L.C'étaienl MM Saiabuc, Francfort, /Ludry, Pénard
Rouhi.T, Qhaparre, Gourdin, Quilley, Chauvin, Pécheus
d'Herbinville, Lebastard, Alexandre ••! Charles damier, Danton, Lenoble, Pointu.
l'attitude des prévenus combien ils comptaient sur l'ascendant de leur patriotisme et de leur intrépidité. Loin de songer à se défendre, ils attaquèrent, tour à tour amers et véhéments, ironiques et passionnés. Les débats durèrent plusieurs jours, et l'émotion du peuple allait croissant. On s'était armé contre les accusés d'un prétendu projet de complot formé, disait-on, sous le Pont-des- Arts : le ridicule de cette accusation fut mis en relief avec beaucoup de bonheur par un des témoins, M. Degousée. M. de Lafayette fut appelé, lui aussi, à la barre comme témoin; et, à son aspect, toute l'assemblée se leva par un mouvement spontané de respect et d'affection. Le vieux général venait protéger de sa présence et de son témoignage les prévenus, qu'il connaissait presque tous et qui, tous, lui envoyaient de leurs places, des gestes et des regards amis.
Ce procès donna lieu à des scènes d'un grand intérêt. Dans l'audience du 7 Avril, le président ayant reproché à un des accusés, M. Pécheux d'Herbinville, d'avoir eu des armes à sa disposition et d'en avoir distribué: «Oui, répondit-il avec chaleur, j'ai « eu des armes, beaucoup d'armes, et je « vais vous dire comment je les ai eues. » Alors, rappelant la part qu'il avait prise aux combats des trois journées, il dit comment, suivi de ses camarades, il avait désarmé des postes, soutenu de glorieuses luttes, et comment il avait, quoique peu riche, équipé à ses frais des gardes nationaux. Il restait encore au sein du peuple quelque chose de l'ardeur que la révolution de juillet v avait excitée; ou s'animait à de tels récits: les paroles du jeune homme fuient accueillies avec exaltation. Lui-même, en terminant sa courte défense, il avait le visage rayonnant d'enthousiasme et les yeux pleins de larmes.
Tout cela rendait les plaidoiries presque superllues. Cependant, MM s Bethmont, Rouen, .Marie. Rittiez, Boussy, Plocque.
Michel (de Bourges), prirent successivement la parole, et jamais cause n'avait été plaides avec une éloquence plus mAle, plus altière.
MM. Trélftt, Gavai gnac el Guinard furent
aussi entendus. Un talent grave, une admirable sévérité de nxeurs, une conviction il oui L'énergie se mêlait à beaucoup il»- tendri et de charité, distinguaient M. Trélat dans le parti auquel il appartenait. Médecin, il avait plus d'une fois visité les réduits sombres où languit le peuple des grandes villes; [tins d'une fois, il était allé s'asseoir au chevet du pauvre, gémissant et abandonné: il lit une pathétique peinture des souffrances dont il avait été le témoin; il rappela des promesses solennelles qu'on n'avait point tenues, de grands services qu'on avait oubliés.
Godefroy Cavaignac se leva ensuite.
Quoique doué dune organisation d'artiste, qui se révélait par la grâce originale de ses manières, l'imprévu de ses écrits, et une conversation d'où jaillissaient mille étincelles, Godefroy Cavaignac se plaisait aux études approfondies et avait donné à sa vie une direction, avant tout, sérieuse. Fils du conventionnel de ce nom, il veillait avec un soin jaloux sur l'honneur de souvenirs si cruellement calomniés pendant la Restauration et l'Empire.
« Mon père, dit-il en commençant, fut un « de ceux qui, dans le sein do la Convention « nationale, proclamèrent la République, « à la face de l'Europe, alors victorieuse. Il <( la défendit aux armées. C'est pour cela « qu'il est mort dans l'exil, après douze « années de proscription; et, tandis que la < Restauration elle-même était forcée de <( laisser à la France les fruits de cette revoie lution qu'il avait servie, tandis qu'elle « comblait de ses faveurs les hommes que « la République avait créés, mon père et ses <( collègues souffraient seuls pour la grande « cause que tant d'autres trahissaient. Der- « nier hommage de leur vieillesse impuis- « saute à la patrie que leur jeunesse avait si « vigoureusement défendue! Cette cause, « Messieurs, se lie donc à tous mes senti- <( ments comme fils; les principes qu'elle « embrassait sont mon héritage. L'étude a « fortifié cette direction donnée naturelle-
h ment ■ mes idées politiques; et aujour- - d'hui que L'occcasion s'offre enfin k moi " de prononcer an mot que tant d'au!
