‹ Histoire de dix ans, 1830-1840Chapitre 87 sur 159 · ÂGÉ DE 79 ANS ET 28 JOURS · texte numérisé non relu

ÂGÉ DE 79 ANS ET 28 JOURS

Toutes les maisons régnantes de l'Europe prirent le deuil d'étiquette, une seule exceptée: la maison d'Orléans.

Telle fut la fin de Charles X, de ce prince si diversement éprouvé. En songeant de quelle source étaient venues ses fautes et à quelle expiation Dieu l'avait condamné, les âmes généreuses s'abstinrent de rappeler combien funeste avait été son royal passage à travers la France. Dans l'humiliation de ses cheveux blancs, dans les misères de sa

vieillesse en peine d'un abri tranquille,

ce qu'avaient eu de morne el adieux à la terre, quelques-uns ne virent que les raîtes naturelles de la victoire rempo par la révolution sur I* . :-l;i

mêmes furent touchés d'un* inde in-

fortune.

Pourtant, qu'est-ce que a omparai-

son de la longue agonie di - peuples, perpétuée de siècle en siècle? '. - autres trésors de compassion l'histoire ne devrait-elle pas amasser pour ce qu'il faut de pleurs aux querelles où l'on se dispute un trône', et pour tant de nations broyées sous la roue des rois qui viennent ou des rois qui s'en vont, et pour tant de races incessamment sacrifiées à un petit nombre d'hommes, à leurs débats personnels, à leurs caprices, à leurs cruels plaisirs, à leur orgueil qui ne connaît point la pitié? Après tout, rémotion passée, il faut que la leçon reste. VA c'est une puissante, une mélancolique démonstration du déclin des monarchies, que la série des tragiques vicissitudes qui ont rempli soixante ans: la prison du Temple et Louis XYI sur un échafaud; la mort de Louis XVII, étrange, inexpliquée ; tous ces fils, frères ou neveux de rois, courant effarés sur les chemins de l'Europe et allant mendier à la porte des républiques ; les Cosaques venant renverser l'Empire sur des chevaux marqués aux lianes de l'X impériale; l'île d'Elbe, Sainte-Hélène; le fils de la duchesse de Berri élevé en exil; le fils de Napoléon enseveli par des mains autrichiennes; Louis Bonaparte voguant !

l'Amérique SOUS le poids d'une défaite; et. au fond d'une contrée lointaine, dans je ne sais quelle église sans nom, le Reçu* chanté autour du cercueil de Charles X ; des moines étrangers.

Coup-d'œil général sur les afaires d'Afrique. — Mission historique de la France à Alger. — Système du maréchal Clauzel. — Le général Berthezène. — Le duc de Rovigo. — Abd-el-Kader. — Système pacifique du général Desmichels ; traité du 2(5 février 1834; ses conséquences. — Le comte Drouet d'Erlon remplace le lieutenant-général Voirol. — Incertitudes du gouvernement. — Affaire de la Macta. — Le maréchal Clauzel est envoyé de nouveau en Afrique. — Expédition de Mascara et de Tlemsen. — Influence du séjour de l'Afrique sur les Français. — Camp de la Tafna. — Victoire de la Sickak. — Le maréchal Clauzel à Paris. — Opinion du parti doctrinaire sur Alger '• opinion du roi ; vues de M. Thiers. — Première expédition de Constantine.

La fin de l'année 1836 fut marquée par un événement douloureux, inattendu, et qui nous amène à jeter un coup d'œil rapide sur l'état de nos affaires en Afrique, en remontant au jour de la conquête.

Tant que l'Europe s'était vue en proie au tumulte et à l'agitation des batailles, il était ^out simple que les pirates algériens eussent impunément promené leurs brigandages sur la Méditerranée. Il était arrivé, sous l'Empire, qu'un savant illustre, M. Arago, avait été pris par des corsaires et conduit en captivité. Le bruit de cet événement s'était perdu dans une époque de tempêtes ; mais, de nos jours, quel n'eût pas été le retentissement d'une semblable nouvelle, au milieu du silence de l'Europe ? Délivrer la Méditerranée était donc une nécessité glorieuse. Et quel peuple était plus digne, plus capable que le peuple de France, de veiller sur la mer ? En forçant la piraterie dans son dernier asile, la France se montrait fidèle à son rôle historique; elle reprenait, avec plus de lumières et moins de fanatisme, la grande tradition des croisades ; elle abritait une fois encore la civilisation. Le coup d'éventail eut quelque chose de providentiel. Il ne fut pas une cause, il fut un signal.

