu'aux aristocraties bien assises, comme L'aristocratie anglaise, ou aux royautés absolues, comme
celle de Louis XIV, ou aux démocraties vigoureusement constituées, comme celle de la Convention, de concevoir et de mener à fin de grandes entreprises. La monarchie représentative, telle qu'on venait de la voir sortir du sein de la révolution, laissait subsister, au haut de la société, deux pouvoirs rivaux, c'est-à-dire ennemis, et n'ayant par cela même de force que pour s'entre-détruire. De là une cause de mobilité incompatible avec l'esprit de suite et l'inflexibilité systématique qu'exige l'accomplissement des vastes desseins. En limitant le pouvoir royal, en soumettant à un contrôle jaloux tous les détails de son existence, en lui donnant une assemblée turbulente à subir, à combattre ou à corrompre, la forme constitutionnelle créait au chef de l'Etat une situation difficile ; elle le poussait à sacrifier tout au désir de conserver la couronne. Un prince qui tient le sceptre en réserve pour son fils, ne saurait avoir à un degré suffisant l'abnégation et l'audace. Alors même qu'il ne serait pas égoïste comme homme, il l'est comme père de famille; et tel est le vice des pouvoirs héréditaires. Mais combien cet inconvénient n'estil pas plus grave, lorsque le trône est pour ainsi dire lancé dans une perpétuelle tempête ?
Aussi bien, Louis-Philippe, par caractère et par position, n'était que le premier bourgeois de son royaume. Or, la bourgeoisie n'était nullement tentée par l'éclat des aventures héroïques. Composée en partie de banquiers, de marchands, d'industriels, de rentiers, de propriétaires paisibles et prompts à s'alarmer, elle appartient presque tout entière à la peur de l'imprévu. La grandeur de la France, pour elle, c'était la guerre ; et dans la guerre elle ne voyait que l'interruption des relations commerciales, la chute de telle ou telle industrie, des débouchés perdus, des faillites, des banqueroutes. Ils n'avaient pas changé, les hommes qui, en 181 i d'abord, puis en 1815, criaient : .1 bas Napoléon '. tandis que l'ennemi frappait aux portes de la capitale.
Les obstacles qui s'opposaient à l'adoption
dune politique française et franchement révolutionnaire, n'existaient donc pas en Europe : ils existaient en France.
Cependant, et même sans sortir de la sphère étroite dans laquelle l'établissement d'une monarchie constitutionnelle renfermait, la révolution de juillet, la dynastie nouvelle pouvait, si elle eût été bien inspirée, se créer en Europe un rôle indépendant et original. Louis-Philippe pouvait dire aux puissances : « Au nom de la France bourgeoise dont je « suis le représentant, j'adhère auxarrange- « ments territoriaux stipulés par les traités « de 1815, etje repousse toute idée de con- « quête. Je m'engage, en outre, à opposer « une digue permanente aux entraînements « révolutionnaires. Mais, pour que je remet plisse cette double mission, il importe que « les principes en vertu desquels je suis de- « venu roi et qui sont ceux de la bourgeoisie, « acquièrent en Europe de la force et de l'au- « torité. Je ne saurais enchaîner la France « démocratique et conquérante qu'avec le « secours de l'Europe constitutionnelle. Ma « cause étant inséparable de celle de la « bourgeoisie, je ne saurais compter longée temps sur ses sympathies, à l'intérieur, « qu'en faisant triompher, au dehors, ses « doctrines et ses intérêts. En proclamant « tous les gouvernements solidaires l'un de « l'autre, la Sainte-Alliance a posé un prin- « cipe juste, dont il ne reste plus qu'à faire « une application conforme au cours naturel « des événements et des idées. Le régime « constitutionnel existe en Angleterre; il « vient de prévaloir en France; il peut aisé- « ment être introduit en Espagne, en Portugal, en Italie, en Belgique; il veut être perfectionné en Allemagne. Eh bien ! au nom de la France bourgeoise qui m'acou- « ronné, j'offre mon appui à la bourgeoisie dans tous les pays de L'Europe, etje mets au prix de l'adoption du principe constituer lionne! l'alliance de la France el la paix du « monde. »
Ce langage n'aurait certainement répondu nia toutes les nobles passions ni à tous les intérêts légitimes; mais c'était le seul qu'au
point de vue monarchique et bourgeois on pût tenir avec décence »*i habileté. La guerre
venant à éclater dans cette hypothèse, la royauté trouvait appui au dedans el au defa elle détournait à son profit la popularité attachée à une attitude énergique; et, loin de prêter le flanc à l'esprit démocratique, elle
Ferdinand VII, 17*^-
lui enlevait ses propres procédés pour les combattre.
