‹ Histoire de dix ans, 1830-1840Chapitre 82 sur 159 · XL1I · texte numérisé non relu

XL1I

Intrigues de Cour. — Le ministère du il octobre sourdement mine. — On excite l'ambition de M. Thiers, — Mot de M. Talleyrand sur M. Thiers. — Madame de Dino et Madame de Lieven. — M. Thiers insensiblement détaché de ses collègues. — Le Cabinet divisé, au moyen de M. Humann. — Honteuses menées. — Véritable motU do la proposition relative à la réduction de la dette publique. — M. Thiers s'irrite contre M. Gtaizot. — Moyens employés

pour les séparer à jamais l'un de l'autre. — Propos blessants tenus par les amis de M. de Broglie. — M. Thiers, niiau défi, se décide à rompre ouvertement avec ses collègues et tonne un nouveau Cabinet. — Gravite île cette résolution. — Le ministère du 11 octobre dissous, le gouvernement personnel est fondé. - Conclusion.

L'année 183G s'ouvrait, pour Louis-Philippe, sous les plus favorables auspices. L'attentat de Fieschi, eu glaçant la France d'horreur, avait fortifié la monarchie. Les uns, sincères dans Leur effroi, se pressaient

plus vivement que jamais autour du trône salivé ; les autres affectaient de reconnaître le doigt de Dieu dans la conservation des jours du roi, au milieu d'un si effroyable péril ; d'autres s'étudiaient à changer en

fiel la douleur éveillée dans toutes les âmes, et, avec une habileté funeste, ils faisaient Le compte des victimes de Fieschi, présentant l'assassinat comme le dernier terme des encouragements donnés par la presse opposante à l'esprit de révolte.

Ainsi calomniée, l'Opposition commandait à sa colère et ajournait l'explosion de ses ressentiments. La législation de septembre était en vigueur: on la subissait. La société languissait dans un morne repos, et le pouvoir triomphait, porté par le deuil public.

Au château, cependant, la satisfaction n'était pas entière. On y aspirait toujours avec la même impatience aux douceurs du gouvernement personnel, et ce désir devenait naturellement plus vif, toutes les fois que les circonstances faisaient paraître moins impérieuse la nécessité d'un Cabinet fortement constitué. Le surnom de Casimir premier donné à Casimir Périer disait assez combien la dictature ministérielle de cet homme arrogant avait été jugée insolente et combien le roi en avait souffert. Qu'elle fût continuée par MAI. de Broglie, Guizot et Thiers, étroitement unis, voilà ce qu'à la Cour on trouvait insupportable. Les courtisans se remirent à l'œuvre.

Rompre les liens que l'amitié avait noués entre le duc de Broglie et M. Guizot, on y parvint plus tard, mais on ne se croyait pas encore en droit d'espérer un aussi notable succès. Acette époque, les deux chefs du parti doctrinaire étaient considérés comme inséparables, si bien que le roi les appelait avec un amer sourire les jumeaux siamois. Ce fut, par conséquent, autour de M. Thiers que se croisèrent les intrigues, et l'on s'attacha laborieusement à lui souffler les plus audacieuses espérances.

Al. de Broglie chancelait sous le poids de son impopularité; il était, de la part du roi, l'objet d'une aversion profonde; il avait déplu aux diplomates étrangers par sa raideur, et M. de Talleyrand disait de lui avec une affectation d'ironie impertinente, que sa vocation était de n'être pas ministre des

affaire» étrangères: en fallait-il davanl pour préparer sa chute! On essaya de tenter

AI. Thiers par L'appât de ce brillant héril

An lieu d'un ministère qui le rendait responsable de la vie du roi, qui le commettait avec des agents de police, qui le condamnait à lutter de ruse avec des conspirateurs infatigables, qui le plongeait dans un chaos de soucis dégradants, on lui montrait en perspective un ministère qui alhiit l'élever à des

Dufaure (1798-18. .

relations pleines d'éclat et lui assigner un rôle dans la grande partie qui se joue entre souverains. Quelle plus haute fortune pouvait être promise à son orgueil I Et avec quel tressaillement ne devait-il pas ouvrir son esprit à l'idée de voir les pins tiers représentants de l'Europe aristocratique saluer en lui le moderne ascendant du nierite plébéien! Une seule crainte aurait pu l'arrêter au seuil d'un inonde pour lequel il ne semblait pas fail, et où, selon toute apparence, il allait manquer de contenance et d'ampleur. Mais, même sous ce rapport, on avait eu soin de lui aplanir les voies. « M. Thiers, avait dit M. de Talleyrand, u'est « point parvenu, il est arrive. » Et chacun

SIO

LOUIS BLANC

de s'incliner devant cet oracle. De sorte que M. ïhiers avait reçu du gentilhomme le plus renommé de son pays la convenance des salons.

Aussi bien, nul n'était plus que lui de la société de madame de Dino et de madame de Lieven, reines charmantes de la diplomatie, gouvernée despotiquement par leur éventail. Employa-t-on dès lors les influences de salon pour détacher M. Thiers de l'alliance anglaise et l'attirer à l'alliance du continent? Les amis de M. Guizot l'ont pensé, mais les faits subséquents prouvent, ou qu'il n'en fut rien, ou que la tentative échoua. Ce qui est plus sûr, c'est qu'au sein d'un entourage qui l'enveloppait de séductions, M. Thiers n'eut pas de peine à s'accoutumer à l'éclat des grandeurs qu'on rêvait pour lui.

Il ne restait plus qu'à le séparer de ses collègues, en faisant grandir la cause et naître l'occasion d'un conflit. La rivalité qui existait entre M. Thiers et M. Guizot fut donc envenimée. On supposa des propos offensants, dont on se servit pour semer les défiances et enflammer la vanité, toujours crédule. On sut grossir des plaisanteries futiles jusqu'à en faire des injures. On inventa des torts, on créa des griefs. En un mot, l'on mit en jeu tous les ressorts de cette plate habileté qui est à l'usage des Cours.

M. Thiers se défendit assez faiblement. Il était d'autant plus disposé à se laisser vaincre, que son portefeuille était très lourd à porter, dans la circonstance. Chargé, comme chef suprême de la police, d'écarter sans cesse le bras des assassins levé sur le roi, M. Thiers aurait voulu qu'on le déchargeât momentanément de cette pénible besogne.

Or, ayant témoigné le désir d'aller à Lille prendre un peu de repos, il n'avait pu obtenir que, pendant ce temps, un de ses collègues doctrinaires acceptât le poids de l'intérim, et il avait dû se résoudre à envoyer, de Lille, des ordres qui continuaient sa responsabilité en l'aggravant. De là des ombrages, des motifs d'aigreur. Les doctrinaires entendaient donc lui laisser tout le fardeau

du pouvoir et en garder pour eux tous les avantages! Voilà ce que M. Thiers se disait à lui-même pour colorer à ses propres yeux son dépit, et, peut être aussi, pour s'encourager à une rupture.

