‹ Histoire de dix ans, 1830-1840Chapitre 14 sur 159 · Chambre des Communes. Séance du L5 février L · texte numérisé non relu

Chambre des Communes. Séance du L5 février L

Toul semblait donc se réunir pour faire de la Russie la j»l n -> puissante nation du monde. Malheureusement pour elle, forer-, ré dles étaient Loin de répondre a l'habileté de ses diplomates el a la grandeur de ses desseins. Sa dernière guerre avec les Turcs avait épuisé formi-

dable en app irence,elle avait, plus que toute autre nation, besoin de la paix pour suivre ses intrigues, et son empire était facile ébranler, quoique colossal, parce qu'il manquait de proportions el d'assiette.

A ces complications, uées de la situation respective des puissances principales, joutaient lesagitations des puissances daires, réduites pour la plupart à mener en Europe nue existence précaire et tourmentée.

En épousant Marie-Christine de Bourbon, Ferdinand, VII avait profondément irrité le parti des moines qui aimait, dans l'infant don Carlos, un prince plus méchant, plus grossièrement dévot, plus fanatique enfin que le monarque lui-même. Déjà coupable aux yeux des apostoliques, pour avoir introduit à la Cour de Madrid les modes nouvelles, le goût des plaisirs et les fêtes, Christine leur devint odieuse, quand ils apprirent qu'elle était grosse. Car, si un fils naissait à la reine, don Carlos perdait l'espoir d'une couronne. Mais, bientôt, les partisans de l'infant eurent un plus grave motif de colère : Christine pouvait accoucher d'une lille, et, dans ce cas, en vertu du droil salique apporté en Espagne par le Bourbon Philippe V, don Carlos était appelé à succéder à Ferdinand VII, son frère. Pour détourner d'elle ce malheur, la reine obtint de son époux l'abolition de la loi salique. et. le "i avril, une Pragmatique sanction, attribuée à Charles IV par le décret royal, apprit à

l'Espagne qu'elle pourrait désormais, comme sous L'Empire du droit goth, être gouvernée

par des femmes. De là, chez, les apostoliqw s.

un redoublement de fureur, et. chez leurs

adversaires, l'enivrement du triomphe. La question j du reste, fournissait matière à controverse. Ferdinand Vil. selon les parti-

LOUIS BLANC

sans de don Carlos, n'avait pas qualité pour abolir par simple ordonnance cette loi salique que Philippe V avait introduite en Espagne avec l'assentiment des Cortès de 1713. De leur côté, les partisans de la reine répondaient que la Pragmatique-sanction n'était pas une simple ordonnance ; qu'elle n'était qu'une exhibition de la pragmatique de Charles IV, portée à la requête des Cortès de 1789. La guerre, on le voit, était au fond d'un débat semblable. Et la France qui, plus que toutes les autres nations de l'Europe, était intéressée dans la querelle, la France avait à prendre un parti. Or, au point de vue monarchique, le ministère Polignac devait naturellement appuyer les prétentions de don Carlos, parce qu'une fois le droit salique aboli en Espagne, il suffisait d'un mariage pour y faire revivre l'ancienne influence de l'Autriche. En conséquence, la politique des derniers ministres de Charles X secondait les vues de don Carlos et de ses partisans.

Quoi qu'il en soit, la haine jurée à Christine par les apostoliques était de nature à servir les projets du parti démocratique. Ce parti se cachait, à la vérité. Il se taisait ; et tous ceux qui auraient pu lui servir de chefs avaient été livrés à l'exil ou au bourreau. Mais le souvenir de la constitution de 1812, et des Cortès de 1820 n'en vivait pas moins dans le cœur des Espagnols. Ce souvenir était même la seule force réelle qui existât en Espagne, où le despotisme avait dévoré ses ressources par excès. Au fond, le maintien du régime établi n'intéressait guère que le clergé. Des nobles embarrassés de leurs privilèges, un peuple misérable et mécontent, pas de bourgeoisie, les ambitions tournées exclusivement vers le maniement des alTaires publiques, peu d'industrie, point de commerce, et, par conséquent, aucun des vices qu'enfante la passion du gain, aucun des obstacles qu'il oppose aux révolutions, même les plus légitimes, que de chances pour le parti démocratique, si la France eût jugé à propos de le seconder !