Rien de tout cela ne fut compris par binet du Palais-Royal. La médiocrité hommes chargés des destinées de la France fut le plus humiliant et h' premier de malheurs.
Ces développements étaient n< pour donner la clé des arrangements diplomatiques que nous aurons à raconter. Pour montrer combien la diplomatie de la France fut inhabile ri désastreuse, il fallait dire quelle immense, quelle glorieuse carrière
s'ouvrait devant elle, m la fortune 'Mil p]
en île fortes mains le pouvoir devenu vacant.
LOUIS BLANC
xri
Avènement de la bourgeoisie. — Misère et mécontentement du peuple. — Vains témoignages d'allégresse et d'orgueil. — Popularité du nouveau roi. — Le prince de Condé à Saint-Leu. — Lettres inédites du duc d'Orléans. — Testament en faveur du duc d'Aumale. — Histoire de la mort mystérieuse du prince de Condé. — Sensation profonde que cette nouvelle produit sur le peuple.
La bourgeoisie triomphait. Elle venait de placer sur le trône un prince qui relevait d'elle seule. Les ministres étaient des hommes dont elle avait créé la puissance et la renommée. La Charte, modifiée, n'était plus qu'une constitution faite à son usage. Le pouvoir législatif lui appartenait par droit d'occupation, et pour le garder en l'absence de toute autorité constituante, il lui avait suffi de croire un moment à sa force.
Voulant achever son œuvre, elle n'avait plus que peu de chose à tenter.
Au moyen du serment rendu obligatoire, elle poussa les légitimistes sincères à une démission qui la laissait maîtresse du parlement.
Au moyen des destitutions imposées aux différents ministres , elle fit invasion dans les emplois publics et s'empara de l'administration.
Au moyen de la garde nationale, organisée ave une activité merveilleuse, elle se mit en mesure de régner sur la place publique.
Cependant, vers la fin du mois d'août, un spectacle étrange était donné à la capitale. On vit défiler le long des quais et des boulevards plusieurs milliers d'artisans, réunis en corps de métier. Ils s'avançaient lentement et en bon ordre ; ils n'avaient point d'armes; leur maintien était grave; et pas un cri ne sortait du sein de leur foule attristée. Ils se dirigèrent de la sorte vers L'hôtel du préfet de police. Ils allaient demander justice pour eux, pitié pour leurs femmes et pour leurs enfants; car la révolution qu'ils avaienl faite leur était funeste !
Déjà, dans la soirée du 13 août, une réunion nombreuse de garçons bouchers avait parcouru la ville, silencieusement et à la lueur des flambeaux.
Bientôt une extrême agitation se manifesta parmi le peuple. Des malheureux, couverts de vêtements souillés, et tels que Paris les avait vus naguère courant à la mort, se rassemblaient tumultueusement sur les places publiques. Des attroupements se formaient à la porte des ministères, sur la place de Grève, sur celle du Palais-Royal, partout où siégeaient la puissance et le plaisir. Là les douleurs du pauvre s'exhalaient tour à tour en récriminations fougueuses et en plaintes touchantes. Les uns gémissaient de la brusque suspension des travaux, les autres, de la diminution des salaires. Quelques-uns dénonçaient avec indignation la préférence qu'obtenaient sur eux, dans certains a tôliers, des ouvriers, appartenant à une autre patrie. Tous maudissaient l'influence meurtrière des machines. Avons-nous donc combattu pour si peu, s'écriaient-ils? Plus malheureux le lendemain que la veille, quelle destinée est la notre, et que vient-on nous parler de notre victoire? On nous appelle le peuple souverain, et nous n'avons pas même la propriété de nos bras? nous venons de sauver la patrie, on le proclame, et nos familles languissent autour de nous, réduites au désespoir ou à l'aumône.