Toutefois, la pensée de trahir ses collègues n'approcha point de son cœur. Il ne fit rien pour précipiter la chute du Cabinet dont il était membre. Seulement il s'habitua doucement à l'idée de marcher sans ses collègues, si la fortune venait lui faire de nouvelles avances, et s'il se trouvait porté à la présidence du Conseil par le cours naturel des événements.

Mais si M. Thiers n'agissait pas, d'autres agissaient. Le fameux ministère du 11 octobre, sourdement miné, allait tomber enfin. Que fallait-il pour cela? Une occasion. Et elle ne tarda pas à se présenter, sans qu'il soit permis d'affirmer si elle naquit du hasard ou du calcul !

Le 14 janvier 1836, le ministre des finances, M. Humann, présentait à la Chambre le budget de l'exercice de 1837, lorsque tout-à-coup on l'entendit déclarer que le moment était favorable pour réduire l'intérêt de la dette publique. A ces mots, un étonnement inexprimable éclate sur le banc ministériel. Le duc de Broglie indique par un geste expressif sa stupéfaction et sa colère, tandis que, se penchant vers lui, M. Thiers lui dit tout bas: « Mettez la main « dans votre poche, mon cher duc, vous « allez y trouver un événement. » Et en effet, rien n'était à la fois plus imprévu et plus grave que la déclaration de M. Humann. Proposer la réduction de la dette publique, c'était jeter l'alarme parmi les rentiers, agiter la Bourse, affronter les péripéties d'une crise financière. Nous exposerons plus loin cette question, en rendant compte des débats auxquels elle donna naissance ; qu'il nous suffise de dire ici qu'elle était d'une importance capitale, touchant à tous les principes qui servent de base au crédit. Et cependant, c'était contre le gré de ses collègues, sans les avoir avertis, que M. Humann venait poser un pro-

Ml

blême dece genre devant la Chambra et devant la France! Jamais on ne vit un pareiJ coup (le théâtre. Particulièrement blessé dans ses droits de président du Conseil, II. de Broglie était indigné. Le tait est que les collègues de M. Ilumann s'attendaient si peu à sa déclaration, qu'au moment où 1rs députés entraient en séance, M. Fould ayant demandé au <;arde-des-sceaux s'il serait question de la réduction de l'intérêt dans l'exposé des motifs du budget, M. Persil avait répondu très sincèrement et très péremptoirement par la négative. Mais combien ne fut pas plus amère et plus profonde l'humiliation des ministres, quand M. Augustin Giraud annonça qu'il se proposait de leur adresser, dans la séance du 18 janvier, des interpellations formelles; car, quels motifs pouvaient empêcher la présentation officielle d'une mesure que le ministre des finances jugeait si utile et si opportune?

Aux interpellations dont ils étaient menacés, les collègues du ministre des finances avaient à répondre, avant tout, par le renvoi de M. Ilumann: ils résolurent de le sacrifier. M. Thiers, néanmoins, penchait pour une réconciliation, et même il essaya de la négocier; mais, outre que la conduite de M. Ilumann, à l'égard du Cabinet dont il faisait partie, était réellement digne de blâme, il fallait une victime au ressentiment des doctrinaires, hommes orgueilleux par essence et implacables. Un bal que M. de Broglie donna sur ces entrefaites ne servit qu'à irriter les amours-propres qu'il mettait en présence. Les amis de M. de Broglie firent cercle autour de lui, tandis que ceux de M. Ilumann se tenaient à l'écart. On se sépara donc avec un redoublement d'aigreur; et, le 18 janvier, jour fixé pour les interpellations de M. Augustin Giraud, nue ordonnance royale remplaça M. Ilumann par M. d'Argout.

Les explications provoquées par M. Giraud trompèrent la curiosité publique.

M. Ilumann se justifia d'une manière embarrassée et avec une humilité tout-à-fait

équivoque. M. Giraud in^isu pour obtenir des explications pJm < l .m-

porté par son orgueil, M. <!•• Broglie s'écria: « On aous demande s'il esl dans L'intention « du gouvernement de propose! la mesure 7 « je réponds : Non. Estr-ee clair! »

C'était là ce qu'attendait le tb-r^-parti. Dans un régime on lei intérêts les plus sacrés ne sont jamais débattus qu'au point de vue et au profit de passions vraiment misérables, dans un régime où les questions les plus hautes ne sont, aux yeux de ceux qui les soulèvent, que des moyens de faire et de défaire des ministres, il était tout simple que la réduction des rentes ne fut considérée que comme une machine de guerre dressée contre le Cabinet. Les chefs du parti doctrinaire ne voulaient pas de la mesure : donc, pour les remplacer, leurs rivaux du Parlement n'avaient qu'à la vouloir; et M. Ilumann venait d'ouvrir une brèche p ir laquelle mécontents et ambitieux allaient inévitablement se précipiter.

M. Thiers comptait dans la majorité parlementaire un certain nombre de partisans qui l'aimaient de toute la haine que leur inspiraient MM. de Broglie et Guizot. Tous ceux qui brûlaient de supplanter ou de mortifier les doctrinaires, coururent se rang autour de M. Thiers. L'occasion était favorable, la marche à suivre toute tracé-' : M. Gouin prendrait l'initiative et développerait, à la tribune, les avantages de la réduction des rentes; le tiers-parti se joindrait à la gauche pour obtenir, en faveur de la proposition, un vote de majorité; et le Cabinet du II octobre, renversé par ce vote, ferait place à un ministère qui, fourni pales vainqueurs, serait présidé par M. Thiers. Tel était le plan. M. Thiers ne crut pas devoir s'y associer, soit qu'il n'osât [tas encore rompre avec les doctrinaires, soit, plutôt, qu'il reculât devant le déshonneur d'une perfidie. 11 lit pins, il poussa plusieurs île

ses amis, et, entre autres, M. Ganneron, i

voter pour le Cabinet, lit lui-même il se tint prêt à soutenir le choc du tiers-parti, dans cette question, avec une loyale énergie.

