Ses forces B'étaient beaucoup accrues depuis le com
ii, mi. •■m, ni il.' la guerre. Biles s'élevaient en tout, dans ■ ■ m, imenl . .i 86,< ' " > liorum sa en\ irou .
de Sacken, qui était ainsi séparé de la garde russe par toute la distance d'Ostrolenka à Lomza.
Au lieu de dépasser le corps de Sacken, qu'on aurait écrasé plus tard dans son isolement et que maintenait une division polonaise précédemment envoyée sur la rive droite, Skrzynecki fitla faute de détacher contre Sacken le général Gielgud, ce qui était du même coup affaiblir l'armée polonaise et forcer les Russes de Sacken à rejoindre les gardes en se repliant sur Lomza. Déjà, du reste, les gardes, profitant de la lenteur de Skrzynecki, avaient gagné une marche et mis le fleuve entre elles et l'ennemi.
L'expédition contre les gardes était donc manquée par défaut de vigueur et d'audace. De son côté, Diébitch est enfin averti de ces grands mouvements. Il pourrait, par une diversion formidable, marcher sur Varsovie : il aime mieux aller secourir les gardes. Il sort brusquement de son camp de Siedlce, et aussi prompt cette fois qu'il était lent d'ordinaire, il s'avance verg le Bug, passe le fleuve au-dessus de Nur, et court attaquer Lubienski dans la plaine. Lubienski, à la tête de ses 10,000 hommes, soutient bravement le choc jusqu'au soir. Enveloppé par la cavalerie du comte Witt, il refuse de se rendre, il ouvre les colonnes ennemies à la baïonnette, pendant que les faucheurs abattent les cuirassiers russes, et. se sauvant au milieu des ténèbres, il va rejoindre le généralissime. Celui-ci entendant le canon du côté de Nur, se relirait déjà sur Ostrolenka; et. dans la nuit du 25 mai, il passait la Narew sur les deux ponts de cette ville, avec le gros de son armée et toute son artillerie, évitant une bataille, mais laissant, par une préoccupation inexpliquée, le corps de Lubienski isolé sur la rive gauche.
Cependant, revenus de leur frayeur et trouvant libre le terrain compris entre les deux tleuves, les gardes avaient opéré leur jonction ayee Diébitch : et. le 26 mars au matin, toute l'armée russe s'avançait sur Ostrolenka.
Lu avant de la ville s'étend une plaine où
sr trouvent, comme nous l'avons dit, des dunes, des marécages el quelques mamelons boisés. C'est dans cette plaine que se déployait, en attendant les Russes, la cavalerie de Lubienski, derrière la division d'infanterie du général Kaminski.
A neuf heures du malin, la grande armée fusse arrivait en masse dans la plaine, déroulée en éventai] el flanquée par des nuées de Cosaques. L'affaire fui engagée par les troupes du général Berg, que l'infanterie de Kaminski reçut vigoureusement. Mais les I! usses menaçant de tout envelopper par leur nombre, il fallut céder le terrain. La cavalerie se replia la première sur Oslrolenka etle général Pac lui ordonna de passer sur la rive droite. Suivait l'infanterie de Ilaminski. Placé à l'arrière-garde, le 4e de ligne reculait lentement, et, s'arrêlanl par intervalles pour repousser la cavalerie russe qui l'inondait, il faisait feu de tousses fronts et regagnait Ostrolenka, tandis que les troupes dont il protégeait la retraite, se précipitaient ù travers la ville vers les deux ponts, [tour aller rejoindre le gros de l'armée polonaise qui campait, dans la plus parfaite sécurité, sur la rive droite.
.Mais les Russes entraient par divers points sur les traces de l'arrière-garde. Le désordre commençait. Des barricades inachevées obstruaient les rues; des obus éclataient de toutes parts, et les maisons d'Ostrolcnka étaient en flammes : on se battait au milieu de l'incendie. Pendant qu'on débouche par toutes les issues vers les ponts, les grenadiers d'Astrakan, déjà logés daus les maisons voisines du lleuve, tirent à bout portant sur les bataillons en retraite. Mêlés aux Polonais, les dusses encombrent les avenues, et dressent leurs batteries sur la rive.