" proscrivent, je le déclare -.ois affectation « comme sans nain te. de caBuretdeconvie- « tion : je suis républicain. »
Après ce noble début. Grodefro I repoussa avec une singulière élévation de pensée tous les reproches adressés an parti républicain. On l'accusait de conspirer ! \ cusation futile ! Depuis qu'on faisait des révolutions, les conjurations étaient trop peu de chose. Le parti républicain était trop sur de l'avenir pour manquer de patience et oe se point reposer sur la fortune des peuples. Il aimait bien mieux laisser la monarchie conspirer pour lui par un entassement d'inévitables fautes et d'iniquités Saisies. Pourquoi le parti républicain se presserait-il? Lui était permis d'ignorer qu'il existait dans la société un dissolvant si énergique de tous les moyens de pouvoir, que le pouvoir était à refondre tout entier? x savait-il pas qu'en présence des besoins immenses et nouveaux qui tourmentaient le monde, un Dieu même trouverait plus difficile de le gouverner que de le refaire? On évoquait contre les républicains les souvenirs sanglants de 93 ! Mais les gens sensés, ceux qui jugent l'histoire par ses résultats, n'avaient pas oublié sans doute que la Convention avait défendu le sol, étendu la France jusqu'à ses limites naturelles, fécondé le germe de toutes les grandes pensées politiques, et que, de tous les gouvernements tour à tour poussés sur la scène dans l'espace de trentesix ans, seul le gouvernement delà Convention s'était retiré parce qu'il l'avait voulu, triomphant, et abdiquant au bruit du canon de vendémiaire ! Des ambitieux déçus, disait-on en parlant des républicains ' < '.'étaient les a mbitieux repus qui disaient cela, l'assaut à des considérations d'une .mire nature, Cavaignac montra ce qu'il y avait de réfléchi, de pratique, dans l'opinion républicaine, trop éclairée pour antidater son programme et
pour vivre des réminiscences de Home ou d'Athènes. Il combattit la monarchie, consi-
LOUIS BLANC
dérée dans son action nécessaire, non sur la France, mais sur les nations de second ordre. Grâce au Ciel ! La France portait en elle de quoi surmonter les plus déplorables épreuves; mais qu'allaient devenir les peuples naturellement placés sous son égide, et qu'il était dans les nécessités de la monarchie de sacrifier? « La révolution, cria Cavignac en « terminant, c'est la nation tout entière « moins ceux qui l'exploitent; c'est notre « patrie remplissant cette mission d'affran- « chissement qui lui a été confiée par la pro- « vidence des peuples; c'est toute la France « qui a fait son devoir envers eux. Pour « nous. Messieurs, nous avons fait notre « devoir envers elle, et elle nous trouvera « toutes les fois qu'elle aura besoin de nous : « quoi qu'elle nous demande, elle l'ob- « tiendra. » Une explosion d'applaudissements couvrit ces dernières paroles. Et l'impression ne fut pas moindre après le discours de M. Guinard, un de ces jeunes gens à la taille élevée, au front noble, qui montraient réunies en eux les fortes vertus du républicain et l'élégance du gentilhomme.
Comme on l'espérait, les prévenus furent acquittés. Cène furent alors qu'acclamations, pleurs d'enthousiasme et mouvements passionnés. Les spectateurs se mêlant aux accusés, on voulut reconduire ceux-ci en triomphe. MM. Guinard et Cavaignac et les élèves des écoles parvinrent à se soustraire à l'ovation qu'on leur préparait. L'adjudant Guilley fut reconnu et porté à bras jusqu'à sa demeure, malgré ses exhortations et ses efforts. Plus de trois mille personnes couvraient la place du Palais-de-Justicc et le Quai-aux- Fleurs.
MM. Trélat et d'IIerbinville étaient montés en voiture avec trois de leurs amis , MM. Achille Roche, Avril et Lhéritier. La voiture partit avec vitesse, mais une foule impatiente la suivait. Bientôt des ileurs pleuvent de tous côtés. On arrête les chevaux on les dételle. M. Trélat et ses amis essaient en vain do rappeler la multitude à ce sentiment de réserve qui convient à un peuple libre; on les traîne à la course jusqu'à la
porte de M. Trélat, à travers des applaudissements et des cris de joie. Le soir, un grand nombre de maisons furent illuminées dans Paris. Le triomphe était complet.
Le procès que les républicains venaient de gagner n'annonçait qu'une partie de l'œuvre qu'ils allaient entreprendre. Ils n'avaient touché, dans leur déclaration de principes, qu'aux questions purement politiques et nationales ; ils n'avaient point abordé celles qu'indique, en les résumant, ce mot redoutable et profond, le prolétariat. Mais il était facile de prévoir qu'ils ne resteraient étrangers à l'examen d'aucun des problèmes sociaux dont la solution importait au peuple. La suite de cette histoire montrera combien fut hardie et féconde l'intervention du parti républicain dans l'élaboration des doctrines par qui devaient être à jamais discrédités les vices fondamentaux des sociétés modernes. En attendant, c'était une grande victoire que celle qu'ils venaient de remporter. Les destinées de la monarchie en France venaient d'être remises en question aux yeux des souverains étrangers, et la consternation fut grande au Château.
Le lendemain, 16 avril, Paris fut sur pied. D'une part, la population s'entassait sur tous les points; de l'autre, gardes nationaux, cavaliers et fantassins se mettaient en mouvement. La lutte, toutefois, ne s'engagea point.
Casimir Périer avait espéré, par un fastueux déploiement de force, intimider du moins le parti républicain. Mais ce parti, conduit par des hommes dont l'audace grandissait par le péril même, redoubla de fougue et sut bientôt trouver l'occasion d'agiter puissamment les esprits. La décoration instituée par la loi du 13 décembre 1830 allait être remise aux plus valeureux combattants de juillet: il fut décidé, à la Cour, que la croix de juillet porterait pour légende : Donner par le roi, et entraînerait la formalité du serment. A cette nouvelle, les républicains se réunissent, s'organisent pour la résistance, puis courent répandre partout la colère qui les anime. On osait donc faire
IIISTOIKI: DE DIX ANS
Le cheval d'un ieune homme viut heurter le roi.
revivre l'ancien droit monarchique : tout par le roi, pour le roi ! La révolu lion de juillet n'existait donc plus que par le bon plaisir d'un prince, sans qui elle s'était faite, que nul n'y avait vu figurer et qui n'aurait pu y figurer que comme le premier des rebelles ! A quoi songeait-on de transformer en hochet de cour ce qui ne devait être qu'un impérissable témoignage de l'impuissance du despotisme et de la fragilité des trônes ?