LOUIS BLANC

En effet, le 4 février 1836, le combat s'étant engagé, à la Chambre, par un savant discours de M. Gouin en faveur de la réduction des rentes, et M. Passy ayant soutenu vivement M. Gouin, M. Thiers parut à la tribune: « La mesure est juste, s'écria-t-il, «mais elle-est dure.» Et il développa ce thème dans une improvisation étincelante. La cause était mauvaise; car, considérée dans sa valeur intrinsèque et indépendamment du parti

Persil (1785-1870).

qu'en voulaient tirer les passions en lutte, la mesure que M. Thiers repoussait était de tout point inattaquable. Nous aurons plus loin occasion de le prouver. Et pourtant, jamais il n'avait déployé un talent oratoire plus vrai. Mais jamais aussi résistance plus opiniâtre ne lui avait été opposée par rassemblée. Il la sentait frémir, en quelque sorte, sous sa parole, de dépit, d'impatience et de colère. Successivement combattu par M. Bërryer, son collègue de la veille, par M. Humànn, par M. Sauzet, par M. Dufaure, il succomba. L<> 5 février l'ajournement de la question fui rejeté à une majorité de deux voix. Au sortir de la séance, tous les minis-

tres allèrent déposer leur démission aux pieds du roi. Et, le lendemain, la Chambre accepta cette démission, en votant la prise en considération de la mesure, second vote confirmatif du premier!

Il y avait quelque chose d'extraordinaire dans tout ce qui venait de se passer. Car enfin, comment supposer que M. Humann n'eût obéi qu'à ses inspirations personnelles, en jetant dans la Chambre et dans le Cabinet un brandon de discordes, alors que le pouvoir commençait à fonctionner librement et que la bourgeoisie jouissait d'un calme inaccoutumé ? Pourquoi cette surprise faite par M. Humann à ses collègues, au risque d'un immense et triste scandale? Les amis les plus clairvoyants de MM. de Broglie et Guizot pensèrent que tout ce mouvement était né d'une secrète impulsion partie de la main d'un personnage auguste. Ce qui parait prouvé, c'est que plusieurs familiers du Château votèrent, en cette occasion, contre le Cabinet, et qu'il y eut des négociations entre M. de Montalivet, un des plus dévoués serviteurs du roi, et M. de Malleville, membre du tiers-parti. Ce qui est hors de controverse, c'est que les ministres du 11 octobre, après tous les sanglants services rendus par eux à la dynastie d'Orléans, pesaient horriblement à son chef. On ne se crut roi que le jour où il devint possible de faire peur à M. Thiers de M. Guizot et à M. Guizot de M. Thiers.

Mais il fallait arriver à rompre le faisceau pour toujours. Voici quelles circonstances favorisèrent sur ce point les vues du Château:

M. Guizot allait quitter le ministère, et il n'était pas riche ; ses amis songèrent à lui créer une position qui l'élevât au-dessus de tout vulgaire souci, et ils mirent beaucoup d'activité à lui gagner des voix pour la présidence de la Chambre. M. Thiers, qui n'avait point reçu la confidence de leurs démarches, ne tarda pas à en être informé, et il en conçut un amer dépit. Pourquoi, dans une alfaire qui le louchait de si près, avait-on jugé à propos d'agir si complètement en dehors de lui? Ce coup lui fut d'autant plus sensible, qu'il venait de se sacrifier pour les dootri-

naires, et qu'il n'eût pas été éloigné de désirer le fauteuil promis à une ambition rivale. Un jour donc, M. (iuizot étant monté dans la voiture de M. Thiers, et celui-ci laissant percer sur son visage l'irritation intérieure : « Plusieurs de mes amis, dit M. (iuizot, me « destinent la présidence de la chambre ; et « j'y prétends. — Moi, je n'y prétends pas, « répondit. M. Tbiers, blessé au vif; toutefois, « l'avertissement me vient assez tard pour « qu'une semblable prétention ait eu le « temps de naître en moi. » Et les deux collègues se séparèrent, très-mécontents l'un de l'autre. Le projet fut abandonné ; mais il avait allumé dans l'âme de M. Thiers un ressentiment dont on sut bientôt augmenter la violence en y mêlant les excitations de l'amour propre. On fit savoir à M. Thiers, — et le roi ne fut pas le dernier à lui en donner avis, — que l'opinion le jugeait incapable de porter sa fortune lorsqu'il n'aurait plus pour appui le talent des doctrinaires et leur consistance. Que tardait-il à faire tomber une supposition aussi injurieuse, en saisissant avec hardiesse les rênes du pouvoir, devenues llotlantes ? On devine l'effet de pareils discours sur un homme confiant dans sa destinée, prompt à s'émouvoir, et qui avait jusqu'alors vécu au milieu de tous les enivrements de la louange. D'ailleurs, il arriva que, par une ignorance trop commune des intrigues et des menées de cour, les journaux de l'Opposition servirent, à leur insu, la secrète politique du Château. Dans un article dont la crise ministérielle avait fourni le sujet, Armand Carrel manifesta, sur l'avenir de M. Thiers séparé de ses auxiliaires, des doutes railleurs et provoquants. M. Thiers avait été le collaborateur d'Armand Carrel. il l'estimait avec eflïoi, il s'inquiétait de l'avoir pour juge, et son orgueil saignait longtempsde chaque trait parti de celte main virile. Poussé à bout, il résolut enfin de montrer ce qu'il était en état de faire. Et puis, son ambition était décriée en tous lieux et narguée par M. Piscatory, ami de M. de Broglie. H le sut, et prit son parti aussitôt. « On me met « au déli, s'écria-t-il avec un geste plein

« d'emportement, de faire un Cabinet ! Eh « bien ! il est fait. >, Et, le 22 février ]*:;•.. Ir Moniteur recevait des ordonnances nommant: MM. Thiers, président 'lu ( onseil et ministre des affaires étrangères ; Sauset, garde des sceaux, ministre de In justice et dêi cultes; de Montalivet, ministre de fintéi riew . Passy, ministre du tommette et dei travaux publics; Pelet (de la Lozère , ministre de l'instruction publique; le maréchal Maison,

Hippoiyte Passy [1793-1880).

ministre de la guerre : l'amiral" Duperré, ministre de la marine; d'Ârgout, ministre finances.

Une grande faute venait d'être commise, et elle était surprenante de la part d'un homme qui avait adopté la laineuse maxime : Le roirègne et ne gouverne pas. En effet, en dehors de MM. de Broglie, Guisol et Thiers réunis, M. Mole aurait en vain oherché les éléments d'un Cabinet doué de Nie. Quant au tiers-parti, il avait donné la mesure di forces dans le ministère des trois jours. Doue, tant que M. Thiers sérail reste l'allie îles doctrinaires, il n'y aurait eu qu'un ministère possible. En se séparant de ses anciens collègues, M . Thiers changeait la face des choses:

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il ruinait la discipline parlementaire; il assurait au roi la faculté de choisir entre plusieurs Cabinets également possibles quoique débiles, et il se mettait lui-même à la merc1 de l'autorité royale, désormais toute-puissante. Le roi put croire que son étoile l'emportait enfin, que sa puissance n'allait plus avoir d'autres bornes que sa volonté... Et il ne se trompait qu'à demi : avec le ministère du 1 1 octobre, le gouvernement parlementaire venait de finir : le gouvernement personnel était fondé.