Resté seul dans la ville, le I* de ligne avait à se faire jour à travers celte foule amoncelée. Il épaissît ses rangs, et poussant des hourras, il charge cette masse d'hommes à labaïonnette, en fait une boucherie sans nom et se fraie un passage. Le pont est couvert de morts. La Narew, ensanglantée, ne charrie plus que des cadavres ou des mourants.
I! est on/" heures du matin. A l;i suite du
ligne, les grenadiers d'Astrakan et de Souwarofl se jettent pêle-mêle sur les ponts fléchis ci délabrés. Les canonniers polon
qui ont plusieurs fois balayé le ;
ont été tués un par un par des tirailleurs sont étendus morts à leurs place I sutour de leurs pièces que nbat
sur la rive droite. Lee R >nt proté -
par le feu de quatre-vingts pièces non
qu'ils ont rangées en fer à cheval sur la rive
gauche, grâce à la concavité du fleuve. Tout à coup arrive au milieu des Polonais ralissime éperdu. Tranquille tout à 1 heure dans son quartier-général, il croyait entendre le bruit d'un simple engagement. Les troupes assises autour de leurs bivouacs n'avaient pas mangé depuis trente heures. Lu apprenant que l'armée russe envahit la rive droite. on s'assemble en tumulte; les bataillon précipitent au-devant de l'ennemi sans ordre. sans ensemble. Désespéré, Skrzynecki courait ventre à terre d'une colonne à l'autre en criant : A moi Rybinski! à moi Malachowski! En avant ! ni avant ions ! ... Lui-même, son habit troué de balles, il s'élance vers le pont par où débouchent à chaque instant de nouvelles masses, et prenant successivement ses bataillons, il les engouffre un à un dans la mêlée. Les généraux donnent l'exemple ; Langermann, Pac, Muchowski, Prondzynski exécutent des charges furieuses, mais inutiles : l'artillerie polonaise n'a bientôt plus de munitions; la seule batterie du colonel Bem porte la mort dans les rangs ennemis. < >n se bat corps à corps, à coups de sabre et de faulx. 1*111' suite de délire s'empare des Polonais; on voit des centaines d'officiel ruer au premier rang, l'épée a la main, en chantant la Varsovienne. Les lanciers veulent charger à leur tour, et le généralissime les
pousse à bride abattue; mais leurs chevaux vont s'enfoncer jusqu'au poitrail dans un terrain vaseux, et ils sont extermines sans combattre.
La nuit tombait, le champ de bataille n'était plus qu'un immense cimetière. Skrzvneoki était parvenu à empêcher l'armée russe
LOUIS BLANC
de passer tout entière sur la rive droite. Il restait maître du terrain. Mais il lui en avait coûté 7,000 hommes. Les généraux Kicki et Kaminski étaient morts, 270 officiers avaient péri. Les Russes repassèrent la Narew dans la nuit, ayant perdu plus de 10,000 hommes. Le généralissime polonais ordonna la retraite sur Varsovie, et, montant en voiture avec Prondzynski, il répétait d'un air
Princesse de Lowicz.
Née comtesse Grudzinska.
sombre ces fameuses paroles de Kosciusko : Finis Poloniœ !
Retiré dans le camp de Pultusk, où le choléra l'avait suivi, et accablé de ses pertes, Diébitch était tombé dans une mélancolie profonde. Ne doutant plus que la faveur du maître ne se fût retirée de lui, il cherchait dans l'ivresse l'oubli de ses anxiétés, de ses humiliations. Tout à coup on apprit que le comte Orloff était arrivé au camp. L'envoyé de l'empereur portait un nom sinistre. OrlolT comptait deux assassinats de princes dans ses traditions de famille. Chacun vit dans l'apparition soudaine de cet homme l'annonce d'un mystérieux arrêt de mort.