Comme l'Espagne, le Portugal touchait à une guerre de succession. Devenu empereur

du Brésil, le jour où les Brésiliens avaient secoué la domination portugaise, don Pedro, à la mort de Jean VI, son père, s'était vu dans l'obligation d'opter entre les deux couronnes. Il avait gardé celle du Brésil, etabdiqué en faveur de dona Maria, sa fille, celle du Portugal. Mais son frère, don Miguel, nommé par lui-même régent du Portugal, ne s'était pas fait scrupule d'usurper le trône. Dona Charlotte Joachime, épouse de l'imbécile et malheureux Jean VI, avait depuis longtemps enseigné à l'infant la pratique du crime et l'art des trahisons. Les leçons maternelles avaient profité à don Miguel ; et, en 1830, Lisbonne tremblait sous la main de ce prince, maniaque tout plein de caprices sauvages, tyran que la soif du sang brûlait, mais qui était soutenu par les nobles dont il défendait les privilèges, par le clergé dont il maintenait la domination, et par cette foule de mendiants que les moines en Portugal avaient jusqu'alors nourrie, corrompue et tenue en laisse.

Toutefois, la reconnaissance de don Miguel était en suspens dans toutes les Cours de l'Europe. La France penchait pour don Pedro, sans sortir néanmoins de l'expectative. L'Angleterre ne se prononçait pas davantage, bien que son intérêt dans la question fut immédiat et pressant, à cause du joug commercial qu'elle avait appesanti sur le Portugal. A la vérité, se décider était périlleux et difficile pour l'Angleterre : Don Miguel restant sur le trône, il était à craindre que ses principes politiques ne lui fissent rechercher l'alliance des rois absolus, et que la Cour de Lisbonne n'acceptât le patronage de celle de Madrid, comme semblaient déjà l'annoncer les secours fournis au parti miguélisie nar les Espagnols. D'un autre côté, don Pedro, avec les idées de gloire qui le tourmentaient, ne serait-il pas tenté de l'aire sortir son pays du vasselage industriel dans lequel l'avaient tenu si longtemps les marchands de Londres? Lord Ponsomby avait été envoyé à Rio Janeiro pour sonder l'empereur relativement au maintien du traité qui consacrait ce honteux vasselage, et la réponse

Les garçons bouchers avaient parcouru la ville (page 182).

de l'empereur du Brésil n'avait pas été satisfaisante. C'en était assez pour que l'Angleterre l'abandonnât, alors même qu'elle aurait oublié avec quelle ardeur, dans la révolution de 1820, les constitutionnels, partisans <N don Pedro, avaient renversé à Lisbonne, la tyrannie de Lord Béresford.

Si tel était l'état de Crouble et de malaise dans lequel vivaient les nations indépendantes ou réputées indépendantes, on peut juger quel! uvaienl dans leur

talions victimes du traité de 181.").

L'Italie frémissait sous la domination de l'Autriche, dont ses princes n'étaient guèn les préfets, domination d'autant plus abhorrée, qu'elle s'exen lit au moyen de la diplomatie. Privés du droit de parcourir libi ei ient leur pays, de celui de publier leur.-. us ; attaqués dans leur liberté individuelle, espionnés dans leurs familles, expoan moindre mouv» i voir briller.

depuis Home jusqu'à Ancône, depuis Turin jusqu'à Naples, l'odieux uniforme d<^ garnisons autrichiennes, les [talions attendaient avec une impatience croissante le moment de secouer leurs chaînes. Ces chaînes, cep dan!, étaient beaucoup plus lourdes pour les hommes éclairés que pour le reste de lion, dont le sort matériel n'était pas, au fond, très malheureux. Mais, en Italie, il n'exi pasà proprement parler de classes, si en Piémont, où la se trouve coi -

hiérarchiquement. La bourgeoisie itale sentait, par conséquent, qu'elle entr sans peine, à sa suite ce peuple, dont rien la séparait el dont elle ne formait que l'él Il est certain que l'amour de l'indépend i italienne existait partout, même dans les cbes inférieures de la société, sinon à d'opinion, au moins à l'étal d'instincl e sentiment. Il était même des contrées de lie. la Romagne, par exemple, où ce sentiment