Ainsi se révélaient déjà de terribles malentendus. Toute puissante dans l'ordre social par la propriété du sol. par la jouissance des capitaux, par le crédit, la bourgeoisie n'aspirait plus qu'à l'affermissement de sa do-
IIISTOIIU-: DK MX ANS
iniiiaiion dans l'ordre politique. Le peuple, au contraire, trop ignorant encore pour dé rer le partage du pouvoir, frémissait bous le joug d'un ordre social où tout n'était pour lui qu'oppression.
Il est certain que la révolution de juillet avait rendu plus vives les souffrances delà classe ouvrière. Le parti vaincu se composait d'hommes opulents; sa défaite avait ébranlé toutes les professions qu'alimentent des habitudes de luxe. L'avenir, d'ailleurs, était incertain, la guerre possible; et l'enthousiasme affecté par les hommes politiques ne faisait que couvrir la défiance qui serrait le cœur des riches, De là des désastres irréparables, et, dans les hommes du peuple, un sentiment d'amertume auquel s'ajoutait le dépit des espérances trompées.
Les premières mesures prises par le pouvoir n'étaient pas de nature à calmer cette effervescence. Le projet de loi présenté par le maréchal Gérard pour assurer l'état des officiers, consacrait un principe assurément fort juste; toutefois cette sollicitude hâtive témoignée à l'armée pouvait paraître menaçante au début d'un règne. Quant au projet de M. Guizot, relatif à la réélection députés promus à des fonctions publiques, il tendait à réaliser une réforme puérile pour la circonstance.
Les grandes situations veulent de grandes entreprises. Mais la bourgeoisie étant arrivée au terme de ses vœux, sa politique était d'empêcher l'éveil des désirs nouveaux; elle devait chercher à rapetisser toute chose, parce que c'était le plus sur pour contenir les esprits.
C'est à celte politique sans élévation que sacrifiait .M. Guizot, lorsque, demandant à la Chambre un crédit de cinq millions applicables à des travaux publics, il disait: « L'ébrau-
K lenient ne peut cesser en un jour, et la ru-
« meur est forte encore après le péril. Le
« bon sens du peuple le reconnaît, et demande
au travail un refuge contre de nouvelles
« agitations. »
Plus tard, M. Guizot devait formuler la même pensée avec une précisiou cruelle.
en décriant : <• Le travail est un frein. . Quoi qu'il eu soit, les troubles allaient ci tantdansla capitale; Us commençaient même i se répandre au dehors. A Rouen, les ouvriers réclamèrenl une augmentation de Balaire ou une diminution de travail. 1» plusieurs lieux, la perception des impots fut arrêtée par d'énergiques résistant es. Dai seul mois d'à ont, sur 13 millions que devaient produire les contributions indirectes, le trésor éprouva une perte de 2 milli Enfin, l'impôt sur les boissons fut repoussé avec tant de vivacité, que' les < bamb furent forcées d'adopter provisoirement un projet de loi qui substituait, au gré du débitant, F abonnement à f exercice.
Or, pendant que le peuple souffrait el s'agi tait, la bourgeoisie continuait à s'enivrer de son propre triomphe. Les théâtres retentissaient de chants patriotiques. Une commission avait été nommée pour la distribution des récompenses nationales: était-ce as pour tant de périls, de maux affrontés? 1' députations, accourues de tous les pointa la France, venaient apporter au pied du monarque ces hommages, les même- pour chaque prince. Louis-Philippe recevait les félicitations avec une bonhommie qui fournissait à ses partisans l'occasion cherchée par leur zèle. Les poètes célébraient àl'envi les vertus du roi, en les associant à l'héroïsme du peuple. Un banquet de 100 couverts fut donné par la ville au général Lafayette. Li familles qui manquaient de pain voyaient tout cela ; elles en murmuraient . peut-être; niais les murmures du pauvre, dans une Société imparfaite, s'éteignent sans
lorsqu'une triste fatalité ne les transforme paj en cris de guerre.
