‹ Histoire de dix ans: 1830-40, Volume 4Chapitre 100 sur 140 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

« qui devraient leur appartenir. Je vous prie de considé- « rer que, dans les temps les plus orageux de la révolu- « tiori, les familles des accusés ont toujours été admises « dans Tenceinte des cours criminelles. Le privilège du « rang et de la naissance doit céder à celui du malheur et « de la nature. Je demande, pour moi, que ma femme « soit immédiatement introduite. Elle a fait cent vingt « lieues pour partager mes périls et ma captivité . J 'adresse (( ma réclamation à l'impartialité de nos juges ou à la gé- « nérosité de nos ennemis. » La demande était juste et noblement exprimée : voici en quels termes M. Pasquier la rêpoussa : « La demande que vous faites est étrangère (c à votre défense 5 c'est un hors-d'œuvre, » Expressions bien dignes du sentiment qui inspirait un pareil refus ! A trois heures, la séance fut suspendue, la Cour s'étant retirée dans la chambre du conseil, pour y déifoérer sur la question de savoir si on admettrait comme défenseurs treize citoyens dont M. Maillefer venait de soumettre les noms au président A cinq heures, la Cour rentrait en séance, et M. Pasquier prononçait un arrêt qui repoussait les défenseurs proposés, sous prétexte que « ces person- « nés n'étaient inscrites au tableau ni comme avoués, ni <( comme avocats. » De sorte que la justice disparaissait pour faire place à la guerre. Les défenseurs choisis par les prévenus publièrent, le lendemain, une protestation énergique : « Considérant que le droit de défense a été ou- K trageusement violé, et approuvant hautement la résoluce tion des accusés qui ont flétri par leur silence tout prin-

' C'étaient : MM. Voyer-d'Argenson, Audry de Puyraveau, le général Tarayre, La Mennais, Trélat, Raspail, Garnot, Garrel, Bouchotte, Pierre Leroux, Rcynaud, F. Degeorge et de Gormenln.

HISTOimB DE DIX AUS.

« cipe de juridiction prévôtale, les défenseurs soussignés <( éprouvent le besoin d'exprimer publiquement leur dou- « leur de n'avoir pu être utiles à leurs amis, et protestent « de toute l'énergie de leur conscience contre l'abomina- « ble iniquité qui va être consonunée à la face de la K nation ! »

Cette fermentation des esprits faisait prévoir des résistances terribles : elles éclatèrent, dans l'audience du 6 mai, avec un emportement et un ensemble qui accablèrent les juges. Godefroi Cavaignac avait réclamé la parole pour protester contre l'arrêt de la veille. On la lui refuse. Aussitôt, d'un mouvement spontané,- les accusés se lèvent; et l'œil en feu, le bras étendu : « Parlez, Cavaignac, » parlez ! » Les gardes municipaux sont debout, ils reçoivent l'ordre d'avancer ; mais ils restent frappés de stupeur. Les cris redoublent. Le président, interdit, passe alternativement de l'obséquiosité à l'impatience ; il se consulte avec le grand -référendaire, avec M. de Bastard, vice-président-, puis il annonce à la Cour qu'il faut qu'elle se retire pour délibérer. A ces mots, les pairs se précipitent vers la salle du conseil, en proie à un trouble invincible. Alors, au tumulte succède le plus profond silence. Au dehors, les troupes sont sous les armes. Après quatre heures d'attente solennelle, la Cour rentre en séance. Des conclusions sont prises contre Cavaignac, et la garde municipale entraîne les accusés.

Le lendemain, même tempête., et plus violente encore. Un avocat, M* Crivelli, avait commencé un discours pour demander la récusation des pairs qui s'étaient chargés de l'instruction, lorsqu'il fut interrompu par lês accusés. La réclamation de M* Crivelli était fondée; car il était con-

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