Que signifiai! ce serment qui associait des sentiments sen îles au souvenir d'un événement par où avait éclate la souveraineté du peuple, du peuple en armes.'' On s'excite
ainsi mutuellement, on B'enoourage à L'énergie. Des pétitions véhémentes circulent de
main en main. Des protestations sont rédigées. < ta donne des banquets publics, joveux
essais de révolte. Plusieurs des oitoyens qu'attend la décoration, se montrent hardi-
LOUIS BLANC
ment un ruban bleu à la boutonnière, comparaissent devant le jury, sont acquittés. Réunis au passage du Saumon au nombre de près de douze cents, sous la présidence de M. Garnier-Pagès, les décorés jurent de n'admettre ni l'obligation du serment ni la légende. Bientôt tout Paris est en émoi. Le chant de la Marseillaise retentit le long des boulevards que parcourent des bandes d'hommes exaltés. La place Vendôme est au pouvoir du peuple, et, pour le disperser, on n'ose employer que des pompes à incendie, le meurtre pouvant donner aux troubles l'importance d'une insurrection.
Le lendemain, jour de l'Ascension, le calme était sur la place publique, mais non dans les cœurs. L'ébranlement de la veille recevait partout des commentaires moitié plaisants, moitié sinistres. Les ridicules moyens de répression mis en œuvre par le maréchal Lobiu pour dissiper la multitude, donnèrent lieu à un nombre infini de caricatures où la majesté royale elle-même fut livrée en proie à la gaité française. La Cour s'effraie; l'idée de la légende est abandonnée; les maires sont chargés de distribuer les médailles : le pouvoir s'avouait vaincu.
De tels faits avaient une signification profonde. Il était clair que, dans cette circonstance, les meneurs de la classe moyenne s'étaient abstenus. C'est qu'en effet la cause de la royauté ici ne se confondait pas avec celle de la bourgeoisie. Au fond, quoique le roi n'eût pris en juillet 1830 aucune initiative, quoique la fortune l'eût salué vainqueur sans l'avoir fait combattant, il était dans les conditions du régime monarchique, qu'on lui attribuât l'honneur de toutes les belles actions faites sans lui. Au point de vue de la monarchie, cela était non-seulement admissible, mais nécessaire. Si la bourgeoisie ne le comprit pas, c'est, je lai dit, parce qu'elle n'avait cessé de poursuivre la réalisation de cette frivole utopie : une royauté en sousordre, une royauté qui fût un instrument plutôt qu'un principe.
Cette erreur était celle de Casimir Périer. l'A par là s'explique la molles se que, contrai-
rement aux habitudes de sa politique, il venait de montrer. Peut-être aussi ressentaitil une satisfaction secrète du coup qui atteignait la personne du roi. Car il avait pour ce prince une aversion qu'il ne prenait pas soin de dissimuler, parlant de lui en termes qui excluaient également toute modération et toute décenCe, et paraissant n'être son ministre que pour être plus à portée de se faire son détracteur.
Le roi, de son côté, regrettait chaque, jour davantage M. Laffitte, dont il se rappelait, non sans quelques retours amers, les manières affectueuses, la bonté d'âme, le langage persuasif et les services modestes.
Forcé de subir Casimir Périer, il apportait dans ses relations avec cet homme indomptable une contrainte que ne masquait pas toujours suffisamment sa prudence profonde. Casimir Périer, d'ailleurs, jetait plus d'éclat qu'il ne convient da.ns une monarchie où tout doit se' rapporter au monarque. Il occupait trop de place dans les haines.
Soit que le roi voulût ramener à lui l'attention publique trop longtemps distraite, soit qu'il fût bien aise d'interroger par luimême les sentiments de la France, il résolut tout à coup de s'éloigner de la capitale. Après avoir, dans un premier voyage, parcouru la Normandie, il se dirigea vers les départements de l'est. Il ne manqua pas d'aller visiter le champ de bataille de Valmy. Là il parut s'arrêter avec complaisance sur l'emplacement des batteries qu'il avait jadis commandées en avant et à l'ouest du moulin. Arrivé au pied de la pyramide qui consacre la mémoire de Kcllermann. il y trouva un vieux soldat qui. à la bataille de Valmy, avait eu un bras emporté par un boulet de canon. Le roi détacha aussitôt le ruban qu'il portait à sa boutonnière et en décora le soldat, comme avait coutume de faire Bonaparte. C'est la règle dans les monarchies d'accorder une importance capitale à ces imperceptibles épisodes d'un drame immense. Les feuilles de la Cour faisaient grand bruit des moindres détails du voyage entrepris par l'ancien compagnon d'armes
de Dumouriez. On s'attachait beaucoup à occuper la France de son roi.