Le comte et le feld-maréchal eurent une entrevue, s'assirent à la même table, et le 11 juin, le général Toll prenait le commandement de l'armée russe. Diébitch venait de mourir au milieu d'borribles souffrances. Succombait-il à la peste, ou à cette haine des grands de la terre, fléau redoutable aussi ? Les peuples crurent à un empoisonnement.
De Pultusk, le comte Orloff se rendit à Minsk où se trouvait le grand-duc. Ils eurent une entrevue, s'assirent à la même table, et Constantin mourut.
La princesse de Lowicz aimait son époux, tigre qu'elle avait dompté. Ne lui voyant partout que des ennemis, elle l'avait entouré d'une tendresse vigilante et courageuse, avec cette admirable puissance de dévouement qui rend précieux aux femmes ce qui est fragile ou menacé. Constantin mort, elle ne se sentit ni la force ni le désir de lui survivre; et comme elle perdait le but de son existence, elle s'éteignit dans une douleur pieuse, muette et calme.
Il y eut bien des larmes versées sur le tombeau de cette Polonaise si belle et si tendre. La noblesse de ses amours et leur bienfaisante influence n'étaient un secret pour personne. Quanta Constantin, lamalédictionpublique, qui n'avait cessé de peser sur sa vie, n'épargna point sa mémoire. Malédiction si terrible qu'elle étoulfa jusqu'à cet intérêt qu'inspirent les hautes victimes ! Car, comme celle de Diébitch, la mort du grand-duc fut attribuée à quelque noir forfait. Et, ce forfait, il faut le dire, un étrange concours de circonstances le rendait vraisemblable aux yeux de la masse qui croit volontiers à l'excès du mal.
Nicolas, cependant, et le comte Orloll", son favori, étaient des hommes que ceux qui les connaissaient bien jugeaient incapables d'une perfidie. On avait peine, d'ailleurs, à concilier l'allreuse idée d'un fraticide avec les souvenirs qui se rattachaient au couronnement de l'empereur, souvenirs auxquels on nous pardonnera de remonter ici; parce qu'ils peuvent servir à l'éclaircissement d'un pro-
blême qui, en \K\\ , a occupé toute l'Europe '.
Quoique CouBtantiu eût renoncé à la couronne des czars du vivant même d' Uexandre, Nicolas n'avait point osé, quand il apprit que l'aîné do la famille venait d'expirer, monter sur un trône dont la route ne lui était ouverte que par une renonciation douteuse. Constantin, à cette époque, était eu Pologne. .Nicolas lui envoya un aide-decamp, nommé Sabouroff, avec mission de lui apporter la nouvelle de la mort d'Alexandre, et de le saluer empereur. En s'enlendant traiter de majesté par l'envoyé de Nicolas, Constantin entra dans une fureur épouvantable. Partagé entre le désir de régner et celui de ne point trahir sa promesse, il ordonna qu'on le laissât seul. La princesse de Lowicz elle-même ne put lui parler dans ce moment solennel, ni l'approcher; mais, de loin, elle lui fit signe et joignit ses mains d'une façon suppliante. Renfermé dans son appartement, Constantin en sortit deux heures après. Les meubles brisés, les glaces en pièces, attestaient la manière dont s'étaient épuisés les transports de cette âme sauvage. Maintenant il montrait un visage tranquille. Il marcha vers la princesse de Lowicz, tout entière à ses perplexités, et lui dit : « Rassurez-vous, madame ; vous ne régnerez pas ».
Sabouroff revint dans la capitale desezars. Sur de l'assentiment de son frère, et vainqueur d'une conspiration qui mit la famille des Komanoff à deux doigts de sa perle. iN'icolas se voyait décidément empereur. Il ordonna les préparatifs de son couronnement. Mais, pour qu'il ne restât aucun doute sur sa légitimité dans l'esprit des vieux Russes dont son frère reproduisait plus fidèlement que lui la physionomie et le caractère, il aurait fallu que Constantin vint à Moscou répondre par sa présence à tous les soupçons. .Nicolas l'attendit pendant longtemps avec anxiété. Enfin, la veille du jour d'abord fixé pour le couronnement de l'empereur,
i. Les détails que nous allons donner sur le couronnement de l'empereur Nicolas nous ont été fournis par un
témoin oculaire «ftaché au corps diplomatique.
