IV
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<c H VOUS platt de tirer vengeance, nous en sommes tous* « les auteurs. Frappez enrore, si vous l'osez! », c'en était fait, selon toute apparence, et de la Chambre des pairs et de la monarchie. Car, au point où Ton en était déjà, il est clair que le procès né pouvait s'agrandir sans confiner à la guerre civile et sans pousser la monarchie & se mettre hors la loi. Mais parmi les défenseurs, il y en eut qui, à la seule idée du sort qui les menaçait, sentirent leur sang se glacer dans leurs veines. L'un pensait à sa fortune compromise et à son avenir engagé dans de terribles hasards, l'autre pâlissait pour ses enfants qu'il avait espéré revoir, ou pour sa mère absente. Plusieurs réunions eurent lieu, et les timides se firent d'autant moins scrupule d'avouer leurs répugnances , que , n'ayant pas en effet signé, pour la plupart, ils couvraient d'un prétexte en apparence honorable la défaillance de leur patriotisme et la pusillanimUé de leur cœur.
Quoiqu'il en soit, il suffisait que l'unanimité fût impossible, pour que la question devînt controversable. Aussi des hommes dont l'intrépidité et le dévoûment étaient audessus de tout soupçon, des hommes tels qu'Armand Carrel, soutinrent-ils que chacun devait, sans toutefois désavouer la lettre, déclarer qu'il ne l'avait ni signée ni publiée : puisqu'il y avait des dissidents, et des dissidents obstinés, pourquoi révéler au Pouvoir les plaies intérieures du parti républicain? Pourquoi souffrir que ce parti fût flétri, ne fut-ce que dans quelques-uns de ses membres ? Puisque, dans l'affirmation, l'on risquait de se montrer en désaccord, ne valait-il pas encore mieux s'accorder pour la négociation? Et, après tout, n'y avait-il donc aucun inconvénient à peupler les cachots de la pairie de tout ce
qu'il y avait dans le parti d'hommes énergiques, intelli^ gents, dévoués, illustres! Libres, ne serviraient-ils pas la cause plus puissamment que victimes et prisonniers ! Enfin, l'intérêt qu'excitaient les prévenus d'avril ne se trou* verait-il pas singulièrement attiédi, lorsque la scène ne serait plus occupée que par leurs défenseurs, élevés euxmêmes jusqu'au banc des accusés ?
A ces considérations, plus spécieuses que fondées , on en opposait d'invincibles. Quoi ! des républicains venaient demander au parti d'abdiquer sa réputation d'inflexibilité et de s'entourer, lui si courageux, des apparences de la peur ? Que la plupart des signatures imprimées n'eussent pas été données réellement, c'était bien de cela qu'il s'agissait, vraiment ! Parmi les défenseurs, est-ce que tous n'approuvaient pas la lettre? Donc, tous ils l'avaient signée, le fait matériel ici n'étant rien à côté de l'acte morâl. Frapper l'opinion en appelant à soi le danger, terrifier le Pouvoir en lui prouvant qu'on était résolu à ne point reculer d'un pas, accabler la pairie sous l'ineffaçable ridicule d'un procès sans fin, semer l'agitation dans l'agitation, et faire sortir du sein d'un nombre toujours croissant de familles en deuil un formidable cri d'indignation et de terreur, voilà ce qu'il fallait faire. On jparlait de ne pas exposer à la privation de leur liberté des hommes qui en pouvaient faire un si profitable usage ? comme si, pour rendre le Pouvoir odieux, le plus sûr moyen n'était pas de le condamner à la honte de mettre en prison la vertu ou le génie ! et quant aux dissidents qui persisteraient, entre les renier publiquement et subir leur joug, comment hésiter?
On conçoit quelle dut être la violence du débat. M. Dupont s'y fit remarquer par l'énergie de sa conviction
et rimpétueuse éloquence de son langage. 11 fut même si âpre dans ses attaques contre Armand Carrel, qu^une rencontre personnelle aurait eu lieu inévitablement, si des amis communs ne s'étaient employés avec passion à rapprocher deux hommes si dignes de rester unis. Au reste, la fermentation des esprits s'expliquait assez par l'importance de la question qu'on agitait. Car enfin, il y allait de la dignité du parti tout entier, et c'est ce que M. Dupont avait amèrement compris. « Tout ceci, s'était-il écrié, « n'est pas seulement une affaire de logique, c'est aussi « une affaire de sentiment. Eh bien, qu'on interroge les « femmes, si aptes à décider des choses du cœur 5 et, j'en « jure, pas une ne répondra : vous devez reculer. » Mais, suivant M. Armand Carrel, il n'y avait nulle faiblesse, de la part d'un parti, à prendre ses avantages et à ne se point laisser imposer par ses propres ennemis sa manière de combattre. Il se trompait dans l'application, puisque la meilleure tactique ici était d'exagérer jusqu'à l'audace 5 et, au fond, il le sentait si bien lui-même qu'il surprit tout le monde par la facilité avec laquelle, dans le cours de la discussion, il passa de son opinion à l'opinion contraire. Malheureusement, il faut, pour s'avouer vaincu, une noblesse de caractère et une supériorité d'intelligence dont peu d'hommes sont doués. Ceux qui voulaient éluder la solidarité de la lettre redoublèrent de clameurs, et bientôt il devint manisfeste qu'on serait obligé de leur céder.
M. Trélat avait suivi en silence la marche de cette triste querelle. 11 en prévit le dénoùment, et il résolut d'affronter toute la responsabilité, en se déclarant seul coupable. Ce ne fut, toutefois , qu'après une lutte intérieure pleine d'anxiété qu'il s'y décida. Il aimait tendrement sa femme 5