Au reste, le passage du cortège provoqua partout les manifestations de ce banal enthousiasme, enfantillage éternel éternellement pris au sérieux ! A Metz, cependant, la réception faite au roi fut presque impérieuse. C'était dans cette ville qu'avait été rédigé par h; maire, M. Bouchotte, par M. Charpentier, président de la cour royale, par M. Voirliaye, avocat-général, et par AI. Dornez, le premier plan d'association national».'. La. destitution dont M. Casimir Périer avait frappé, à ce sujet, MM. Bouchotte et Voirliaye avait accru l'irritation des patriotes, parmi lesquels comptaient la plupart des conseillers municipaux, tous les officiers .supérieurs de la garde nationale et plusieurs militaires de la garnison. Le roi répondit
bernent au corps municipal qui, dans son allocution, s'était élevé contre l'hérédité (!<■ la paiiie. La garde nationale ayant voulu exprimer, par l'organe de M. Voirliaye, la même opinion, le roi interrompit avec impatience l'orateur, et lui arrachant l'adresse: « La garde nationale, dit-il, ne doit pas « s'occuper de questions politiques. Cela ne « la regarde pas. — Sire, reprit M. Yoir- « haye, ce n'est pas un avis qu'elle donne, « c'est un vœu qu'elle exprime. — La garde « nationale n'a point de vœu à former ; les « délibérations lui £ont interdites ; je ne « veux pas en entendre davantage. »
Cette sortie imprévue produisit dans la ville de Metz la plus vive sensation. Les officiers supérieurs de la garde nationale ayant été invités à la table du roi, un seul se rendit à l'invitation. Louis-Philippe ne prolongea pas son séjour à Metz. Il en sortit à cheval, par une pluie battante. A quelque
distance de la ville, le cheval d'un jei homme mêlé au coi roi venu heurter
violemment sa tête à la jambe du roi, il y ei:i un moment d'anxiété générale. On avait craint uni- tentative diri de Louis-Philip]
Ce fut pendant ce voyage que Casil
Périer, dont un»' circonstance particulière avait excité le mécontentement, écrivil
maréchal Soult, qui accompagnait le : « Si cela continue, je vous brise comme verre. »
Le 1 i juillet, jour anniversaire; de la pi de la Bastille, le projet formé de planter un arbre de la liberté donna lieu, dans Par: des scènes tumultueuses. Un jeune homi nommé Désirabode, s'était élancé un pistolet à la main à la rencontre du magistrat qui. suivi d'un détachement de gardes nationaux, voulait s'opposer à cette démonstration populaire. Ce jeune homme fut entouré par les gardes et tomba percé de plusieurs coups de baïonnettes. On n'eut ; ,|o-
rer d'autre malheur, et les rassemblements se dissipèrent, après avoir fait redouter un moment quelque grande catastrophe.
La Chambre des députés avait été prororogée le 20 avril ; le 3 mai, elle fut dissoute. On a vu sur quelles bases elle avait assis la domination de la bourgeoisie. Casimir Périer lui imposait irrésistiblement la loi de son orgueil, il avait obtenu d'elle près de treize cents millions par provisoire, et se tenait d'autant plus assuré de la conduire, qu'elle lui obéissait sans l'aimer. Mais on pensa que cela même la rendait importune au roi. qui. d'ailleurs, couronné par elle, lui devait une reconnaisance dont il était, peut-être, secrètement offensé.
LOUIS BLANC
Chambre nouvelle. — M. Odilon Barrot et M. Mauguin. — Préoccupations de la France : événements extérieurs. — Comment la France pouvait intervenir en Pologne. - Victoire de Dwernicki. - Skrzynecki nommé généralissime : choix funeste.— Combat de Waver et de Dembewilkie ; bataille d'Iganie. — Invasion du choléra; envoi de médecins français en Pologne. — L'Europe épouvantée. — L'Autriche viole le principe de non-intervention : Dwernicki désarmé. - Mouvements des armées russe et polonaise ; bataille d'Ostrolenka. - Arrivée d'Orloff au camp de Pultusk; mort subite de Diebitch. - Mort de Constantin. - Rumeurs. — La princesse de Lowicz. - Un couronnement à Moscou. — La France insultée par don Miguel ; expédition du Tage. — L'amiral Roussin. — Histoire de la Conférence de Londres.
Parmi les hommes nouveaux que semblait appeler à la tribune la session qui allait s'ouvrir, on remarquait : le général Lamarque , orateur méridional , dont la parole vive, abondante, colorée, se ressentait toujours du ressouvenir des batailles et des réminiscences de l'antique , homme d'Etat d'une mince portée, mais représentant chaleureux de ce militarisme impérial dont le patriotisme était resté monarchique par l'habitude de la discipline ; M. François Arago, si célèbre dans les annales de la science, et dont le nom avait tant de retentissement en Europe ; M. Duvergier de Hauranne, appartenant à cette famille d'où était sorti le fondateur de Port-Royal janséniste ; M. Thiers enfin et M. Garnier-Pagès qu'attendaient des destinées si diverses, et qui, l'un et l'autre, devaient occuper une place importante dans l'histoire de leur pays.