Constantin descendait de voiture, accompagné d'un s. -ni aide-de-camp. Nicolas» avai radieux h attendri; mais sa surprise fui trème, lorsqu'il entendit le grand-duc décl d'un ton sec qu'il venail uniquement pour assister à la cérémonie et que le soir même il retournerait en Pologne, l'our comble d'embarras, Nicolas dut apprendre a frère que les préparatifs n'étant pas ach< le couronnement n'aurait lieu qu'au bout de
Le Grand Duc Constantin. — 1770-1831.
huit ou dix jours. A celte nouvelle. Constantin laissa éclater son mécontentement avec une franchise grossière, mais en assurant toutefois qu'il se résignerait. Pendant ce temps, le bruit de l'arrivée de Constantin s'était répandu dans MOSCOU; et les vieux Russes, les hommes a barbe, accourant sur les places, faisaient retentir son nom avec un sombre enthousiasme Dévoré de soucis.
Nicolas ne savait comment adouci] l'humeur farouche de ce Erère, qui l'outrageait tout en
lui donnant une couronne.
Pour charmer les loisirs de Constantin, il ordonna de grandes manœuvres militaires
qui, chaque jour, les conduisaient l'un et
LOUIS BLANC
l'autre hors de Moscou. Mais à peine étaientils sortis de la ville, que Constantin se séparait brutalement de l'empereur, entraînant à sa suite le Ilot de la population, et ne laissant au czar, ému et humilié, d'autre escorte que celle du corps diplomatique. Les choses en étaient là, lorsque Constantin apprit par hasard que, dans l'église où la cérémonie se préparait, Nicolas avait ordonné qu'en face de son troue et à côté de celui del'impératrice-mère, onenélevâtunpour son frère aîné. Dès ce moment, on crut remarquer une altération profonde sur le visage et dans les manières de Constantin. La veille du couronnement, l'empereur était descendu sur la place du Kremlin pour voir, comme à l'ordinaire, défiler la parade; il arriva que le bataillon qui devait être passé en revue faisait partie du régiment dont Constantin était le chef. Le titre de chef d'un régiment en Russie étant purement honoraire et pouvant être donné même à des princesses, il n'y avait pas d'obligation pour le grand-duc d'aller prendre rang. L'émotion fut donc universelle, quand on le vit se placer derrière le maréchal Sacken et à la droite du premier grenadier de la seconde ligne. Le bataillon s'ébranla. Sur les gradins disposés pour la prochaine cérémonie s'agitait une foule inquiète de spectateurs. A l'extrémité de la place du Kremlin, l'empereur attendait, immobile, veillant sur luimôme, mais le cœur plein de trouble.
Constantin traversa toute la place, conservant son rang et emboîtant le pas. Arrivé devant celui qu'il faisait empereur, il élevait respectueusement la main pour le salut militaire : Nicolas lui saisit le bras, et Constantin se courbant pour baiser la main de son frère, devenu son maître, l'empereur l'attira vivement sur sa poitrine : ils confondirent leurs embrassenients. Alors, beaucoup se mirent à verser des larmes, et le peuple, touché de la grandeur de ce spectacle, poussa des acclamations qui se prolongèrent longtemps dans la place du Kremlin. Le lendemain, dans l'église, le grand-duc laissait vide le trône préparé pour lui, et allait se ranger
modestement à coté du grand-duc Michel.
Jamais investiture n'avait été plus touchante et plus héroïque.