Au leste, rien n'était négligé pour ôter plaintes du peuple le caractère de sincérité que leur donnaient les événements. Dans un petit écrit adressé aux ouvriers, If.
Charles Dnpin engageait les artisans. qu"il appelait ses .unis. fe .,,. mettre en garde contre les investigations perfides. Les feuilles libérales allaient plus loin encore : elles représentaient comme des espions ou des for-
LOUIS BLANC
çats libérés tous ceux qui, dans les ateliers, se prononçaient violemment contre l'emploi des machines. Pour jeter la division parmi le peuple, et l'enchaîner par l'incertitude, on lit imprimer et on publia, en l'attribuant à des ouvriers, dont toutefois on ne faisait pas connaître les noms , une protestation
Don Carlos, 1785-1855.
ambre et virulente contre les désordres redoutés.
Détruire les machines eût été sans aucun doute, de la part des ouvriers, une violence sauvage, dont ils auraient souffert les premiers ; on faisait bien de le leur dire. Et pourtant, si les machines produisent à la longue di s avantages incontestables, il suffit ('es maux accidentels qui naissent de leur brusque intervention dans l'industrie pour user Les vices de l'ordre social. L'anathème était donc naturel chez de pauvres ouvriers, victime d'une concurrence homicide. Les Qétrir (\\i nom de repris de justice. ç'étail desceridreà des i lanœuvres déloyales. Mais les intérêts qu'on menace sont impla-
cables, et tout leur est bon pour se dér fendre.
Ici, on doit le reconnaître, le danger était grave. Aussi les journaux légitimistes ne tinrent-ils pas un langage différent de celui des autres feuilles. Les hommes du parti vaincu n'auraient pas été fâchés de voir la Révolution se dévorer elle-même; la perte de leurs propriétés, cependant, était un sacrifice qu'ils ne voulaient pas faire au triomphe de leurs rancunes.
Dans l'exaltation des premiers moments, les chefs de la bourgeoisie avaient prononcé des mots d'une grande portée ; ils avaient parlé de la souveraineté du peuple. Ils ne tardèrent pas à craindre que son orgueil n'eût été trop fortement excité. Le détourner de toute espérance hautaine, par une habile atténuation de ses services, et faire à la bourgeoisie dans la gloire du combat une part qui servît à expliquer celle qu'elle prenait dans le triomphe", telle devint bientôt la plus vive préoccupation des Orléanistes.
« La population ouvrière de Paris, disait » le National, dans son numéro du 18 août » 1830, n'estpas le peuple; elle n'est. comme » les artistes, comme les marchands, etc.... » qu'une partie du peuple. »
Enlever ainsi au mot peuple sa signification ordinaire n'eût été qu'une fantaisie frivole, si la définition nouvelle qu'on en donnait n'eût caché des intentions profondes. En réalité, on voulait faire disparaître ce qu'il y avait eu d'éclatant et d'original dans la prise de possession de la place publique parla multitude. Et, d'un autre côté, cette communauté d'intérêts qu'on introduisail dans le langage, sans la faire passer dans la vie sociale, avait [tour but. ou de désarmer, ou de calomnier le mécontentement populaire.
La revue de la garde nationale, au :!'.» août, vint faire trêve à ces défiances et à ces luttes. I ne lente avait été dressée pour le roi au Champ-de-Mars , que couvrait une foule immense d'hommes armés. Le général Lafayette distribua des drapeaux aux diverses légions et recul leur serment au nom du
Louis -Philippe î< Uni ili's Français
(Acier reporté lypographiquenionl)
Il accueillit les autorités avec un visage gracieux1. (Page 192J (Collection de H. Lebrun.)
roi. Le soleil brillait du plus vif éclat. La tenue des légions était magnifique. L'enthousiasme dont la Révolution de Juillet avait rempli les âmes, et qui n'était pas encore éteint, s'échappa, durant tout ce jour de fête, en acclamations passionnées et en chants de triomphe. La joie du nouveau monarque dut être profonde, car sa popularité paraissait alors immense et presque égale àcelle do Lafayctte.