L'Opposition se présentait sans chef réel et reconnu. M. Odilon Barrot, cependant, en était déjà le membre le plus influent. Loyauté, tenue, désintéressement, désir du bien, il avait toutes les vertus de l'homme privé. Mais son patriotisme avait quelque chose de languissant ; son honnêteté était timide, et sa sincérité ingénue. Ce qui aurait dû être sa volonté n'était que son désir. Ses inspirations étaient plutôt louables que magnanimes, et il ne se montrait capable ni d'audace, ni de passion. On le
disait peu instruit, peu versé dans la science des affaires. Et comme il n'avait ni la sécheresse des esprits pratiques, ni la fougue des âmes qu'emportent leurs élans ; traité de rêveur par les uns, de calculateur par les autres, il perdait à la fois tous ses avantages. Orateur, il résumait Volontiers les discussions, et ne les précisait pas ; ou bien, il généralisait le débat sans l'agrandir. Mais son éloquence laissait une trace durable, parce qu'elle était toujours saine, élevée, et forte. D'ailleurs, malgré sa figure sombre, sa lèvre légèrement dédaigneuse, la raideur apparente de son maintien, il y avait chez lui une naïveté d'impressions , une ignorance du mal, une noblesse de cœur et de caractère , qui lui donnaient une grande puissance d'attraction sinon d'entraînement. On oubliait de lui porter envie.
M. Mauguin était, dans l'Opposition, le naturel émule de M. Odilon Barrot, et autant le second était circonspect, stérile en ressources et ami des ménagements, autant le premier était prompt à l'attaque, impétueux et inventif. Mais, avec plus d'initiative et plus de feu que son rival, M. Mauguin avait inoins de consistance. Sa vigueur même devait tôt ou tard éloigner de lui la plupart des membres de l'Opposition qui tremblaient qu'où ne les conduisit trop loin ; car les plus énergiques, devant la Chambre, avaient besoin de croire que le régime constitutionnel pouvait être amélioré sans être
affaibli. Genre d'illusion que M. Odilon Barrot poussait plus loin que personne, non par insuffisance mais par candeur!
Quoi qu'il en soit, ce fut à M. Mauguin qu'appartint le premier rôle, tant que dura le mouvement révolutionnaire des peuples. Il se fit, à la Chambre, le centre du parti militaire ; et nous le verrons, soutenu par le général Lamarque, porter au pouvoir des coups terribles. Nul, d'ailleurs, ne suivait plus assidûment que M. Mauguin, sur la carte d'Europe, les expéditions lointaines et les marches savantes; nul ne se plaisait davantage à pénétrer les intrigues des Cours, à dévoiler les artifices de la diplomatie; nul ne remuait plus le monde en pensée.
Or, à cette époque, la France vivait plus de la vie des autres nations que de la sienne propre. Les événements qui agitaient alors la Pologne, le Portugal, la Belgique, occupaient les esprits d'une manière à peu près exclusive, et sur ces événements allaient rouler tous les débats de la session qui était à la veille de s'ouvrir. Nous vivions surtout en Pologne. Glorieux privilège de ce noble pays de France, d'avoir pour histoire celle de tous les peuples qu'on opprime !
Depuis la bataille de Grochow, les débordements de la Vistule avaient suspendu la guerre; mais, dans le courant de février, le général Dwernicki, commandant l'aile droite des Polonais, avait tenu la campagne à la tête d'un petit corps de 3.000 chevaux. Entouré des républicains de l'armée, cet homme héroïque fit des prodiges. Poussant l'audace jusqu'au génie et prompt comme la foudre, avec 3.000 soldats il sut en épouvanter et en disperser 20.000. Le 14 février, il avait battu Ceismar dans les vallons de Sieroczyn. Le 17, il avait passé la Vistule, il avait couru à la rencontre du général Krcutz dans le palatinat do Sandomir, et, l'atteignant sous la foret do Nowawies, il l'avait mis en fuite. Le 2 mars, il le rejoignit à Pulawy,et yécrasail les dragons du princo de Wurtemberg. Partout victorieux, il alla s'établir à Zamoso, où le réléguaient des ordres jaloux.
Il étaii question a Varsovie de remplacer
Uadziwill, chef impuissant à qui personne n'osait plus faire un crime de ^r>n incapacité, depuis qu'il s.- l'était reprochée lui même avec une modestie qu'ennoblissait son malheur. Quel successeur allait-on lui donn Le comte Pac, ancien aide-de-camp de V poléon,le grand mathématicien Prondzynski. ELrukowiecki, tels étaient les rivaux opjx à Skrzynecki, encore tout rayonnant de
Joseph Dwernicki.
gloire récente. Les républicains présentaient Dwernicki ; mais, appuyé sur le parti des aristocrates de Varsovie, et recommandé à la Diète par Ghlopicki, dont les blessures rachetaient les fautes. Skrzynecki l'emporta. Si le gouvernement français avait eu pour la Pologne les mêmes sympathies que la France, il aurait rendu à la cause polonaise un incalculable service, en soutenant de son influence 1<" parti démocratique et en travaillant à faire échouer l'élection de Skrzynecki. .Nul genre d'intervention ne pouvait valoir celui-là. Car. ce qu'il fallait, pour le
triomphe de la Pologne, en de telles cir-
LOUIS BLANC
constances, c'était un gouvernement de furieux. Il est des temps où la sagesse ordinaire perd les empires. Ce que Chlopicki avait commencé, Skrzynecki le continua1.