On conçoit quel démenti devait donner à l'hypothèse d'un lâche assassinat le souvenir de semblables scènes, chez ceux qui en avaient gardé l'impression. D'un autre côté, il y avait plusieurs années déjà que ces choses s'étaient passées, et, depuis, les relations des deux frères n'avaient pas été sans nuages. Il importe d'ajouter que. dans la guerre de Pologne, la conduite de Constantin avait présenté quelque chose d'inexplicable. On raconte que, loin de contribuer aux succès des Russes, il se réjouissait de leurs revers, et ne s'en cachait pas, soit que le rôle subalterne qu'on lui avait assigné dans cette campagne eût irrité son orgueil outre mesure, soit qu'il fût bien aise de montrer ce que pouvaient dans les combats ces guerriers polonais qu'il se vantait d'avoir formés à l'art de laguerre, et qu'il continuait à appeler ses enfants.
Quelqu'éloigné que fût de la France le théâtre de ces événements, la nation française les suivait avec une attention passionnée, dont elle se laissait à peine distraire parle ressentiment de ses propres injures. Des faits graves, cependant, et qui la touchaient de près, avaient lieu en Portugal. DonMiguel y régnait, adoréparlcs mendiants que nourrissaient ses largesses, mais abhorré par tout le reste de la nation, jouet de caprices sanguinaires. Don Pedro, son frère, abdiquant devant des troubles factices, par lui-même excités, quittait le Brésil pour venir défendre en Europe la cause de Doua Maria contre l'usurpateur de la couronne de Portugal. Ainsi menacé, et ne pouvant parvenir à se faire reconnaître ni par l'Angleterre ni par la France, Don Miguel vivait' dans un état continuel de fureur, étendant de plus en plus sa tyrannie, et se vengeant, sur les étrangers, de la haine universelle qu'il inspirait. Déjà, plusieurs fois, des Français, établis à Lisbonne, avaient eu à gémir des persécutions de ceprinec féroce. Un étudiant de l'université de Coïmbre, M. Bonhomme,
IIISTOIIM-; DE DIX ANS
ri mi négociant, M. Sauvinet, sujets tous deux de la France, furent plus particulii ment victimes d'une oppression qui ne connaissait pas de bornes à ses excès. Livrés ii des commissions spéciales, où If bourreau se cachait dans le juge, le premier lui COndamné, pour un délit imaginaire, a être Qagollé sur la place publique a Lisbonne ; el le second, accusé parce que, dans un jour d'émeute, une fusée volante était partie de son jardin, ouvert à tout le monde, fut condamné à la déportation sur les plages brûlantes de l'Afrique. Le consul de France se plaignit : on dédaigna ses plaintes, et il dut s'embarquer.
Le capitaine de vaisseau français Rabaudy reçut ordre aussitôt de conduire devant le Tage une division légère de quelques frégates. Il était chargé de demander pour les Français de Lisbonne, réparation et indemnité, et, sur le refus du gouvernement portugais, de bloquer l'entrée du Ta Mais la colère de Don Miguel grandissant avec ses périls, la sentence rendue contre M. Honhoinme fut insolemment exécutée.
Toute hésitation était interdite au gouvernement français. L'Angleterre, d'ailleurs, outragée àson tour par Don Miguel, laissait libre la route qui conduisait jusqu'à lui. M. de Rabaudy se mit en devoir de poursuivre la croisière portugaise qui bloquait ï'erceira, occupée par quelques partisans de Don Pedro. En même temps, le contreamiral Roussin partait de Brest sur le vaisseau le N/////W/, pour aller se mettre à la tète d'une escadre qui, de Toulon, devait le rejoindre au cap de Sainte-Marie. Le 24 juin, l'amiral Roussin arrivait en vue du cap la Roque; le Lendemain, il communiquai! avec M. de Rabaudy, qui venait d'expédier à Brest sa seizième prise portugaise ; et le 6 juillet, il avait connaissance de l'escadre qu'on lui amenait de Toulon, dette escadre se composait de cinq vaisseaux, de deux frégates et de deux corvettes avisos. Elle était sous le pavillon du contre-amiral llugon, ayant sous ses ordres les capitaines de vaisseau Maillard-Liseourl, Forsans, Moulac.
de La Susse, Le Diane, de < '.liai. -.ni ville.