Ainsi éclatait l'erreur des publicistes qui, comme Benjamin Constant, avaient fait reposer leurs théories sur la chimère d'un monarque automate, se résignant à la honteuse majesté d'une fonction de parade, tirant toujours de lui Je pouvoir sans l'exercer jamais, faisant éternellement illusion aux peuples sur la nécessité de sa paresse éternelle, et n'occupant la première place par lui et par ses descendants que pour fermer à une trop haute espérance le cœur des ambitieux. Comment imaginer qu'un roi se puisse contenter de ce rôle imbécile ? Et s'il était un être assez vil pour s'en contenter, comment se préserverait-il du mépris ?

La royauté doit être ou une force ou un symbole. Si, en Angleterre, la royauté n'a pas besoin, pour vivre, d'agir et de gouverner, c'est qu'elle n'y est que la tête d'une aristocratie qui agit et qui gouverne ; c'est qu'elle y représente une association politique qui a, comme elle, l'hérédité pour essence; c'est, en un mot, qu'il y a identité de nature entre elle et la classe dominante. Mais, en France, qui l'ignore? l'aristocratie a été détruite de fond en comble ; les privi-

lèges du moyen-âge ont été abolis à jamais; partout, si ce n'est sur le trône, la transmission du pouvoir politique a été condamnée, et la supériorité des droits du mérite sur ceux de la naissance est devenue le principe constitutif de la classe dominante. Donc, en France, la royauté est une exception au lieu d'être un symbole; elle représente ce qu'on a cru devoir détruire, au lieu d'exprimer ce qui existe ; elle personnifie l'idée du repos, en présence d'une bourgeoisie qui n'a pris possession de la puissance qu'à force d'activité; elle s'élève immobile sur un piédestal autour duquel s'agite en frémissant la société la plus mobile de l'Europe. Il faut, par conséquent, dans notre pays, que la royauté soit tout, sous peine de périr; il faut qu'elle anéantisse le principe électif, arme de la bourgeoisie, ou qu'elle tombe écrasée sous les ruines de l'hérédité abattue. La Cour l'avait bien compris. De là son ardeur à mettre le trône hors de page ; de là les ténébreuses menées dont on vient de lire le récit. Mais ce n'était pas assez de semer la division entre les chefs de la majorité, et de livrer la majorité elle-même en proie à des rivalités dévorantes : on ne pouvait espérer de la soumettre qu'en la corrompant, qu'en la rendant semblable à un maître que son premier esclave enivrerait et endormirait, pour commander à sa place. Voilà le triste tableau qui nous reste à dérouler. Tableau bien triste, en effet! car, de la Chambre, la corruption devait tomber goutte à goutte sur toutes les parties de la société, en pénétrer les profondeurs, et la réduire à un état de dégradation qui n'a d'exemple que dans l'histoire du Bas-Empire.

Procès de Fieschi. — Morey. Pépin. Nina — Triple exécution.

Le 30 janvier 1836, les portes du palais du Luxembourg s'ouvrirent pour un procès nouveau. La Cour des pairs allait juger l'assassin du 28 juillet et ses complices. Dans l'enceinte, et en avant du bureau du greffier on voyait étalés, entre autres pièces à conviction, une machine supportant des fusils inclinés, un tison, un poignard, un martinet à lanières garnies de balles de plomb, un gantelet de fer, une corde ensanglantée. La foule se pressait dans les tribunes, partagée entre une sorte de curiosité sauvage et un profond sentiment d'horreur.

Les accusés furent introduits. Ils étaient au nombre de cinq ; mais il y en eut trois qui fixèrent plus particulièrement l'attention des spectateurs.

Le premier était un homme petit, impétueux dans ses mouvements. Son visage, défiguré par de récentes blessures, exprimait tout à la fois l'astuce et l'audace. Il avait le front étroit, les cheveux courts, le coin de la bouche relevé à gauche par une cicatrice, le sourire provocateur et faux, la lèvre impudente. Il s'agitait beaucoup pour qu'on ne remarquât que lui seul, insultant ceux qu'il connaissait, et jouissant avec affectation de son odieuse importance.

Le second était un vieillard malade et blême. Toutefois, à l'austérité de sa physionomie, à son œil plein d'une llamme sombre, au calme implacable de sa face romaine, on devinait son cœur. Il s'avança lentement, s'assit à la place désignée sans donner le moindre signe d'émotion; et, la tête penchée sur sa main amaigrie, il demeura immobile, le regard fixe, indifférent à ce qui L'entourait, et comme plongé dans la contemplation du monde intérieur.

Le troisième ne se détachait de ses

compagnons que par l'excès de son abal ment.

On procéda aux interrogatoires. Mais, avant d'aller plus loin, il faut reprendre l'affaire au point où nous avions dû la laisser dans le volume qui précède.

Le lecteur connaît les détails de l'horrible catastrophe qui, le 28 juillet 1835. avait épouvanté Paris. Quelques instants après l'explosion, une jeune fille venant de l'hospice de la Salpêtrière traversait le boulevard, à la hauteur du jardin Turc. Une pâleur mortelle couvrait ses joues, et son regard effaré semblait interroger les passants avec angoisse. Arrivée au n° 50, et apprenaut que c'était de là qu'était partie l'explosion, elle revint sur ses pas précipitamment, regagna la Salpêtrière et ne b'j arrêta que le temps nécessaire pour changer de vêtements. Elle pleurait, elle tremblait, et ne cessait de répéter d'une voix étouffée: « Je suis perdue ! » C'était la maîtresse de l'assassin : Nina Lassa\<-.

Dans sa frayeur, elle courut se réfugier chez un vieux bourrelier nommé Morey, avec lequel son amant avait eu des relations fréquentes. Celui-ci la recul affectueusement, la rassura, la conduisit dans un asile qu'il croyait sûr, et ne la quitta qu'après lui avoir promis de revenir le lendemain. Il revint en effet suivi d'un commissionnaire qui portait une malle mystérieuse; et 08 fut parla que tout se découvrit. Cette malle

avait appartenu à l'assassin et avait été portée, quelques heures avant l'attentat,

eluv. un ouvrier marbrier, avec ordre de ne

la remettre qu'à Moivv. On n'eut pas de peine à connaître l'itinéraire de la malle

par les commissionnaires auxquels elle avait été sneeessi\ement confiée; et. le 3 août

LOUIS BLANC

(1835), l'asile de Nina Lassave était envahi par les agents de la force publique. A leur aspect, elle essaya de se tuer, mais on enchaîna son désespoir. Alors elle tira de son corset une lettre qui contenait ces mots : « Vous êtes prié de ne plus aller voir « Nina ; elle n'existera plus dès ce soir. Elle « laisse dans sa chambre la chose dont « elle était dépositaire. Voilà ce que c'est « que de l'avoir abandonnée. Adieu. » Interrogée, Nina Lassave refusa quelque temps de s'expliquer. Enfin elle avoua que c'était Morey qui avait fait porter la malle chez elle, et que c'était à lui qu'était destiné le billet.