Mais, en ce temps-là même, on entendit parler d'un événement tragique et mystérieux qui devait marquer à jamais dans les commencements de ce règne.
1. Cette gravure est tirée de la collection d« Célèbres, publiée par H. Lebrun.
Mentionner cet événement suffirait, s'il n'avait dû produire dans le peuple qu'un intérêt frivole de curiosité ou qu'une émotion passagère. Mais il eut d'abord cela de remarquable qu'à côté des désastres de la grandeur, punie dans le successeur de Louis XIV, il vint montrer, dans le dernier dis Coudé, les misères de la grandeur déchue. Puis il ouvrit carrière à uYs débats dont Le retentissement lit diversion à ces acclamations joyeuses que la bassesse humaine pousse autour des trônes nouveaux, et il éveilla des soupçons terribles, des soupçons étranges, dont nous verrons, dans les lottes ultérieures, reparaître la trace envenimée. C'est pourquoi j'ai pense que les détails en
LOUIS BLANC
un tel récit ne seraient ni fastidieux ni superflus. l
Quand la Révolution de Juillet 'éclata, le duc de Bourbon, prince de Condé, vivait tranquille dans ses domaines , également étranger aux soucis de la politique et à ses périls. Mais à la nouvelle des malheurs qui le frappaient dans sa famille, un grand trouble s'empara de son esprit. Il tremblait pour Charles X, il trembla pour lui-même ; et à ses craintes, à ses douleurs , s'ajoutèrent bientôt toutes les angoisses de l'incertitude. Accablé d'ans et d'infirmités, avait-il le droit d'attendre, sans le précipiter par un dévoùment inutile, l'accomplissement de sa destinée ? Ou bien devait-il, se ranimant au souvenir des combats et des haines de sa jeunesse, aller rejoindre son infortuné maître et lui offrir, sinon les secours, du moins les consolations d'une fidélité sans peur? La place d'un Condé est auprès du roi à l'heure du danger, murmuraient autour du prince ses plus ardents serviteurs : et à de moins fougueux encouragements M. de Choulot répondait : « Est-ce que le prince de Condé, » en 1793, quand il courut aux armes, prit » les conseils du duc d'Orléans ? »
Mais le faible vieillard appartenait alors tout entier aune femme dont l'origine était obscure, dont le nom de famille était incertain, qui jadis avait paru, disait-on, sur les planches du théâtre de Covent-Garden, qui depuis, liée à un étranger d'une prodigue opulence, avait vécu, à Turnham-Green, du salaire d'un attachement illégitime, qui, enfin devenue toute puissante sur le cœur du duc de Bourbon, s'était laissé marier au baron de Feuchères, loyal soldat,, dont la bonne foi trompée servit à couvrir pendant quelque temps le scandale d'adultères amours. Or, par un enchaînement de faits qu'il n'est pas
1. Le récit qu'on va lire ne s'appuie pas seulement sur \ine confrontation attentive des divers témoignages fournis par une longue enquête judiciaire, il s'appuie aussi sur des documenta officiels et des papiers authentiques qu'on a bien voulu nous communiquer.
V"i avons cru devoir relater des circonstances peu importantes en apparence, parce qu'en réalité elles ont une signification grave ei peuvent servir à la solution d'un aussi important et aussi triste probl<
inutile de rapporter, les intérêts de cette femme se trouvaient étroitement liés à ceux de la maison d'Orléans.