. et 1rs capitaines de frég ite J - <-i
Delofre. Ralliée avec le vaisseau ieSu/fren el I i Melpomène, commandés par les capitaines de m Trotel et de Rabaudy, et .•ivi'c lésa i\ isos l'A y''', I»' Hm ard, I Endymion, is le commandement de MM. Raffy, Thoulon, Nonay, elle pi ésentait un gnifique et témoignait hautement de la puissance maritime de la France.
Le 7 juillet, l'amiral Roussin appela l'escadre au mouillage, entretint les capitaim s des détails de l'exécution, leur remil notes de Franzini sur l'entrée du Tage, el prépara tout pour frapper un coup décisif. Mais avant de s'engager dans une entreprise qui pouvait aboutir à la destruction d'une ville de 280,000 âmes, il crut devoir tenter pour la paix un dernier effort, et il écrivit en ce sens au vicomte de Santarem, ministre des affaires étrangères. Le vicomte ayant répondu que le gouvernement portugais rejetait les demandes de la France, l'amiral Roussin prit définitivement le parti de forcer l'entrée du Tage.
Les vents étaient peu favorables, et pêcheurs qu'on avait engagés à suivre l'escadre, les déclaraient tropeourts. D'un autre côté, l'entreprise était hasardeuse. I ne cadre portugaise, forte de huit bâtiments, était embossée en iras ers du Qeuve; corps de troupes étaient, depuis Délem. échelonnés le long du rivage: et des forts nombreux, bien approvisionnés, menaçaient les assaillants. Mais, dans l'escadre franco
soldats et matelots étaient transportés d'enthousiasme. L'Europe avait depuis lo temps adopté cette opinion que !■• Tage était inexpugnable du côté de la mer; et c'était pour nos intrépides marins un motif de plus d'impatience. I.e 11 juillet, les vents M levèrent à huit heures; à dix heures, l'escadre
appareilla ; et, à une heure et demie après
midi, elle donnait à pleine \oile dan> le I
en gouvernant entre les forts Saint- Julien et
Bugio.
Les corvettes, placées à la droite de la
ligne, devaient combattre exclusivement la
LOUIS BLANC
tour de Bugio; et celle de Saint-Julien devait supporter le feu des vaisseaux. L'amiral Roussin avait craint qu'en franchissant ces deux forts, les vaisseaux n'éprouvassent assez d'avaries pour qu'il leur fût impossible de continuer leur roule; dans ce cas, l'escadre devait mouiller par le travers du Paco d'Arcos ; dans le cas contraire, elle devait aller s'embosser devant l'escadre por tugaise et les quais de Lisbonne.
L'amiral baron Roussin (A. R ).
Les deux premiers forts de l'entrée ayant ouvert leur feu, l'escadre française continua sa route pendant dix minutes sans riposter. Arrivés à environ 500 toises de Saint-Julien, les vaisseaux tirèrent, et aussitôt un nuage de sable et de pierre attesla la précision de leurs coups. En même temps, les frégates et les corvellcs éteignaient la tour de lîugio. 11 eu fut de même pour tous les autres forts. Leurs feux, mal dirigés, ne causeront presque pas de dommage à L'escadre française, dont les équipages, à mesure qu'ils passaient devant l'ennemi, faisaient retentir l'air de leurs acclamations.
A quatre heures, le Suffren, chef de file, rangeait le fort de Bélem à 60 toises. Bientôt, le Trident, YA/oer, VAlgésiras, se portèrent, ainsi que les corvettes et les frégates. sur l'escadre portugaise embossée entre la ville et la pointe du Pontal. Primant de vitesse la plupart de ces bâtiments, la Pallas tira les premières volées. Le pavillon portugais disparut.
A cinq heures, toute l'escadre française était mouillée à 300 toises des quais de Lisbonne, où régnait le plus profond silence.