Morey nourrissait contre les rois une haine contenue. Ame violente et profonde dans un corps usé par l'âge, il parlait peu, et possédait cette sinistre puissance que donnent une passion unique et le mépris de la mort. On l'arrêta, et il fut traîné devant le juge d'instruction. Mais là il se montra si impassible, si complètement maître de sa pensée, il répondit avec tant de sang-froid aux questions dont on le pressa, que la justice le rendit à la liberté. Elle se ravisa bientôt ; et, quand elle se présenta pour la seconde fois, il lui ouvrit tranquillement sa porte et se livra de nouveau à elle avec une inconcevable sérénité.

L'arrestation la plus importante après celle de Morey fut celle d'un marchand d'épiceries nommé Pépin, homme excessivement timide et faible, mais qui avait été compromis dans les troubles de juin et qu'un solennel verdict d'acquittement n'avait pu protéger, depuis, contre les soupçons de la police. Une fouille opérée dans sa maison et en sa présence par trois agents seulement, lui ayant fourni l'occasion de s'évader, il en profita. Où se cachait-il? On l'ignora longtemps; et une fausse nouvelle, rapidement propagée par les journaux, le faisait déjà supposer hors du royaume, lorsque tout-àcoup M. (iisquet reçut avis qu'on était sur la trace du fugitif ; que sa retraite était située entre Meaux et CouLommiers, dans l'épais-

seur de la forêt de Crécy. Il ne tarda pas effectivement à être arrêté à Magny, où il fut trouvé en chemise, caché dans une fausse armoire, au fond d'une alcôve, et troublé à un point qui touchait au délire.

Indépendamment des ouvriers Boireau et Bescher, qui figurèrent au procès, on mit la main sur plusieurs individus dont on ne devait plus entendre parler. A Péronne, par exemple, dans la nuit du 30 au 31 juillet (1835), on raconte que, profitant du moment où une des portes s'ouvrait pour livrer passage à une diligence, un homme s'introduisit furtivement dans la ville. Il était sans chapeau, sans papiers: on le mena au chef de la gendarmerie, et bientôt on remarqua qu'une de ses mains, qu'il s'étudiait à cacher, portait l'empreinte d'une blessure qui semblait faite par une corde le long de laquelle il se serait laissé glisser. On le dirigea sur Paris ; mais aucun indice ne vint fortifier l'hypothèse de sa complicité.

Cependant, les ténèbres qui avaient d'abord environné l'assassin commençaient à se dissiper. Il s'était donné d'abord le nom de Girard et s'était dit natif de Lodève : sur l'indication de M. Olivier Dufresne, inspecteur des prisons, M. Lavocat fut appelé auprès de lui et le reconnut. Son véritable nom était Fieschi.

Doué d'une énergie que servaient en lui les calculs de la bassesse la plus raffinée, et vaniteux jusqu'à la démence, cet homme avait contracté toutes les souillures. Condamné comme voleur et comme faussaire, après s'être battu bravement comme soldat, il était sorti des prisons d'Embrun, amant d'une femme dont plus tard il corrompit la fille. En lui tout apparaissait monstrueux, même son origine ; car il était né en Corse, terre habitée par une race héroïque, et jamais pareil misérable n'appartint à si noble pays. Longtemps il traîna de ville en ville son inquiétude d'esprit, sa pauvreté intrigante et ses vices. Attiré à Paris en 1830, il y exerça, non sans intelligence, divers métiers dont sa fourberie accrut les

prolits. (Test ainsi qu'à l'aide de certificats supposés, il avait obtenu du gouvernement Les faveurs réservées aux condamnée politiques. Sicaire en disponibilité, il lui arriva d'offrir à ceux dont le patronage s'était égaré sur lui, ses services meurtriers. Ayant vendu h la police son àme et son bras, il se fit l'homme des partis contraires, souilla la révolte, marcha contre l'émeute un poignard à la main, et vécut en aventurier de carrefour jusqu'au moment où ses fraudes découvertes ne lui laissèrent que périls, opprobre et détresse. Réduit alors à fuir un châtiment plein d'ignominie, abandonné par l'une des deux femmes qu'il flétrissait d'une affection incestueuse, désespéré, furieux, impuissant pour tout, si ce n'est pour un crime, il médita quelque coup terrible... Comment il le frappa, et comment sa rage fut trompée, nous l'avons dit.

Il n'y a jamais eu peut-être de scélérat complet: Fieschi possédait une vertu, la reconnaissance. M. Lavocat, directeur de la manufacture des Gobelins, avait su le gagner en le traitant avec bonté dans les rapports qu'ils avaient eus ensemble antérieurement au crime. On peut juger, d'après les discours de Fieschi, que, pour obtenir de lui des aveux, le plus sur était de le soumettre à l'influence de celui qu'il appelait son bienfaiteur. La Cour des pairs avait confié l'instruction à M. Pasquier et aux membres de la pairie par lui désignés : M. Lavocat fut prié d'intervenir officieusement auprès du coupable. Mission fâcheuse qu'on ne saurait accepter, surtout dans un pays tel que le nôtre, sans encourir le blâme de l'opinion publique et blesser le plus susceptible de tous les instincts.

Devant M. Lavocat, Fieschi se composa un rôle dont la suite dévoila bien l'hypocrisie. Il exagéra, il enfla d'une manière étrange L'expression de sa reconnaissance; il l'étala orgueilleusement, et il en vint à croire qu'elle lui serait une sauvegarde. Alors, pour que l'homme dont il attendait protection acquît la puissance et le crédit nécessaires, il en fit le sauveur du roi. « Au

« moment d'accomplir le dessein fatal, di- « sait-il, j'ai aperça mon bienfaiteur, je ne

" suis tn.ublé; et la machine, abaissée de

< deux OU trois jeunes, a manqué le but. ■ Quant aux révélations qu'on lui demandait, il s'y refusa d'abord. Puis, abordant les demi-confidences, il promena les juges

instructeurs dans un dédale de contradictions, de subterfuges, de réticences, de mensonges. On dut penser qu'indirectement il

Nina Lassave

marchandait le prix de ses aveux, et l'on s'oublia jusqu'à faire luire à sa vue la promesse d'une grâce qu'on était décidé à ne pas lui accorder4 . M. Lavocat contrihua-t-il a l'entretenir dans le lâche espoir de racheter sa vie en trahissant ses complices? Nous croyons pouvoir affirmer le contraire. .Maice qui est certain, — et l'on en verra pins bas la preuve. c'est que Fieschi cons< i\ i jusqu'à la fin la conviction qu'au moment décisif sa tète serait refusée au bourreau.