Douée d'esprit, de grâce et de beauté, insinuante à la fois et impérieuse, tendre et altière tour à tour, Mme de Feuchères avait obtenu de son ascendant sur le duc de Bourbon le don testamentaire des domaines de Saint- Leu et de Boissv, en 1824, et, en 1825, diverses sommes s'élevant au chiffre d'un million. Elle désira plus encore. Au revenu de Boissy et de Saint-Leu, dont on lui avait abandonné la jouissance anticipée, il fallut bientôt ajouter celui de la forêt d'Enghien ; et cela même ne devait pas épuiser les désirs de la baronne. Mais une inquiétude la poursuivait sans doute dans l'exercice de son pouvoir souverain. Elle avait a craindre que la mort de son bienfaiteur ne la laissât exposée aux attaques des héritiers du prince, dépouillés pour elle, aux procès que la captation provoque, aux clameurs de l'opinion, peut-ètreq Situation délicate qui a fait croire aux ennemis de Mme de Feuchères qu'en faisant adopter le duc d'Aumale par le duc de Bourbon, elle n'avait eu en vue que de se ménager le patronage d'une
maison puissante.
Ce qui est certain, c'est qu'en 1827, et en réponse à une lettre où la baronne faisait l'offre de ses services, la duchesse d'Orléans lui écrivait : « Je suis bien sensible, Ma- « dame, à ce que vous me dites de votre sol- « licitude d'amener ce résultat que vous ence visagez comme devant remplir les vœux de « M. le duc de Bourbon; et croyez que, si « j'ai le bonheur que mon fils devienne son « fils adoptif, vous trouverez en nous dans « tous les temps et dans toutes les circons- « tances, pour vous et pour tous les vôtres. « cet appui que vous voulez bien me deman- « der, et dont la reconnaissance d'une mère « vous est un sur garant. »
Il dut en coûter beaucoup a une femme aussi pieuse que la duchesse d'Orléans, d'associer au succès de sollicitations équivoques ses espérances maternelles. Elle y consentit pourtant ; mais la dignité de son caraclèi i retrouvait dans une autre phrase de sa lettre:
« Nous avons cru devoir nous abstenir de « toute démarche qui pourrait avoir l'appa-
« ronce de provoquer un choix ou de vou- « loir le prévenir. »
Il paraît que cette réserve fut considérée par le duc d'Orléans comme un scrupule dont il était permis de s'affranchir. Le 2 mai 182!i, apprenanl de madame de Feuchères que dans une Lettre pressante <-t passionnée, elle avait proposé à son amant l'adoption du duc d'Àumale, il n'hésita pas à s'adresser lui-même directement au duc de Bourbon.
Il lui faisait connaître en termes pleins de convenance et de mesure, combien il était touché de la démarche de Mmo de Feuchères, et combien il serait fier de voir porter par un de ses enfants le nom glorieux des Condé'.
A ce coup inattendu, le duc de Bourbon
1. Nous avons entre les mains un dossier de toutes les lettres adressées par le duc d'Orléans au prince de Condé, lettres non publiées. On y trouve à chaque page la preuve des préoccupations éminemment aristocratiques du duc d'Orléans. En voici un exemple entre mille :
dllj , 1** octobre 1820.
» Comme je sais, monsieur, que vous désirez savoir d'avance ce que j'apprends sur les cérémonies auxquelles nous sommes invités, je m'empresse de vous informer de ce que M. de Brézé est venu me dire hier au soir, relativement au Te Dcuiii qui doit être chanté mardi à Notre- Dame, en actions de grâces de la naissance du duc de Bordeaux. Il m'a dit que le roi n'y serait pas, mais que S. M. Berait censée y être, que par conséquent son faul.uil serait placé au centre de nos pliants qui seraient tous sur la même ligne, avec un carreau devant chaque; qu'il avait ordonné que les neuf pliants fussent pareils ainsi que les carreaux et de la même étoffe; que Monsieur mènerait dans sa voiture M. le duc d'Angoulème, vous et moi, et que nos voitures précéderaient immédiatement les leurs dans le cortège. D'après oela,j'eà dit a .M. de Brézé que j'irais à la cérémonie, et je serai mardi matin à dix heures chez Monsieur pour l'y accompagner. Je serai en graud'uniforme, eu bottes avec le cordon bleu sur l'habit, et M. de Brézé doit nous faire savoir si les voitures du cortège seront à huit chevaux ou à deux, afin que nos attelages soient pareils à ceux de nos aînés. S'il ne me taisait rien dire, je met liais la mienne à huit chevaux. Madame la duchesse d'Angoulème mènera de même toutes les princesses, çrai seront par conséquent cinq dans la toiture.