L'amiral Roussin écrivit aussitôt au vicomte de Santarem la lettre suivante, qu'il remit au capitaine de corvette Olivier :
« Monsieur le ministre,
« Vous voyez si je tiens mes promesses : je vous ai fail « pressentir hier que je forcerais les passades du I « Me voici devant Lisbonne. Tous vos forts sont derrière « moi, et je n'ai plus en face que le palais du gouverne- « ment. Ne provoquons pas de scandale. La France, « jours généreuse, vous offre Jes mêmes conditions qu'a- « vaut la victoire. Je me réserve seulement, eu eu recueilli laut les fruits, d'y ajouter des indemnités pour les '( victimes de la guerre.
<i J'ai l'honneur de vous demander une réponse immé- « diate.
« Recevez. Monsieur le ministre, l'expression de » haute considération,
« Le contre- amiral commandant l'escadre française du « Tage,
« Baron Roussin.
Le vicomte de Santarem ayant répondu qu'il adhérait aux propositions formulées dans la lettre du 8, adhésion équivoque qui tendait à esquiver les conditions nouvelles contenues dans la lettre du 11, L'amiral Roussin adressa au ministre portugais la liste complète des propositions de la France. Elles consistaient dans l'annulation des sentences rendues contre les citoyens français ; dans la fixation d'une indemnité pour chacun de ceux d'entre eux qui avaient à se plaindre du gouvernement portugais; dans la destitution du chef de la police du royaume: dans une indemnité de huit cent mille francs au gouverment français pour les frais de l'expédition; dans L'affiche de ces faits sur les murs de toutes les rues où L'étudiant de L'université de Coïmbre avait été ignomi nieusemenl promené. A ces conditions,
l'amiral Roussin ajoutait celle d'une Indemnité à fixer contradictoirement pour dommages occasionnés au commerce français, el il déclarait propriété française les bâtiments portugais <]tii avaient amené leur pavillon sous le feu de son escadre.
Le vicomte de Santarem essayant de traîner les choses en longueur, et paraissant
désirer que les négociation i eussent lieu non sur le vaisseau de l'amiral, comme celui-ci l'exigeait, mais au palais de Bélem, l'amiral Roussin écrivit le 13 juillet au vicomte:
• Monsieur le ministre,
« Vous me po lt, et j'ai I I ;»ré-
« venir que cela ne p*-ut VOUS ma lettre de ce jour, el je vous confirme l'assurance que
Château-fort de Bélem. 1831).
« si, demain à midi, je n'ai pas terminé la convention donl « vous avez accepté les bases, je reprendrai les hostilités
« contre Lisbonne J'attends votre Excellence, ou la
« personne autorisée qu'elle désignera, aujourd'hui ou de- « main jusqu'à midi. Je la recevrai à mon bord et non « ailleurs.
« J'ai l'honneur de vous exprimer l'assurance de nia -i haute considération,
(i Le contre-amiral, commandant L'escadre française du " 'l'âge,
« Baron ROUSSIN.
Le 14, les négociations étaient terminées à bord du vaisseau de L'amiral; la France
était vengée; et, quelque temps après, la ÛOtte portugaise!, (pie don Miguel n'avait pas voulu racheter au prix d'un certain nombre
de prisonniers politiques portugais, dont l'amiral Roussin demandait généreusement
la délivrance, la flotte portugaise était envoyée prisonnière a Brest.
Cette éclatante expédition n'eut en France qu'un médiocre retentissement. Presque
toujours aveuglée par les lutines de parti sur
la nationalité, l'Opposition mesuras* avec une prudence avare, et le gouvernement lui-même ue parla qu'avec une satisfaction contenue d'un succès qui semblait honorer sa fermeté, mais dont il craignait que l'Angleterre ne prît ombrage. Elle s'en émut
LOUIS BLANC
en effet. Des discours injustes, des discours jaloux furent prononcés dans le parlement. Pitt, en mourant, avait légué à ses successeurs tout le fiel de son génie.