Qui qu'il en soit, arrivés à Alger, les Français se trouvèrent dans une situation pleine d'obstacles et de périls. Sur leurs tètes un ciel ardent. Devant eux, dans une plaine comprise entre la mer et une première chaîne de montagnes, tout un peuple de cultivateurs guerriers, fractionné en tribus.

Dans cette partie septentrionale de l'Algérie appelée le Tell, les villes étaient rares et habitées par un mélange de Maures et de Juifs portant sur le front l'empreinte de la domination turque. Mais là n'était point le vrai peuple de l'Algérie, l'Arabe des tribus. Refoulé loin des villes, repaires d'un gouvernement spoliateur, l'Arabe, dans le Tell, occupait un territoire dont il ne franchissait pas les limites, mais auquel il n'était enchaîné par aucun de ces liens dont notre système de propriété enlace les hommes d'Europe. La propriété, l'Arabe du Tell ne la connaissait, dans ce qu'elle a de personnel et de jaloux, que relativement à ses troupeaux, à sa charrue, à ses armes, à son cheval. Pour ce qui est du sol, il ne le jugeait pas transmissible par vente ou par héritage; c'était comme membre de la tribu, sur la désignation du cheick, et sans autre droit que celui du travail, qu'il cultivait la terre. Car, d'après le Koran, la terre n'appartient qu'à Dieu ou à son vicaire ici-bas, le Sultan, et elle est à <]iii la féconde. Ainsi, pour l'Arabe du Tell. pas d'habitation stable ; mais de* lentes qui protégeaient la moisson et des silos où allaient s'enfouir les grains.

Autre était l'existence des tribus répandues au sud des dernières chaînes de montagnes, dans le pays des Palmes, limité par le désert. Composées de pasteurs, ces tribus obéissaient à un régime de pérégrination annuel, régulier, prescrit par le climat et la nature des productions. Après avoir passé dans leurs landes l'hiver et le printemps, époques

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favorables aux pâturages, les ambulantes cités du Sahara s'avançaient vers le nord, a la (in du printemps, suivies de chameaux chargés d'étoffes de laine et * 1 « - dalle-,, et elles allaient échanger ces produits de l'Algérie du sud contre les céréales des cultivateurs du Tell.

De là pour les Français, conquérants du littoral, une indication de la plus haute importance. Puisque, chaque année, un mouvement nécessaire et pacifique entraînait vers le nord l'Algérie méridionale, l'attirer et l'attendre valait mieux que l'aller chercher en la menaçant. Comment, d'ailleurs, pénétrer par les armes dans l'intérieur? Comment franchir, sans les inonder de sang-, les montagnes, remparts naurels et redoutables, défendus par des Kabyles en qui revivaient l'audace et l'agilité des anciens Numides?

Les Turcs, cependant, avaient pu étendre jusque sur les tribus du Sahara le joug de leur aristocratie militaire : ils y étaient parvenus par une savante combinaison delà violence et de la ruse. Habiles à profiter de l'ascendant que leur donnait sur une population musulmane le titre de chef suprême des croyants accordé à l'empereur de Constantinople, ils avaient su obtenir des indigènes une obéissance fondée sur l'opinion, et telle que le fatalisme la comporte. D'un autre côté, trouvant des tribus profondement divisées entres elles, ils s'étaient imposés par le besoin d'une sorte d'unité protectrice, avaient enllammé les haines locales au lieu de les éteindre et s'étaient rendus de la sorte aussi nécessaires qu'odieux.

Mais des moyens de ce genre ne convenaient pas aux Français, représentants de l'idée chrétienne. Le succès pour eux, était au prix de la justice, et, grâce au ciel, ils ne pouvaient déshonorer leur conquête Bans risquer de la perdre. Les Turcs avaient divisé les Arabes pour les opprimer; la France se devait de les gouverner en les rapprochant: mission noble, et d'autant plus facile. que le premier besoin des Arabes était celui d'un gouvernement lulélaire, vigoureux et

juste! Il était donc permis d'espérer qu'au lieu d'entreprendre contre les indigènes une guerre d'extermination, la Fi ince essaierait de les soumettre à l'empire moral de oie; qu'elle songerait à coloniser l'Afrique sans toutefois négliger les moyens de l'occuper militairement; et qu'à la suite de ses soldats après une démonstration {a; | décisive, elle enverrait dans l'Algérie des associations de cultivateurs formées par 11 jal. dirigées par lui, et destinées à agrandir, non pas la domination française, mais la patrie française.

Le nord de l'Afrique une fois gagné, le midi venait de lui-même à nous, grâce au mouvement d'échange qui appelait, chaque année, dans la zone des terres de labour les pasteurs des landes du Sahara.