» Je profite avec plaisir, Monsieur, etc.
» L .-l'u. d'Oui i.ans. »
A cette Lettre, nous eu joindrons une autre qui offre un
Intérêt tout particulier en ce qu'elle se rattache s L'élévation du due d'Orléans au rang i'Altâsse royale; on j retrouve aussi la trace de> bontés qu'avait le Roi Charles X pour tous les membres de sa famille et en particulier pour le duc d'Orléans.
iv Xeuilly, ce mardi 21 septembre L884.
» Je m'empresse, monsieur, de vous faire pari que le
tomha dans une anxiété profonde. Quoiqu'il eut toujours apporté dans §en relations la famille d'Orléans une politesse exqu qui même en certaines occasions avail emprunté a l'amitié quelques ânes de ses formules, il fréquentai! le moins possible le duc d'Orléans, recevait avec hésitati visites, et ne lui écrivait guère que pour a tendre avec lui sur les puérilités du cérémonial, puérilités auxquelles le duc'd'Orlé tout bourgeois qu'on l'ait vu depuis, attachait une importance excessive. Ce jeune duc d'Aumale dont on lui parlait, le duc de Jiourbon l'avait accepté pour filleul, mais sans le vouloir pour héritier. Laisser l'héritage des Condé à une famille qu'avaient eue à leur tète les ennemis de la noblesse et de la monarchie, paraissait à l'ancien chef de l'émi-
Roi m'ayant fait dire hier au soir de me trouver chez lui aujourd'hui à midi, je suis arrivé chez S. M. peu d'instants avant qu'il nen sortit pour aller à la met .-.-j'ai
été introduit dans son cabinefc, j'ai commencé par le remercier de ses bontés, et j'ai ajouté que nous avions été •particulièrement sensibles à celle qu'il avait sue pour it-hier, à l'occasion du goupillon. « Oui, a-t-il repria, j'ai voulu que cela lut ainsi, parce que je trouve m que cela devait être, et justement je voulais vous dire •> que je vous accorde le titre d'altesse royale. >. Le roi nous l'accorde à tous, ai-je repris en hésitant ; « oui, à » tous, m'a-t-il dit, cela n'est pas d'accord avec nos an- » ciens usages, mais je trouve que dans l'état aclu » choses et de l'Europe, cela doit être ainsi, et c'est » tous. » Après cela, notre conversation a continue et il m'a dit aussi qu'il voulait me parler pour la cérémonie de Saint-Denis, qu'il espérait que nous trouverions convenable que M. le Dauphin lut dans un fauteuil et nous sur des chaises à dos. Je lui ai répondu que, quant à moi, cela me paraissait très convenable, «pie If. le Dauphin étant nécessairement appelé à succéder ■ la couronne, j'entendais qu'il devait avoir une prééminence siliceux qui n'y étaient appelés qvîéoeniuelle if, que si monsieur le Dauphin avait des (ils, je l'entendraimême pour son lils aine, mais je croyais devoir avouer au roi que je ne pouvais l'entendre que pour la ligne directe, mais non pas pour les enfants cadets ; qui MSI là DO
paissaient absolument dans la même position
i[iie je n'avais jamais conçu la distinction de famille r
et de prince du Bans;, et que je ne concevais
tage qu'il dut y avoir entre nous d'autre prééminence et d'autre distinction que celle de l'ainesse et du pas qui eu découle. Le roi a paru kro uste. mais sans
tn'exprimer positivement son approbation entière. Il m'a dit que le feu Roi avait pris bot tout cela an travers qu'il avail été (acné délai voir, mais que nous n'étions qu'une
famille, que nous n'avions qu'un intérêt commun, qu'il voulait que nous le i -me un père, et que
nous lOVOU toujours bien unis. Je lui ai demande seraient les moments 00 nous pourrions lui faire notre OOOr sans l'importuner. 11 m'a dit : » toujours, en vous présentant obes moi et me Le faisant demander, et m ; CUpé et qœ je ne pusse pas vous recevoir on M Uio-
LOUIS BLANC