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• tenir à votre famille <-r <« la iiV ■. Il n\ ■ pu d'autre ■ moyen d'être utile a voa ornants ttè vou+mêmi que de « dire la véi

LOUIS BLANC

Ce qui est encore certain, c'est que les représentants de la justice ne dédaignèrent pas de spéculer sur la vanité de ce malheureux. On l'entoura d'égards dont l'artifice égalait à peine le scandale. Pour qu'il pût envoyer de l'argent à sa maîtresse, faire largesse à ses gardiens, et ajouter comme Pépin et Morey, quelques douceurs au régime de la prison, diverses sommes lui furent successivement données ; elle finirent par s'élever à près de quatre mille francs, et il se plaisait à en disposer d'une manière fastueuse. Que de fois ne s'entendit-il pas appeler monsieur et mon cher ! On s'informait de sa santé avec une sollicitude dont l'urbanité l'enchantait, on lui laissait deviner en quelle estime on tenait son intelligence. Et lui, il acceptait ces hommages comme une sorte d'amende honorable faite tardivement par la société à son génie longtemps méconnu! Du fond de sa prison, il poursuivait les plus hauts personnages de lettres écrites dans un jargon à part, et où aux plus bizarres adulations se trouvaient cousus des lambeaux d'érudition grotesque. Un jour, il traça un parallèle entre Pépin l'épicier et Pépin-le-Bref ; un autre jour il composa un long travail dans lequel il se comparait à Salvator Rosa. « Lorsque Tal- « leyrand m'a entendu, disait-il, il s'est « troublé, retrouvant dans mon organe celui « de Napoléon, qu'il a trahi. » Si bien qu'un scélérat, le plus vil peut-être qui ait jamais existé, en était venu à tomber dans l'adoration de lui-même. i

Pour tirer parti de cette ivresse sans nom, il ne restait qu'à rendre odieux à Fieschi les complices qu'on lui supposait. Or, NinaLassave ayant déclaré tenir de Morey que c'était lui qui, dans la nuit du 27 au 28, avait chargé la machine, on eut soin de rappeler

1. Nous avons sous les yeux plusieurs autographes de Fieschi; el si nous transcrivons ici textuellement une lettre écrite par lui à M. le président Pasquier, c'est d'abord parce que cette Lettre, si astucieuse et si burlesque, i.ni connaître parfaitement celui qui l'a éorite, el ensuite parce qu'elle indique avec quels égards on traitait ce misérable, qui devait naturellement Be croire et se crut

en effet tout permis :

à l'assassin l'explosion qui l'avait mis à deux doigts de la mort. Plus de doute : Morey avait chargé quelques-uns des fusils de manière à les faire éclater, parce que, craignant

A Monsieur le Président Pasquier.

Monsieur le Président,

« Pourège laisser glice en silence la triste nouvelle que j'ait aprit quil m'a était suegéré par Mosieur Zangiacomi, mon digne juge d'instruction.

a Vottre délégué au pré de moi depui long temps, et que même que l'istruction soit finie vous avait la bonté de le prier de venir auprè de moi pour qu'il puise vous doner de mé nouvelle; Mosieu, conviens cet atention et grand de votre part, car je suis persuade que le mine, seront pour vous sadisfécente, je me porte à mervègle î

« Mais le votre il sont elle pour moi désagréable ; Davoir appri que vottre santet et Emparfait,

« Monsieur le Président, conviens cet nouvelle ma plongé dans une profonde rêverie; conviens il at attristé mon faible cœur, et j'en fait point de difficulté, que vous puisse le croire, parce que vous este en même déjuger les homme. Mais la circonstance si funeste pour moi et d'autre victimes que je regret plus que ma vie, qu'il a était la cause que vous avait eu à instruire en si gros couppable comme moi Au reste vous savait que je nen suis pas flacteur, car tout flacteur est un traître, et moi cet mon cœur qui parle avecque la plus grand sincérité sans réserve. «. Monsieur le Président

« Cette lettre elle et écrite sans aucoun but aucouu sentiment de flaterie pour aspirer vottre protection ni cet de persone, car ma conduite mérite le mépri de tout le monde

« Monsieur le Président

« Emp0S8ible à moi de garder mon silence, sans que je puise vous dire voilà l'homme, vottre aute sagesse sous tous le points et principalement pour nen mettre jamais apperçue à vottre âge que la travaux législatif vous fus à charge.

a Que le grau nombre san plagnerail jusque à dire, c'est un fardeau [dus pèsent que le mont Eieoa que moi je conais trè hien. Pour moi je vous admire et je vons ai bien éttudié dans mes enlérogaloir.

a Car tout saison de la vie a ses peine pour qui conque qu'il travaglerait, si sérieusement, depuis long temps pour la patrie, car un homme en négligent ses traveaiu particuliers non crain le reproche de persone.

« Mais celui qu'il est sincère à son pa\ néglige la famigle et ses affaire pour prouver la douce satisfactions qu'il nen néglige tiens pour lui êltre utile. utile. Monsieur le président, l'homme devait sa gloire a sa patrie et non a lui-même. Le meillieurs

Xl'.l

une Irahison de la part de son complice, il L'avait pris pour victime. Ces insinuations eurent le succès prévu : le M septembre

I8.'{.'i l'assassin compléta ses aveux.

Il en résulte en substance: que Fieschi avait inventé la machine dans un but purement stratégique; que l'idée de la faire servir à tuer le roi était venue de Mon v ; que Pépin avait fourni L'argent pour le loyer de la maison et l'achat du bois de la machine. Du reste, Le dénonciateur niait la complicité de Victor Boireau, si fortement compromis dès l'origine; et, pour ce qui est de Bescher, on n'avait à lui reprocher que d'avoir prêté à Fieschi, sur la prière de Morey, son livret et son passeport.

Tel était l'état des choses lorsque, le 30 janvier 1836, comme nous l'avons dit, les débats s'ouvrirent.

Morey s'y montra jusqu'au bout ce qu'on l'avait vu d'abord. Il y avait dans l'attitude

arme do Iaviellesse sont le lettres el la vertu, cultivé dans le cours de sa vie.

« Elle produisent à la fin des fruit bien précieux non solement parce que elle-même sont pas abondante, pas dans l'arrière saison, cet qu'il est déjà beaucoup Mais encore parce que le témoignage d'un conscience pure Et le souvenir de plaisir action vertueus sont des grand sadisfaction pour L'bomme. « Monsieur le Président

« Quel sadisfaction de terminer une vie pure et tranquille par un vieglesse beureuse et douce, tel fut celé de Platon qu'il mourue à lage de quatrevinct un ans; tenant la plume a la main. Tel fut la lin de Isocrate que quatre vinct 14 ans composa so:î panatbainage, et qu'il vécut encore chique ans!