C'était un homme d'un esprit délié, rompu à toutes les roueries des cercles diplomatiques, ne prisant que les manières polies, les titres nobiliaires et les beaux dehors. Il étalait avec complaisance le luxe de sa charge, passait des revues en calèche, et s'entourait d'une jeunesse dorée qui avait adopté, pour lui plaire, des airs parisiens et le langage des hauts salons. Imbu de ce jésuitisme qui, sous la Restauration française, s'était glissé dans toutes les Cours de l'Europe, Skrzynecki fréquentait les églises et affectait de parler du ciel dans tous ses discours, même dans ses proclamations à l'armée. Un tel homme, congréganiste en épaulettes, et négociateur obstiné, n'était pas évidemment le chef qui convenait à une révolution armée, quoiqu'il eût de la bravoure, du coup d'œil, la science militaire, et qu'il fut aiguillonné par l'ambition.
Après un mois de repos et des tentatives d'arrangement avec Diébitch, le généralissime résolut de reprendre les hostilités. Mais il garda le plus profond secret sur ses desseins. Dans la nuit du 30 mars, pendant que Varsovie estplongéedans le sommeil, Skrzynecki rassemble ses troupes en silence ; le pont de Praga était couvert de paille, on le passe sans bruit. La division du général Rybinski, soutenue par une brigade de cavalerie, marche sur Zomki, et arrive inaperçue à la pointe du jour sur les lianes de
1. Nous ne saurions trop insister sur o€ puni! de vue. Quand l'Opposition, en 1831, reprochait si vivement au gouvernement français sa conduite à l'égard de la Pologne, l'Opposition plaidait une excellente cause; mais elle la plaida par de mauvaises raisons, et cela parce qu'elle ignorait ce qui se passait à Varsovie, où nous avions un consul dévoué aux Russes. Soutenir, dès le prinipe, par ses agents, le parti des exaltés, voila ce qu'aurai! dû faire M. Sèbastiani el ce qu'il était raisonnable d'exiger tic lui. Endamandanl plus, on s'égara dansdes déclamations, trop ,:"',l"s a réfuter. Ga qui esl certain, c'est que la Pologne •' été perdue par son aristocratie, patriote sans doute, mais inintelligente. Quand an* révolution pareille a éclaté, ceux-là Beuls qui ne craignent pas de l'exagères la sauvent.
Geismar, qui occupait dans la forêt de Waver une forte position. Un brouillard épais couvrait la montagne, et les Russes, croyant l'ennemi éloigné, étaient endormis dans leur camp. Avant de commencer l'attaque, Rybinski détache le colonel Ramoniro avec une partie de sa division dans le bois. Celui-ci, par un détour, va se porter en arrière des retranchements russes, de manière à leur couper la retraite. Assailli à l'improviste de front et de flanc, l'ennemi n'a pas le temps de se reconnaître, car à peine l'infanterie de Rybinski a-t-elle commencé le feu que les lanciers débouchant des barrières de Grochow tombent sur les avant-postes de Geismar et les culbutent. Le désordre est dans ses rangs, et c'est en vain qu'il essaie de rallier ses bataillons. Les Russes veulent s'enfuir par la chaussée de Minsk, mais ils rencontrent Ramorino qui les charge à la baïonnette, surpris et épouvantés. Alors la déroute est complète, le corps de Geismar est à moitié détruit ou fait prisonnier, et le général russe, avec les débris de sa troupe, s'enfuit à travers le bois jusqu'à Dembewilkie.
Là se trouvait la division de Rosen, forte de 15,000 hommes, dans une position appuyée sur des bois, et protégée par un terrain bourbeux, impraticable à la cavalerie et aux canons. Mais il est encore jour, et bien qu'il ne puisse aborder Rosen que par le terrain étroit delà route, le généralissime donne ordre qu'on s'empare du village de Dembewilkie situé daus une clairière sur les lianes de la chaussée qu'il domine. Foudroyés par l'artillerie russe à laquelle ils m peuvent répondre, le 4e et le 8e de ligne s'avancent hardiment, essuyant un feu terrible et des charges qui ne les font pas reculer. Deux pièces sont enfin amenées à force de bras, et vers le soir, le Ie de ligne entre dans le village au pas de charge. Arrivent alors par le défilé la cavalerie du général SUar/.ynski et les escadrons de Posen. qui, dépassant le village, vont charger le centre de l'ennemi, et renversent son infanterie et ses hulans. Les Russes abandonnent
le champ de bataille, Laissent 2,000 hommes sur la place, douze pièces de canon, des armes innombrables el 6,000 prisonniers. Les Polonais n'avaient perdu que .'J00 hommes. Le Lendemain, Lubienski poursuivit Rosen an grand trot, à travers lus villes de Minsk et de Kaluszyn, et porta jusqu'à onze mille Le nombre des prisonniers. Inhabile à profiter de ses avantages, el ne sachant pas suppléer au nombre par l'audace des entreprises, Skrzynecki fut accusé d'indécision, et, en effet, il ne comprit pas le parti qu'il pouvait tirer de l'enthousiasme des Polonais victorieux et du découragement des Russes, que semblait lui livrer l'incapacité de Diébitch. Les troupes russes étaient tellement démoralisées par les revers imprévus qu'elles avaient essuyés, que le 10 avril, ayant été attaquées au village d'iganic par le général Prondzynski, elles se débandèrent; et l'on vit l'élite Je l'infanterie russe, ceux que l'empereur appelait les lions de \V(/niay depuis la guerre de Turquie, mettre bas les armes et jeter les aigles qu'ils arrachaient de ieurs schakos, pours'enfuir ou se rendre.