gration armée une forfaiture et presque une impiété. Il nepouvait avoir oublié que, transportant sa Cour dans une assembée de régicides, un d'Orléans avait voté la mort de Louis XVI, et qu'un autre d'Orléans avait combattu sous les drapeaux deDumouriez. Mais, d'une part, comment refuser sans insulte ce qu'on lui supposait si bien le désir de donner? Et de l'autre, comment affronter les emportements de madame de Feuchères par l'entremise de laquelle lui arrivaient les remerciments anticipés ? D'ailleurs, l'artificieuse baronne avait eu soin de lui écrire : « Le roi « et la famille royale désirent que vous fas- (( siez choix d'un prince de votre famille « pour hériter un jour de votre nom et de « votre fortune. On croit que c'est moi seule
« qui mets obstacle à ce vœu Je vous prie
« de faire cesser cette cruelle position en
« adoptant un héritier Vous assurez par
« là, my dearest friend, la bienveillance de « la famille royale et un avenir moins malce heureux à votre pauvre Sophie. »
Le duc de Bourbon était peu capable de résister à des intercessions de ce genre. Mais celles-ci avaient quelque chose de si despotique et de si brusque, qu'il ne put contenir son indignation. Il se plaignit durement à madame de Feuchères de ce que,
sans avoir pris son avis, sans avoir interrogé ses intentions, elle avait entamé avec le duc d'Orléans une affaire aussi importante. La baronne laissa passer l'orage , et le jour même elle écrivait au prince que le duc d'Orléans était sur le point de partir pour Londres , qu'elle l'attendait à déjeuner , que l'occasion était bonne pour une entrevue, et qu'on « pourrait n'y rien dire de positif. »
Ainsi pressé de toutes parts, circonvenu, harcelé, et se voyant enlever jusqu'à la possibilité de se recueillir, de se reconnaître, le duc de Bourbon céda : l'entrevue désirée eut lieu. Toutefois, aucune décision ne fut prise. Seulement, le duc d'Orléans jugeait déjà ses espérances si fondées, qu'il chargea secrètement un de ses hommes d'affaires, M. Dupin, de préparer, en faveur du duc d'Aumale, un projet de testament l . Ce projet, offert à la signature du prince, auquel on épargnait ainsi les embarras de la rédaction, devait faciliter la réalisation a un plan savamment conçu.
Cependant la baronne redoublait d'instances. De son côté, le vieux prince laissait éclater ses répugnances en colères lamentables. Depuis que cette préoccupation fatale était entrée dans sa pensée, le repos l'avait fui ; son sang, disait-il, s'était enflammé, et
» meut, vous me le pardonneriez. Au reste, a-t il ajouté, » on me tourmente pour reprendre le déjeuner et proba- » blement je le reprendrai quand je serai aux Tuileries ; » alors, ce sera à dix heures et demie, comme du temps » du feu Roi; mais en outre, je vous verrai toujours quand » vous voudrez. »
» Monsieur le Dauphin nous mènera à Saint-Denis, dans sa voilure, les nôtres marchant devant. Il sera rendu jeudi matin aux Tuilories, à neuf heures et demie, et compte nous y trouver. Ceci m'a été dit de la part du roi par le comte de Damas qu'il m'a envoyé comme je m'en allais. J'ai oublié de lui demander le costume, mais je présume l'habit de deuil et le manteau. D'ailleurs, je n'ai encore rien reçu de M. de Brézé, qui pourtant nous préviendra sûrement.
» Nous nous proposons d'aller demain à Saint-Cloud, entre onze heures et midi, remercier le roi de sa bonté de nous accorder le titre d'altesse royale, et quoiqu'il ne m'ait pas chargé de vous en instruire, cepomlani il esl trofl nature] que je me sois empressé de vous le dire pour que \ous n'alliez pas aussi l'en remercier, et sur ce, monsieur, permettez-moi de tous embrasser de tout mon oœur, ei veuillez recevoir l'expression de ma bien rincer amitié,
« Votre bie i affectionné