CHAPITRE X
traire, et aux dispositions formelles du Code d'instructiou criminelle, et aux notions les plus élémentaires de Téquité, que des hommes qui avaient instruit l'affaire et signé l'acte d'accusation vinssent siéger comme juges. Mais il importait, sur toute chose, aux prévenus que le débat ne s'engageât point. Ils se mirent donc à étouffer la discussion commencée, et il fallut les faire descendre dans les salles d'attente, pendant que la cour rédigeait l'arrêt par lequel les conclusions de M* Crevilli étaient repoussées. Les accusés ne tardèrent pas à être ramenés^ et, l'arrêt prononcé, M. Cauchy, secrétaire-archiviste, commença la lecture de l'acte d'accusation. Aucune parole humaine ne peut rendre la physionomie que présenta, dans cet instant, l'assemblée. Ainsi que la veille, tous les accusés se sont levés en masse, et tous ils crient : nos défenseurs ! nos défenseurs ! Le colonel de la garde municipale, M. Feisthamel, donne des ordres menaçants. Le président fait de vains efforts pour calmer son émotion. Les officiers du parquet lui adressent, de leurs sièges, des exhortations qui se perdent dans le tumulte. Parmi les pairs, ceux-ci debout, mêlent leurs voix^aux clameurs des prévenus, ceux-là se rejettent dans leurs fauteuils comme saisis d'épouvante. Les sténographes ont cessé d'écrire, et, du haut des tribunes, les spectateurs suivent, d'un regard inquiet et le corps penché, la marche de ce drame étonnant. Tout-à-coup, le procureur-général se l4ve pour lire un réquisitoire; mais M. Baune se lève, de son côté, au nom des prévenus, pour lire une protestation. Les deux voix montent ensemble, celle de M. Martin (du Nord), aigre et fatiguée, celle de M. Baune, au contraire, grave, sonore et dominante. iVous ne saurions figurer cette scène
qu'en plaçant en regard le i néral et la protestation lue
M. BAUNE.
« La presque uDanimité des « accusës de Lyon, de Paris, « Saint-Etienne, Arbois, Luné- « ville, Marseille, Epinal, Grèce noble, soussignés;
« Après les faits graves qui « ont eu lieu au deux premières « audiences, croient qu'il est de « leur dignité comme de leur « devoir d'adresser à la Gourdes « pairs la déclaration suivante :
(( La Gour a, par son arrêt, « violé le droit de la libre dc- » fense. (Au banc des accusés :
« Oui! oui!)
« Gour souveraine armée d'un (( pouvoir exorbitant, jugeant « sans contrôle, procédant sans « loi*, elle enlève la garantie la « plus sainte des accusés qui sont « ses ennemis politiques, qu'elle (( retient depuis quatorze mois « dans les prisons, et qu'elle « force à venir défendre devant « elle leur honneur et leur vie.
<( Hier elle a été plus loin en- (( core, et contrairement à tous « les usages des cours crimi- « nelles, où la parole n'est inter- « dite qu'après la clôture des « débats, elle a prononcé un ar- « rét contre l'accusé Gavaignac,
•équisitoire du procureur-gépar M. Baune :
M. HARTiR (du Nord).
a Le procureur-général du roi (( près la Gour des pairs -,
« Vu l'arrêt en date du 6 de « ce mois, qui décide que les (( mesures nécessaires pour as- « surer à la justice son libre (( cours seront prises dans le cas a de nouveaux désordres com- « mis par des accusés; (Vives clameurs aux bancs des accusés.
Elles vont toujours croissant jusqu'à la fin de ce réquisitoire.
Parfois la voix des accusés domine, et nous reproduisons les principales interpellations. )
« Attendu, en fait, qu'au lieu « d'obéir à nos avertissements, « certains accusés, parlés mani- (( festations violentes auxquelles « ils se livrent et par un tumulte « qui paraît le résultat d'un « système concerté entre eux à « l'avance, s'efforcent de rendre « impossible le cours régulier du <x procès; que l'impossibilité de « continuer les débats en pré- <x sence des accusés est par cela « même démontrée ; ( Plusieurs voix : Prenez nos tètes ! )
(( Attendu que s'il pouvait dé- « pendre des accusés d'entraver.