La victoire d'iganic, où l'on prit aux Russes 2,500 hommes et quelques pièces de canon, n'eut pas le résultat qu'on en pouvait espérer, à cause des lenteurs que mit le généralissime à exécuter le mouvement convenu. A chaque instant, Prondzynski s'attendait à le voir arriver de Siedlcc par Bohimie, d'après le plan qu'avaient arrêté entre eux les deux généraux. C'en était fait du corps de Ilosen, si, au lieu de perdre un temps précieux à réparer les ponts du Kos- Irzyn, Skrzynecki eût débouché plus tôt de la forêt : il eût coupé la retraite des Russes et détruit tout un corps d'armée.
Mais déjà un lléau plus terrible que la guerre allait fondre sur les Polonais. Venu des Grandes-Indes, le choléra-niorbus s'était mis en marche pour dévaster le monde. Au nord, il s'était avancé dans la Sibérie ; au sud, il avait étendu ses ravages jusque sur les côtes de la Nouvelle-Hollande ; à l'est, il avait franchi la grande muraille de
la Chine pour larer à P
L'ouest, traversant la mer Caspienne, il avait
infecté Tiflis et la .Nouvel h
le Caucase, envahit L'empire i u ss< Moskou; et l'armée de Diébitch Le portait dans son sein. Ce fut a la bataille d'Ieanie que les Polonais contractèrent cette maladie épouvantable : «'II»' commença par ' ment» le plus engagés, et bientôt elle communiqua au reste drs troupes. On eût dit que la mort des champs de bataille ne suffisait plus à l'animosilé de ces combats.
Informé de la contagion qui s'avançait, notre gouvernement s'en émut ; il semblait que la peur du fléau le fit sortir de cette indifférence où le laissaient les dangers de la Pologne. Le lî> mai, sur la demande de AL d'Argout. ministre du commerce, une commission de médecins français fut désignée par l'Académie royale de médecine pour aller étudier en Pologne le choléramorbus * . Cette commission, présidée par Bi. Londe, arriva au mois de Juin a Varsovie. Llle y trouva ce qu'on nomme la b. classe, entassée, comme partout, dans 1rs quartiers de la vieille ville, quartiers sales, mais pavés, couverts d'eau croupissante; le peuple y vivait dans un air humide el insalubre, se nourrissant de pain noir.de viandes malsaines, de fruits acides et non mûrs. Ce fut sur cette classe, la plus malheureuse, que le choléra sévit d'abord, et sévit le plus longtemps, car la fortune s'attaque de préférence à ceux qu'elle a déjà frappés. Le n de la Pologne présentait le même Bpectacle, C'était dans les lieux où règne la miser.-, où L'hygiène est impossible, ou sont agglomérées les familles, toujours nombreux pauvres, que la maladie était te plus terrible. Le paysan polonais ta voyait pourtant sans
frayeur et la supportait sans se plaindre.
L'éducation du despotisme l'a endurci à
toutes les fatigues de la vie, et rendu insoucieux de ses maux ; vêtu d'une espèce de blouse bleue, serrée par une ceinture, les
I. Bile se composait de MM. Charles Londe, Casimir Alilvit. Boudard, Dalmas, Dubled el Sandras.
LOUIS BLANC
pieds nus dans des chaussures déchirées, il s'en va aux champs, dès l'aurore, muni d'une pipe et d'un peu d'eau-de-vie de grain ; et il vit ainsi, misérable et résigné.
Le premier soin des médecins français fut de rechercher si le choléra était contagieux, c'est-à-dire s'il tenait à un virus communicable. Pour cela , ils essayèrent de s'inoculer la maladie, et avec ce courage qui a de tout temps honoré la science, ils s'imprégnèrent du sang des cholériques, ou des autres fluides émanés de leurs cadavres ; mais aucun d'eux n'en souffrit. Et comme le choléra n'atteignait ni les médecins qui assistaient les malades, ni les infirmiers qui les soignaient, ni aucun de ceux que la charité conduisait dans les hôpitaux, ils conclurent de ces faits que le fléau n'était pas contagieux.
L'opinion contraire prévalut cependant parmi le peuple. On disait que le choléra avait été importé à Dantzig par des navires venant de Russie ; on faisait remarquer que l'armée polonaise l'avait gagné en se mêlant à l'ennemi, et que le choléra se déclarait dans les villes précisément aussitôt après le passage des Russes. Les médecins français furent obligés eux-mêmes de reconnaître que les mouvements de troupes, la présence sur un point d'une grande masse d'hommes traînant avec eux une atmosphère spéciale, pouvaient avoir une influence que n'avait point un cholérique isolé. Ces hardies hypothèses, dont s'emparait la passion, avaient augmenté la fureur des Polonais, qui accusaient les Russes d'avoir pris pour allié un mal inconnu.