existait chez la multitude avec un rare degré d'énergie. A Gènes, chacun se souvenait encore&du jour où, les Autrichiens ayant voulu forcer les habitants à contribuer à l'enlèvement d'un mortier, un enfant cria : la rompo je la brise, cri fameux qui souleva le peuple et fit chasser de la ville, après trois jours de lutte héroïque, une multitude d'étrangers. L'indépendance de l'Italie était donc au fond de toutes les âmes. Et, d'un autre côté, ceux qui étaient naturellement appelés à se mettre à la tête du mouvement ne cherchaient la conquêtede l'indépendance que dans le triomphe de l'unité. De fait, quoique l'Italie fut morcelée, et que le souvenir des luttes fédératives du moyen-âge n'y fut peut-être pas encore tout à fait éteint, Païenne et Naples étaient les deux seules villes entre lesquelles régnât une inimitié profonde. Gênes ellemême, qui se rappelait combien elle avait été jadis florissante, et qui ne pliait qu'avec colère sous la suprématie de Turin, Gênes ne poussait pas si loin la jalousie qu'on ne l'eut vue lors de l'insurection de 1821 , ouvrir avec empressement ses portes aux émigrés piémontais, les recueillir, leur offrir de l'argent et les sauver. C'étaient là pour des patriotes italiens des motifs suffisants d'espérance. Que la France leur prêtât son concours, qu'elle empêchât les Autrichiens de franchir les Alpes, et l'Italie était libre. Rome, alors, aurait ouvert aisément ses portes à l'insurrection partie de Bologne; le pape, dépouillé deson pouvoir temporel, aurait conservé intacte sa puissance spirituelle ; l'Italie, enfin, se serait politiquement constituée, après avoir écrit sur son étendard ce motmagique: Unité. Tels étaient les projets des patriotes italiens. Quant au chef qu'ils se donneraient, comme, à leurs yeux, la question de nationalité était la plus importante et la premier.1 à résoudre, ils ne pouvaient se montrer bien difficiles sur le choix. Et c'est ce qui explique les rapports qui s'étaient établis entre Menotti et le duc de Modènc, prince artificieux, cruel, enclin au despotisme, mais animé

d'un,- volonté forte, «'I capable de se jeter dans une conspiration, si elle avait dû

avoir pour résultat de le couronner roi d'Italie.

La Belgique n'était pas moins agitée que l'Italie, bien que sa situation fût différente. Au point de vue matériel, jamais elle n'avait été plus heureuse que depuis sa réunion à la Hollande. Les colonies hollandaises fournissaient à sesproduits d'importants et nécessaires débouchés. Le monarque qui la gouvernait était d'ailleurs une honnêteté, etl'im des souverains sans contredit les plus remarquables de l'Europe. Profondément versé dans la science économique, ayant le goût des spéculations, parce qu'il en avait le génie, Guillaume avait donné à l'industrie hollando-belge une impulsion sinon très morale, au moins très vive. Parmi les plus riches négociants de son royaume, les uns étaient ses associés, les autres ses débiteurs; et c'était par lui, à ses risques et périls, en quelque sorte, qu'avait été fondée la société générale de Bruxelles: Mais Guillaume avait le cœur trop hollandais. Il se souvenait trop bien qu'en 1815 la Belgique n'avait été unie à la Hollande que comme un accrois&ment (h' territoire. De là des préférences injurieuses, et, dans la distribution des emplois, une partialité révoltante. Grief extrêmement grave, puisqu'il armait contre la Hollande la partie la plus remuante et la plus éclairée de la population belge. Ajoutez à cela que les deux peuples ne parlaient pas la même langue, ne professaient pas la même religion, n'avaientpas les mêmes mœurs; que quatre millons de belges ne- comptaient pas plus de représentants aux états-généraux que deux millions de Hollandais; que Guillaume avait prétendu introduire dans les actes publics et dans les plaidoiries L'usage d'une langue uniforme; qu'enfin, par rétablissement du collège philosophique de Louvain. il avait soulevé contre lui les puissances du clergé de Belgique, puissance jalouse et qui ne sut jamais pardonner. De cet étal de choses devait naître naturellement l'alliance des libéraux et des catholiques; cette alliance. CD L830, était aussi étroite que possible, et devenait de jour en jour plus menaçante

L'ARMÉE FRANÇAISE SOUS LE RÈGNE DE LOUIS-PHILIPPE

(D'après la Galerie militaire d'Aubry, lfi-'iô)

Page 1