Ainsi, la Méditerranée à rendre françai un sol fertile à exploiter, les relations commerciales de l'Algérie du sud avec le Maroc, avec Tunis, à féconder et à étendre, une issue au débordement de celte marée de pair qui menace d'une prochaine et mortelle inondation nos sociétés d'Europe, voilà ce qu'en 1830 la fortune était venue nous offrir. 11 ne nous restait plus qu'à savoir tirer partie de notre force et à justifier L'investiture que nous tenions de la victoire.

Or, si nous apportions aux Arabes, en mémo temps que le pouvoir et l'unité, nos lumières, nos arts, une notion plus haute de l'humanité, des mœurs plus douces, un sentiment délicat des choses, peut-être à leur tour nous pouvaient-ils induire à modifier quelques-unes de nos idées, surtout celles qui se rapportent a cet individualisme ombrageux (Yo[\ naît, dans uns \illes et nos villages, une guerre sourde mais implacable et permanente.

Toujours est-il que c'était trop peu d'avoir étouffé, dans Àigerconquis, un foyer de piraterie, et de camper sur la côte africaine, pom assurer le parcours de la Méditerranée: il

était digne de la France de vouloir et i davantage. Bile avait à découvrir le lien qui doit unir la civilisation de l'Orient à celle de H lecident.

LOUIS BLANC

Et envisagée sous cet aspect, quelles magnifiques proportions ne prenait pas notre conquête! quelle perspective n'ouvrait-elle pas devant nous! Les idées qui germent depuis le commencement du siècle dans l'esprit des penseurs généreux et que salue de loin l'instinct du peuple, allaient trouver un vaste champ d'application; l'Afrique devenait le terrain précieux où pouvaient être sans danger mis à l'épreuve ces essais de rénovation sociale que font paraître si menaçants les habitudes, les préjugés, les complications politiques et industrielles de notre vieille Europe; la France armée prenait l'initiative de la paix future qu'établira un jour entre les hommes le dogme de la fraternité ; et nos conquêtes, même guerrières," n'étaient plus que celles de l'esprit humain.

Malheureusement, la révolution de juillet avait porté aux affaires des hommes sans génie. L'Afrique ne leur apparaissant que comme un champ de bataille à parcourir, ils ne se préoccupèrent que du soin d'en borner l'étendue avec une prudence avare. La première faute du gouvernement français fut dans l'insuffisance des ressources déployées pour l'occupation, alors qu'il fallait frapper par un imposant appareil l'imagination d'un peuple qui ne respecte que la force.

Il est vrai que ce fut au maréchal Glauzel qu'il confia, dès le principe, le gouvernement de l'Afrique ; et, sous le rapport militaire, on ne pouvait mieux choisir. Le maréchal Clauzel avait reçu cette forte éducation que l'Empire donnait au soldat. Il avait lu. conception hardie, le coup-d'œil prompt; rien de médiocre ne lui plaisait : c'était un homme des grandes guerres.

Toutefois, il ne devait pas entièrement compter, pour vaincre en Afrique, sur les combinaisons de la lactique européenne; car les Arabes ont une manière de combattre qui leur est propre. Montés sur des chevaux agiles, pleins de feu, ils les manient avec une dextérité merveilleuse. Us y sont encadres sur des selles à pommeau et à palette très- élevés; et, grâce à la largeur, au rapprochement des étriers sur lesquels

ils s'appuient et s'affermissent en se soulevant, ils peuvent, à cheval, faire un aussi libre usage de leurs fusils que s'ils étaient à pied. Leurs armes consistent dans des fusils beaucoup plus longs que les nôtres, des pistolets, et une espèce de coutelas, nommé yatagan. A en juger par les apparences, rien de plus incommode que leur costume, composé d'un burnous et, sous le burnous, d'un vêtement qui, serré au corps par une ceinture, se continue de manière à envelopper la tête, où il est maintenu par plusieurs tours de corde en poil de chameau formant turban. Et néanmoins, les Arabes portent ce costume avec beaucoup d'aisance. Intrépides à l'attaque, prompts à la retraite, ils sont d'une bravoure impétueuse, mais n'attachent à la fuite aucune idée de déshonneur, assez semblables en cela aux anciens Parthes. On les voit charger confusément, se disperser, disparaître, revenir tout-à-coup pour disparaître encore, harceler les colonnes en marche, couper la tète aux blessés gisant sur le chemin : ce sont leurs batailles et leurs triomphes.