Vraie ou fausse, cette opinion se répandit en Europe, et la France l'accueillit avidement. On réclama, au nom de l'humanité, la fin d'une guerre impie, entreprise par l'orgueil d'un seul homme. On s'indignait de l'appui que la IViissr avail prêté à l'armée russe, tandis que l'Autriche paraissait observer du moins une neutralité honorable. Les journaux du gouvernement français demandaient avec ironie si les Puissances voulaient répondre à la propagande des
principes par la propagande des contagions ; et le Journal des Débats s'écriait : « (jui se « rapellera que le roi de Prusse est le beau- « père de l'empereur Nicolas, le jour où le « fléau marchera sur Berlin, comme il mar- « che déjà sur Vienne? Ce sont là des liens « de famille qui coûtent trop cher aux « peuples. »
Mais les Puissances fermaient l'oreille à ces cris arrachés par la peur. Déjà l'Autri-
Mathias Rybinski.
Dernier commandant en chef de l'armée polonaise.
che, comme si elle eût voulu démentir les sympathies qu'on lui supposait pour la Pologne, avail saisi l'occasion que lui offraient les événements que nous allons raconter.
Depuis que Dwcrnicki occupait Zamosc.
la noblesse de la Yollivnie. de la Podolie et de l'Ukraine, encouragée par son voisinage, préparait une vaste insurrection, dont la pensée généreuse allait jusqu'à l'affranchissement des serfs. Pousser à ce grand mouvement, le régulariser, soutenir le patriotisme de ces contrées couvertes de forêts et habitées par de rudes chasseurs, c'était là
ce que Dwernicki devait accomplir avec sa | Polonais. Le 27 an matin, quand rai dil petite troupe, si faible, qu'on paraissait, en . le brouillard qui avait masqué lea manœuvres des Russes, Dwernicki m vit enveloppé par 25,000 hommee. Alors, il franchit la frontière, mais les troupes autrichien] qui avaient toléré la violation de leur territoire par les Russes, l'environnèrent el le forcèrent de mettre bas les armes. L populations que traversa ce petit coi quand on l'emmena prisonnier, l'accueillirent avec enthousiasme; les dames de P bourg arrachant les boutons de l'uniforme de Dwernicki, les portaient suspendus à leur cou par des chaînes d'or.
Le désastre de Dwernicki lit manquer l'insurrection des provinces méridional - Celle des Lithuaniens attira dès lors toute l'attention des Polonais.
Après la bataille d'Iganie , Shrzynecki perdit un temps précieux. 11 pouvait, avec toutes ses forces réunies, se porter Buccesa veinent sur chacun des grands corps do
lui donnant de pareils ordres, avoir conjuré sa perle.
Quoi qu'il en soit, résolu de passer à travers les trois armées qui le menaçaient, Dwernicki sort de Zamosc le 3 avril, et arrive le 16 à Boremel, où l'atteint bientôt le corps de Rudiger. Là se livre un de ces combats que la furie polonaise rend seule explicable. Laissant son infanterie dans le village, Dwernicki, a la tète de deux mille lanciers républicains, fond sur les !>,000 hommes de Rudiger; en deux charges il le met en déroule et lui prend huit pièces de canon. Le lendemain, Dwernicki se dirigeait vers la Pôdolie, poursuivi par Rudiger qui venait d'opérer sa jonction avec kaysaroll'. Au midi, le général Roth s'avançait pour lui barrer le passage. A ELolodno, Je général polonais apprit qu'on voulait le couper des frontières de Galicie. Il pousse à Lulince, mat», dans la nuit du :>.") avril, Rudiger violant le territoire autrichien, ordonne à un détachement de se porter en arrière des
Vincent Ma is
L'armée russe, qui étaient toujours forl
unes l'un de l'autre, et les battre sépaie-
LOUIS BLANC
ment, grâce à la double supériorité de la valeur et du nombre.
La garde russe était cantonnée entre le Bug- et la Narew, à vingt lieues au nord du quartier-général de Diébitch. Elle occupait le terrain qui s'étend de Lomza à Zambrow, et Diébitch ne pouvait la joindre qu'en passant le Bug. Cette garde, forte de 20,000 hommes, était commandée par le grand-duc Michel et renfermait toute la noblesse russe. La détruire, c'eût été frapper au cœur l'empereur de Russie, et l'exposer à la haine des grandes familles , déjà mécontentes. Ce corps était donc celui que le généralissime polonais devait attaquer de préférence, d'autant plus qu'en allant lui livrer bataille, on pouvait jeter des secours dans la Lithuanie insurgée.
Skrzynecki avait perdu un mois en tergiversations : il résolut enfin d'agir. Le 12 mai, il quitta son camp de Kaluszyn et marcha sur Sérock, ville située au confluent du Bug et de la Narew. Il avait avec lui 46,000 hommes et cent pièces de canon l. Pour masquer à Diébitch ce grand mouvement, il laissa le général Uminski à Kaluszyn avec un rideau de troupes.
Arrivé à Sérokc le 14, sans que rien eût transpiré de ses desseins, ni dans l'armée russe, ni dans Varsovie même, Skrzynecki divisa son armée en deux colonnes, et se jetant dans le terrain compris entre les deux lleuvcs, il marcha sur les gardes, ayant le Bug à sa droite et la Narew à sa gauche. L'une de ces colonnes, sous les ordres de Lubienski, se dirigea du côté de Nur, pour observer Diébitch et l'empêcher de passer le Bug. L'autre colonne, sous les ordres de Skrzynecki lui-même, marchait sur Lomza pour y surprendre les gardes, menaçant à sa gauche Ostrolenka, petite ville située sur la rive gauche de la Narew, et environnée de dunes et de marécages.
Cette ville était occupée par nue division de 7,000 hommes, sous le commandement