« Son maître Gorgias de Leonse vecque cent 7 ans sans abandonner ses occupation ordinaire;

a a répondit a quelqu un

« Je vous voudrais vivre encore Ion temps parce que je nais pas de reproche à me faire.

« E bien Monsieur le Président

« Je madrece et je exhorte au près de lettre suprême que voas pusie terminer une si belle carrière.

« La satisfaction que j'ai prouve en voyant Monsieur Zangiacomi mat empêche de dormir et )<• me suis levé pour vous écrire très pressé une lettre de trois page.

« a\ « Vottre ser embre et obest s

« St FIESCHI. »

de ce \ ieillard quelque chose de terril) de singulier. Au milieu de tant d'hommes diversement émus, seul il oe témoignait ni haine, ni inquiétude; ni étonnement, ni

colère, ni pitié. Toujours taciturne, toujours immobile, il n'appartenait a. L'assemblée qoe lorsqu'on L'interrogeait. Il répondait a pour nier ce dont il était accusé, mais cela froidement, en peu de mots, sans ostentation, sans embarras, sans insistance. Hautement dénoncé par Fieschi, il ne sortit pas un instant de cette impassiblité extraordinaire. Son front resta de glace, et l'on ne surprit pas même sur ses lèvres le sourire du dédain.

Pépin, au contraire, passait tour-à-tour d'une agitation fébrile à un morne accablement. A la moindre question, il se troublait. promenait sur l'assemblée des yeux suppliants et remplis de larmes, parlait de sa femme, de ses quatre enfants, et balbutiait des paroles étranges, évidemment dictées par L'égarement de la peur. Je suis innocent, disait-il sans cesse. Il ajoutait qu'il était victime d'un complot infernal, qu'on avait juré de le perdre. Puis il retombait sur son banc, épuisé, anéanti.

Pour ce qui est de Fieschi, comment décrire son attitude et son rôle dans ces déplorables débats? La tète haute, le regard superbe, le sourire du triomphe sur les lèvres, il marquait ses victimes d'un geste théâtral et se haussait en quelque sorte sur son infamie, amusant les juges par des boull'onneries ignobles, faisant L'orateur, affichant des prétentions d'érudit. visant à L'effet, attendant qu'on L'applaudît, ainsi qu'un bateleur sur Bes tréteaux. Et parmi les juges, il s'en trouva qui L'applaudissaient. A chacune de ses atroces pasquinades, on se mettait à rire, sur les bancs de la pairie, de M rire approbateur qui semble encourager.

L'assassin venait-il à se Lever? Les Lorgnons se braquaient de toutes parts sur lui, comme

en un spectacle. Faisait-il signe qu'il avait à parler? aussitôt des VOix impatientes s'élevaient: u Fieschi a demande la parole; « Monsieur le président, la parole est à Fies-

« chi. » On ne voulait pas perdra un mot de ce qui pouvait sortir de la bouche de ce grand homme ! Et lui ne se possédait pas d'orgueil et de joie. Sa main sanglante cherchait des mains à presser publiquement... et elle en trouvait. Il échangeait avec sa concubine placée dans les tribunes, des signes d'intelligence et d'affection. Il posait, il trônait. Que dire encore? C'était lui qui dirigeait les débats, lui qui excitait ou gourmandait les

Morey.

témoins, lui qui exerçait les fonctions d'accusateur public, lui qui gouvernait l'audience. Etait-il rien qui ne lui fût permis? Tantôt, pour donner une idée de la manière dont il fallait viser, il criait à M. Pasquier en le couchant en joue avec ses doigts : « Je suppose, Monsieur le président, que « vous soyez un canard; » tantôt, raillant le malheureux Pépin, qui semblait engagé dans un commencement d'avœu : « Il ne « faut pas se décourager, disait-il : une « femme accouche à sept et à neuf mois. « Voilà sept mois... Pépin commence à « accoucher. » Quelle que fût son impudence, Fieschi n'osait, tout en le dénonçant, insulter Morey; mais, voyant la timi-

dité de Pépin, il prenait un plaisir féroce à le tourner en ridicule et à l'accabler. Pour lui, il s'accusait avec complaisance, s'avouait le plus grand des criminels, et se déclarait trop heureux d'avoir à payer de son sangla vie des infortunés morts sous ses coups. Mais plus il insistait sur le sort qui lui était réservé, sur l'échafaud qui l'attendait, plus il devenait manifeste qu'intérieurement il croyait à sa grâce. D'autant qu'il avait soin de flatter outre mesure ceux de qui elle paraissait dépendre.

Heureusement, il se passa, dans le cours du procès quelques scènes qui consolent du scandale d'un tel triomphe. Parmi les témoins que Fieschi eut pour contradicteurs, il s'en était présenté un qui avait le front couvert en partie d'une plaque d'argent. Après la déposition, Fieschi s'étant écrié : « Que voulez-vous que je réponde à un « homme qui a la tête fêlée ? — Il est vrai, « répliqua le témoin- en foudroyant de son « regard le meurtrier, il est vrai que j'ai « eu la tête fracassée, mais c'est dans une « bataille, ce n'est pas dans un assassinat. »

Les débats avaient employé déjà douze audiences sans ajouter de grandes lumières à celles qui jaillissaient de l'instruction, lorsque la situation d'un des accusés fut aggravée par une circonstance inattendue. Irrité d'une déclaration de Pépin dirigée en apparence contre lui, et vaincu d'ailleurs par les larmes de sa mère, qui le conjurait de tout avouer, Boireau exposa, le 11 février (1836J, que si, la veille de l'attentat, il avait fait une promenade à cheval pour que Fieschi pût ajuster ses canons, c'était à la demande de Pépin, qui devait la faire luimême.

Il y avait là, pour Pépin, comme un coup de foudre. Et pourtant ce fut le signal de la transformation qui s'opéra subitement en ]ui, transformation complète et véritablement phénoménale. L'un de ses deux avocats, M* Marie, s'était empressé de l'aller voir dans sa prison au sortir de l'audience. Il le trouva plein de calme, de résolution et de dignité. « Boireau m'envoie à La mort, dit le

« prisonnier, et je pourrais bien aisément

« me venger... Mais non je ne veux j as

« l'exciter à charger aussi Morev. » A dater de ce moment, Pépin fut un autre homme. Sa figure prit une expression de fermeté simple et touchante; sa parole des ini lucide; on eût dit que des horizons nouveaux venaient d'apparaître à cette intelligence jusque- là si bornée.