Le maréchal Clauzel n'eut pas plus tôt mis pied sur la terre d'Afrique, qu'il déclara la France héritière légitime du de}' dont elle avait su châtier l'insolence. Puis, il conçut le projet de porter le drapeau français jusqu'aux limites atteintes par les Turcs. Son système était de jeter garnison dans certaines villes importantes, de les lier l'une à l'autre par des camps retranchés, et d'opposer aux beys ennemis qu'il nous serait impossible de supplanter directement, des beys indigènes relevant de nous.

La dernière partie de ce système était, on le voit, empruntée aux Turcs, et elle présentait des inconvénients graves. La gloire était petite, en effet, qui consistait à chercher dans la propagation du trouble et de l'anarchie des moyens de gouvernement. Et ne devaiton pas prévoir qu'aux yeux des Arabes, toute investiture par des chrétiens, c'est-à-dire. par des infidèles ) serait un objet d'horreur ou de mépris; que les beys de création française passeraient pour des traîtres, pour de>

apostats; que la aécessité de Les Boutenir aous entraînerait à des expéditions fatales, et qu'obligés, à leur tour, de s'imposer violemment, ils engageraient peut-être l'honneur de la France (J;i;:s la responsabilité des actes les [dus iniques el Les plus honteux ? Renoncer à faire sentir La main de La France sur chaque point du territoire, c'était compromettre La conquête. Se montrer partout à la fois... il aurait fallu pour cela un déploiement de troupes considérable; et l'effectif était loin de répondre aux idées du gouverneur. Vaste plan, faible armée : là fut le mal. Et les événements ne le prouvèrent que trop.

Le passage du maréchal Clauzel en Afrique, depuis le mois de septembre 1830 jusqu'au mois de février 1831, avait été signalé par deux faits qui caractérisaient parfaitement son système. Bou-Mezrag, bey de la province de Titery, ayant prêché contre les chrétiens la guerre sainte, le gouverneur avait pris pied à Médéah et remplacé Bou-Mezrag par un Maure algérien nommé .Mustapha Ben Omar. Peu de temps après, appelé par Hassan, bey d'Oran, que menaçait une armée marocaine, il avait occupé la ville d'Oran et livré le beylick à Kaïr-Eddin, prince deTunis. Or, d'une part, Mustapha lien Omar ne tarda pas à voir se former autour de lui une ligue formidable; et, de l'autre, les Tunisiens se créèrent d'implacables ennemis par leur domination aussi avide que cruelle. Si bien que, lorsqu'au commencement de 1831, le général Berthezène fut donné pour successeur au maréchal Clauzel, les avantages mêmes remportés par les Français n'avaient abouti qu'à multiplier les embarras.

Le général Berthezène arrivait, d'ailleurs, avec des idées administratives entièrement opposées à celles du maréchal Clauzel.

Celui-ci avait désigné aux efforts des colons la plaine de la Mélidja : son successeur aurait voulu qu'on se bornât à cultiver les environs d Algei .

Pour 06 qui est du côté militaire de la question, le gouvernement, qui chancelait '

alors au milieu de L'EUT >'.»■ 8 .ait

rappelé a la bâte une partit,- des trou expéditionnaires, et l'armée d'Afriqm

trouvait réduite à un effectif d( hommee.

Ainsi, l'heure semblait passée de prendre vigoureusement l'offensive. M is li ta prudence a ses lois, l'honneur a Le fils du bey de Titery, de ce bey dé par nous, venait dé reparaître, suivi de partisans nombreux et favorisé par le souvenir de son père; Turcs et Koulouglis se soulevaient; la France était bravée, insult.it'; le bey qu'elle avait institué tremblait dans sa propre maison: le général Berthezène dut ordonner la marche sur Médéah. et 4,500 hommes franchirent les montagnes pour aller dégager Mustapha Ben Omar. Il fut ramené sain et sauf. Mais le résultat de l'expédition n'en compensait pas les pertes. Resserré, étouffé dans un étroit passage, el de toutes parts assailli du haut des montagnes, le corps expéditionnaire avait eu 63 hommes tués ou égarés et 192 blessés. La confiance' des Arabes s'en accrut à un point extraordinaire. Des émissaires se répandent dans les campagnes; des voix fanatiques appellent à la guerre sacrée les tribus éparses; une confédération est formée par un Maure algérien nommé Sidi-Sadi, auquel se joignent Ben-Aissa et Ben-Zamoun, chefs principaux des tribus de l'Est ; le fils de Bou- Mezrag accourt plein de haine : le signal d'une conflagration générale vient d'être donné. Vaines tentatives ! Le courage Français fit face à tout : trop lentes concerter, les tribus furent a vement prévenues par le général Berthezène. et la coalition fut dissout,-.

