CHAPITRE X
a à marcher dans les voies fatales où le Pouvoir Tentralne, (( et après vous avoir mis dans Fimpuissance de vous « défendre, elle aura le triste courage de vous condamte ner. Vous accepterez avec une noble résignation cette a iniquité nouvelle ajoutée à tant d'autres iniquités : Finit famie du juge Tait la gloire deTaccusé. »
Dénoncée, le 12 mai (1835), à la Chambre des pairs par M. de Montébello, cette provocation soudaine la jeta dans le plus grand trouble. Elle se forme en comité secret. Traduira-t-on les signataires à la barre de l'assemblée ? Mais quoi ! c'est un procès enté sur un procès déjà plein d'embarras et de périls ! C'est une lutte nouvelle à affronter ! Que la pairie s'élève au-dessus de son ressentiment : ^a dignité l'exige, là prudence le lui conseille ! Si les défenseurs des accusés deviennent eux-mêmes accusés, ne faudra-t-il pas se résigner à entendre jusqu'au bout cet exposé des doctrines républicaines qu'on avait voulu empêcher? Et si les défenseurs prennent des défenseurs, et qu'il plaise à ceux-ci de se faire mettre en cause à leur tour, quel spectacle à la fois odieux et bouffon donné au monde ! Après avoir entassé incidentssur incidents, interrogatoires sur interrogatoires, plaidoyers sur plaidoyers, arrêts sur arrêts, la pairie nesuccombera-t-elle pas, haletante^ éperdue? En viendra-t-on à faire juger unenooitié de la nation par l'autre moitié. Arrivera-t-on, de procès eu procès, jusqu'à la guerre civile? Voilà ce que disent les moins téméraires, MM. Gauthier, Barbé-Marbois, Dubouchage, Bérenger, Villemain, Tripier, Rœderer. Mais ils sontcombattuspar MM. Cousin, de Montébello, Lallemand. C'en est fait : chez la plupart, la passion parle plus haut que la sagesse, et c'est la passion qui va décider de tout.
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M. d'Argout prend alors la parole : « La question est épi- « neuse, dit-il, et ce n'est pas trop de la nuit pour y ré- « fléchir. » Là-dessus on ajourne le vote et on se sépare.
Au bas de la lettre on lisait les noms de MM. de Cormenin et Audry de Puyraveau, députés ^ C'était une complication de plus. Car, en forçant deux députés à- comparaître à sa barre, la pairie courait risque d'offenser la Chambre élective et d'éprouver un refus qui aurait donné naissance à un déplorable conflit. Ëh bien, cela même précipita la décision. Les meneurs du procès pensèrent que MM. de Cormenin et Audry de Puyraveau appartenant à la minorité de la Chambre élective, la majorité n'hésiterait pas, ou à leur imposer l'humiliation d'un désaveu, ou à les sacrifier ; que dans le sein de cette majorité, asservie aux ministres, la haine de la république l'emporterait sur l'esprit de corps -, qu'en un mot, la Chambre des députés ne refuserait pas de livrer deux de ses membres aux rancunes d'une assemblée rivale, ce qui constaterait l'union des trois Pouvoirs, donnerait à la pairie, au milieu d'une telle tempête, la force morale dont elle avait besoin, et^contribuerait à ranimer son courage expirant. Il fut donc convenu :
1*^ Que la pairie manderait à sa barre les gérants de la Tribune et du Réformateur^ et les signataires de la lettre, y compris MM. de Cormenin et Audry de Puyraveau-, 2** que la résolution serait transmise par un message à la Chambre des députés, afin d'autorisation de poursuite. Et tels furent, en effet, les résultats du vote émis par les pairs réunis eh comité secret, le 13 mai (1836.)
* Le nom deM.Garnier-Pagès, par un hasard singulier, étant tombé en pâte à Timprimerie^ne figurait pas au bas de la lettre publiée.