La compassion qu'il avait généralement éveillée s'en accrut. II n'avait en cll'et échappé à personne que si un homme de la nature de Pépin avait trempé dans un complot du genre de celui qu'on jugeait, ce ne pouvait être que par entraînement, terreur ou faiblesse. On l'accusait d'avoir commandité le crime? Mais l'argent donné par lui, Pavait-il offert spontanément ou pour obéir à une influence terrible que sa pusillanimité ne lui avait permis ni de fuir, ni de secouer, ni de vaincre. L'opinion s'était, emparée des interrogatoires des condamnés; et de ce document, produit sous la garantie du président de la Cour des pairs, il résultait que Pépin avait fait, pour détourner Fieschi du crime projeté, tous les efforts que comportait la timidité de son caractère; que ne pouvant détruire la machine et ne l'ayant jamais vue, il en avait du moins détruit le modèle; qu'il avait cherché à arrêter Fieschi en lui représentant le nombre des victimes qu'il allait frapper. Voilà ce qui ressortait, même des dénonciations de Fieschi confronté avec Pépin. N'étaient-ce point là, dans tous les cas, des circonstances atténuantes? Ainsi pensaient beaucoup d'esprits modérés, bien que l'attentat commis le 2K juillet leur fit horreur.

Cependant, le procureur-général, M.

Martin (du Nord), avait prononcé son réquisitoire. Il y avait soutenu l'accusation avec beaucoup de force à l'égard de Fieschi, de Pépin et de Morev, l'avait abandonnée à l'égard de Beschor, et s'était exprimé sur Boireau en termes qui provoquaient une sentence indulgente. Les plaidoiries commencèrent immédiatement.

Chargé de la défenso de Fieschi, cause

impossible à plaider, M Patorni ne put que rejeter sur le meilleur emploi qu'auraient trouvé les faculés de Fieschi dans société dirigée d'une manière [dus intelligente. Mais, comme il partait de ce poinl vue pour reprocher au gouvernement d'avoir réduit Fieschi au désespoir, an mouvement de désapprobation se manifesta sur le de la pairie. Mois, fidèle h son rôle, Fieschi eut l'effronterie de rappeler a l'ordre

Pépi i.

propre avocat, ce qui était une Batterie indirecte adressée aux juges et le couronnement de tant de bassesses !

M* Dupont, avocat de Morev. prit a m i tour la parole. Après avoir marqué Fies au front connue avec un fer rouge, et fait ressortir, à côté de la jactance du délateur, le courage si calme et si vrai de son client. M' Dupont signala des contradictions sans nombre, suit dans les dépositions des témoins à charge, suit dans [es déclarations du principal accusé. Il s'étudia ensuite à prouver que Fieschi avait un complice dont il cachai! le nom el auquel se rapportaient les inculpations dirigées contre Morey; que celui-ci n'avait été choisi que pour tenir la place du complice inconnu protégé par

LOUIS BLANC

Fieschi; que Fieschi, en un mot, et Nina Lassave, s'étaient entendus pour perdre Morey. Ce système, développé avec un admirable talent d'induction, avait produit sur l'auditoire une impression profonde ; elle fut au comble quand, d'une voix saisissante et avec un geste violent, Me Dupont s'écria : « Croyez-vous que la tâche de l'avocat soit « achevée quand il a défendu son client? « Oui, si son client est acquitté ; mais, si on « le condamne, il est pour l'avocat un autre « devoir à remplir. Pour moi, si Morey est « condamné, je ne passerai pas un seul « jour de ma vie sans rechercher le com- « plice véritable de Fieschi. Et vous, Mes- « sieurs, après avoir fait tomber la tête de « Morey, ne craindriez-vous pas que mes « recherches ne fussent suivies de succès, « et qu'un jour je ne vinsse jeter à votre « audience un nom de coupable... quand « Morey serait mort? »

La sensation ne fut pas moindre lorsque, dans sa plaidoirie en faveur de Pépin, Me Marie prononça ces vives paroles : « Fies- « chi peut être satisfait de sa gloire. Com- « ment donc! Mais on l'admire, mais on le « caresse, mais on vous a parlé de l'intérêt « qu'il a reconquis! Oh, apparemment, vous « voulez que sa marche àl'échafaud soit une « marche triomphale! J'espère, moi, que la « morale publique protestera contre cette « prétention. Yotre crime, vous en subirez « la peine ; et si votre nom passe à la posté- « rite, il y passera exécrable! »

On entendit encore : pour Fieschi, M° Parquin et Me Chaix-d'Fst-Ange ; pour Pépin. Me Dupin jeune; pour Boireau, Me Paiilet; pour Bescher, Me Paul Fabre. Puis, Fieschi se leva et débita une espèce de discours dans lequel il insistait avec emphase sur la grandour de son crime, sur l'immensité de son repentir, sur la postérité qui l'attendait, sur le courage avec lequel on le verrait mourir Et toutefois, n'oubliant pas de qui sa

grâce dépendait, il avait soin d'affirmer en terminant qu'il estimait Louis-Philippe à l'égal de Napoléon.

Le lendemain, Lr> février | I8:i(i>. la Cour

prononça un arrêt qui acquittait Bescher, condamnait Fieschi à la peine du parricide, Pépin et Morey à la peine de mort, Boireau à vingt ans de détention1.

MM. Philippe Dupin et Marie s'étaient rendus, après l'arrêt, dans la prison de Pépin. Ils le trouvèrent dans sa camisole de force et au milieu de ses gardiens, aussi calme, aussi maître de lui que s'il eût été libre et environné de sa famille. Il les entretint de ses affaires privées avec une netteté d'esprit et une précision de langage qui les étonna.

Morey avait été tel jusqu'alors, qu'il ne pouvait étonner personne en se montrant incapable d'être ému. On avait imaginé un moyen détourné pour lui faire tenir du poison, il répondit : « J'aime mieux être guillo- « tiné ; je veux que mon sang leur coule sur « la tête. »

Quant à Fieschi, il conservait toujours l'espoir d'avoir la vie sauve. Et comment n'aurait-il pas espéré ? Entouré de soins prévoyants, de complaisances empressées, il pouvait se croire des admirateurs. On lui demandait son portrait, on recueillait précieusement ses facéties, on attendait de lui des mémoires, on s'arrachait ses autographes, devenus pour sa maîtresse l'objet d'un commerce lucratif. Et il y en avait, même parmi ses juges, qui brûlaient d'avoir de son écriture, de posséder ses fautes d'orthogaphe. Il y a plus : recevoir la fille de son ancienne concubine, Laurence Petit, passer avec elle des heures entières, prendre avec elle ses repas, voilà ce qu'on lui permetlait !

Ajoutons qu'il n'était pas de forme qu'il ne donnât à son repentir; jusque-là qu'il écrivit un jour à l'archevêque de Paris une lettre dans laquelle il sollicitait la permis-

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