Pendantce temps, le traité qui avait donné Oran aux Tunisiens était tombé, faute de ratification; poursuivi par des malédictions

unanimes, le lieutenant desprinces de l'unis

avait abandonné la ville; les Français j

entraient pour la seconde fois, et irai

Boyer, bomme implacable par système, était

élevé au commandement, indépendant, des troupes de la pro\ inc \

LOUIS BLANC

De ce que le maréchal Clauzel avait établi, aucun vestige n'avait subsisté sous son successeur. Et l'année 1831 finissait à peine, que déjà le général Berthezène cédait la place au duc de Rovigo.

Du reste, le duc de Rovigo n'était investi que du commandement de l'armée et du pays. Quant à l'autorité civile, on venait de décider qu'elle serait indépendante et résiderait dans la personne d'un intendant civil : essai malheureux qui n'eut d'autre résultat que de faire vaciller l'autorité entre deux pouvoirs rivaux et bientôt ennemis !

Ainsi, rien de fixe dans l'administration de la colonie, rien de suivi, rien de stable. Les périls devenaient-ils plus pressants au pied de l'Atlas ? à Paris on décrétait au hasard la réduction des troupes expéditionnaires. Le général en chef çommençait-il à connaître le pays, ses ressources, les moyens de le dominer ? on lui envoyait tout-à-coup un successeur. Déplorable légèreté qui paralysait notre action en Afrique, décriait notre puissance dans l'opinion de l'Europe, et prodiguait sans but l'héroïsme de l'armée !

Cependant, et en dépit des fautes accumulées, la France se maintenait à Alger. Sous le commandement du duc de Rovigo, le génie de l'Europe commença de pénétrer l'Afrique, la population civile s'accrut, on se mit à construire et à planter en vue d'un long- avenir. Ce n'est pas que la conquête n'eût son écume. D'impurs spéculateurs avaient rampé jusque-là, et ils se livrèrent à des traiics dont l'opprobre, heureusement, devait disparaître dans la gloire de nos combats. Mais la guerre naissait delà guerre, et le duc de Rovigo avait pour système de se montrer à l'égard des Arabes, aussi dur, aussi impitoyable, que le général Berthezène s'était montré clément. Coupable envers nous de trahison, la tribu d'El-Ouffia fut détruite.

A la suite de cette exécution terrible, une coalition nouvelle s'était formée : elle fut anéantie. A L'est, 3,000 hommes partis de Toulon sous les ordres du général Monkd'Uzer vinrent prendre possession de la ville

de Bone, que Hajy-Alimel, bey de Constantine et un de nos plus redoutables ennemis, avait déjà envahie et saccagée. Ceci se passait au mois de mai 1832; et au mois de mars 1833, le duc de Rovigo reprenait le chemin de la France, atteint d'un maladie mortelle.

Voici dans quel état il laissait l'occupation française :

Dans la province d'Alger, nous possédions la ville, la banlieue ; et notre souveraineté était reconnue dans le territoire compris entre l'Arrach, la Métidja, le Mazafran et la mer.

Du côlé de l'est, nous avions à Bone un établissement qui, à la vérité, ne s'étendait pas au delà des murailles de la ville, mais qui marquait notre point de départ pour la conquête de Constantine.

Du côté de l'ouest enfin, dans la province d'Oran, nous occupionsla ville d'Oran et une lieue de rayon autour-de la place ; le fort de Mers-el-Kébir était en notre pouvoir ; nous étions d'intelligence avec les Turcs de Mostaganem; et, à Tlemsen, si les ïïadars, qui tenaient la ville, nous étaient hostiles, nous avions pour alliés les Koulougïis, leurs riveaux, qui tenaient la citadelle.

Mais, du fond de cette province d'Oran, allait se lever un homme qu'attendait la plus éclatante destinée et dont nous devions fonder nous-mêmes la puissance ennemie. Le commandement, qui a un caractère purement politique chez les Arabes de l'est de l'Algérie, et un caractère féodal chez ceux du sud, le commandement n'est guère, chez tes Arabes de l'ouest, qu'une sorte de théocratie, et le pouvoir s'y perpétue dans les familles des marabouts. Fils d'un marabout renommé parmi les Arabes pour sa pieté. Abd-el-Kader avait été de bonne heure présenté aux tribus du pays de Mascara comme le libérateur futur de la terre d'Afrique, comme le vengeur de l'islamisme insulté. Et il ne manqua pas à ce rôle. 1! était ambitieux avec prudence, plein de décision, intrépide et rusé; il avait des passions profondes et le fanatisme pour auxiliaire, : il fut soldat, il fut prophète. A

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