L'Angleterre, pourtant, était alors assez puissante par nos fautes pour ne pas nous envier un moment d'orgueil. Car le triomphe de notre marine devant Lisbonne était cruellement compensé, à Londres et à Bruxelles, par les défaites de notre diplomatie.
Mais, pour bien comprendre jusqu'à quel point elle fut vaincue et humiliée, il est indispensable de récapituler, en les rapprochant, les actes successifs de la Conférence de Londres, actes protégés, d'ailleurs, par une déplorable obscurité, et dont l'enchaînement forme ce qu'on pourrait appeler la haute comédie de l'histoire.
Dans son protocole n° 1, celui du 4 novembre 1830 , la Conférence de Londres s'était bornée à proposer la cessation des hostilités entre la Hollande et la Belgique. Ce protocole était rédigé avec modération. Les cinq grandes Puissances semblaient n'y assigner à leur intervention que le caractère d'une mission toute philanthropique ; elles ne s'y réservaient d'autre droit que celui de « faciliter la solution des questions politiques. »
La Belgique n'aurait pu refuser son adhésion à un acte de cette nature, sans se montrer résolue à procéder, à l'égard de la Hollande, par voie de violence et de conquête. Aussi le protocole du 4 novembre lutil accepté par tous les membres du gouvernement provisoire de Belgique , sans en excepter M. de Potter.
Cependant, comme ce protocole contenait, sur la Injne de l'armistice, une phrase ambiguë et d'où pouvaient sortir les plus terribles orages, le gouvernement eut soin de déclarer dans son acte d'adhésion que « par la lit/ne proposée il entendait les limites <////, conformément à l'article 2 de la /<>/ fondamentale des Pays-Bas, séparaient les provinces septentrionales des provinces méridionales, // compris la ri ce gauche de l 'Escaut. » Cette réserve était fort claire ; elle prouvait
que les Belges ne donnaient au protocole qu'une adhésion conditionnelle, et qu'ils ne reconnaissaient pas à la Conférence le droit de régler à sa guise sur quelles bases reposerait le système de délimitation des deux pays qu'une révolution venait de séparer.
Mais la diplomatie a des ressources qui lui sont propres. De retour à Londres, les deux commissaires de la Conférence, MM.
Cartwright et Bresson, déclarèrent que l'importante réserve mentionnée plus haut n'avait été acceptée par eux que comme une simple observation. Ils donnèrent même à entendre que cette réserve n'était que l'expression d'une manière de voir particulière à M. Tielemans, chargé par le gouvernement provisoire de conférer avec eux.
Dans une négociation où il ne parlait qu'en qualité de mandataire, M. Tielemans pouvait-il avoir présenté comme son opinion personnelle une clause d'où dépendait l'avenir de son pays? Le supposer était ridicule. Ce fut pourtant de cette supposition que la Conférence partit pour annoncer dans son protocole du 17 novembre, qu'il y avait eu, de la part de la Belgique, adhésion pure et simple au protocole n° 1. D'où les cinq Puissances tiraient celte conclusion étrange, qu'à elles seules appartenait désormais le droit de régler le sort de la Belgique, et qu'en consentant à la suspension d'armes, ce dernier pays s'était engagé non-seulement envers la Hollande, mais envers les cinq grandes Cours.
De sorte qu'il avait suffi d'une allégation sans preuves, d'une puérile équivoque, pour élever ce qui n'était d'abord qu'une médiation philanthropique à L'importance d'un arbitrage n'admettant ni résistance ni appel. Voilà pourtant à quelles petites ruses d'écolier se réduit L'habileté de tous ces grands esprits dont le commun des hommes salue avec ébahissement la profondeur et la portée !
Quoi qu'il en soit, l'usurpation était proclamée : il ne restait plus qu'à la mettre en action, (-'est ce que lit la Conférence dans son protocole du 20 décembre, qui déclara
L'ARMÉE FRANÇAISE SOUS LE RÈGNE DE LOUIS-PHILIPPE
(D'après la Galerie militaire d'Aubry, 1835)