‹ Histoire de dix ans: 1830-40, Volume 4Chapitre 116 sur 140 · CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI

Louis-Philippe. Pour triompher de la volontédu monarque, il avait essayé de toutes les raisons; après celles qui se puisaient dans de graves intérêts politiques, il avait invoqué celles qui se rattachaient à des idées d'honneur-, il avait rappelé que Tintervention, après tout, n'était que 1 accomplissement d'une promesse sacrée, que l'inévitable exécution du traité de la Quadruple-Alliance, qu'une conséquence forcée de l'amitié politique qui nous unissait aux Anglais..... Vains efforts! Il fallait céder : il parla d'offrir sa démission.

Restait à savoir quelle serait, après un tel éclat, l'attitude des autres membres du Cabinet. Sondé par M. Mignet, M. de Broglie répondit que son opinion sur la nécessité d'intervenir en Espagne n'était point parfaitement fixée; qu'il y voyait autant d'inconvénients que d'avantages; mais — ce furent ses propres expressions, — mais que c'était au plus convaincu à l'emporter, et que, par conséquent, il suivrait M. Thiers. Pour ce qui est de M. Guizot, il apportait dans la solution du problème plus que de l'indécision : de l'indifférence. « On peut prendre, dit-il, l'un « ou l'autre parti. » Et, en cela, M. Guizot ne sortait pas de son caractère. Car, passionné pour la possession du pouvoir, M. Guizot envisageait froidement les idées que le pouvoir sert à réaliser. Ce qu'il aimait dans les affaires, | c'était le commandement, à la différence de M. Thiers, qui, dans les affaires, n'aimait que l'action. 1

Le Conseil s'étant rassemblé pour une décision définitive, la dissolution du Cabinet semblait imminente, lorsque M. de Broglie fit observer qu'aux termes mêmes du traité de la Quadruple- Alliance, la France n'était engagée à intervenir qu'après s'être entendue sur ce point avec les

Puissances alliées. Il fallait donc, suivant M. de Broglie, consulter l'Angleterre et attendre son avis.

M. Thiers ne pouvait combattre cette opinion, puisqu'elle s'appuyait réellement sur le texte du traité ^ mais il sentit bien que, dès ce moment, la cause soutenue par lui était perdue. Le Cabinet de Saint- James, en eflfet, était représenté, à Madrid, par Georges Villiers, depuis lord Clarendon, homme asservi à des habitudes d'élégance frivole, et mêlant volontiers la vie des salons à celle des affaires. Une rivalité qui n'avait rien de politique étant survenue entre Georges Villiers et M. de Toréno, membre du Cabinet de Madrid, l'ambassadeur anglais s'était détaché, presqu'à son insu, comme il arrive en pareille occurrence, du parti dont M. de Toréno était un des chefs, et les exaltés l'avaient entouré. Ses dépêches s'en ressentirent, et durent rendre naturellement plus réservés, à l'égard du ministère espagnol , les chefs du Cabinet de Saint- James, d'autant qu'il suivait avec jalousie les progrès de l'influence française à la Cour de Madrid. Cette disposition, jointe sans doute à la manière adroite dont la question d'intervention fut posée par les Tuileries, décida l'Angleterre à répondre négativement. C'est ce que Louis- Philippe avait espéré. M. Thiers était vaincu, et il ne lui restait pas même un prétexte pour offrir de nouveau sa démission, que le roi, si elle avait été isolée, aurait acceptée avec joie.

On refusa donc à l'Espagne les secours qu'elle avait demandés; mais quand la nouvelle de ce refus parvint à Madrid, M. Martinez de la Rosa n^était plus ministre, et M. de Toréno le remplaçait dans la présidence du CcwiseiL

Au reste, des événements intérieurs d'une douloureuse

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gravité ne tardèrent pas k détourner de TEspagne Tattention des ministres fmnçais.

Depuis quelque temps le roi semblait ne phis marcher •qu'environné d'embûches. Quelques fanatiques avaient ouvert leur âme à de noirs projets, et diverses tentatives de complot, successivement découvertes, firent soupçonner que des poignards étaient aiguisés dans Fombre. Mais, comme les preuves n'étaient jamais suffisantes, les accusés ne faisaient que passer devant la justice, et Ton voyait s'épaissir les ténèbres autour d'un trône qu'allait désormais assiéger l'épouvante.

Pour ce qui est du roi, il déployait une grande sérénité. Ceux qui s'étudient à rapetisser toute chose ont prétendu que Louis-Philippe avait mis dans les calculs de sa politique Taflectation du courage. Mais nous croycwis, nous, <iu'il entrait réellement dans sa nature de défier le péril. Peut-être aussi n'était-il pas sans avoir deviné que les hommes chargés de la responsabilité de ses jours enflaient systématiquement ses dangers pour mieux établir leur importance et faire valoir leurs services.

Toujours est-il que chaque jour apportait un nouveau sujet d'alarme. Et comment couper le mal pir la racine? Comment arrêter les coupables par la terreur du châtiment? Il aurait fallu, pour cela, ne pas étouffer les complots à leur origine, et les laisser se développer jusqu'au flagrant délit. Sur ces entrefaites, M. Thiers apprit que, le roi devant aller de Neuilly à Paris, des conspirateurs avaient formé le dessein de lancer dans la voiture royale un projectile enflammé. Il prend aussitôt son parti, se rend auprès du roi, et lui demande, pour les faire monter ^ans la voiture, ses aides-de-camp. Â cette proposition

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inattendue, le roi s'étant récrié 5 « c'est leur devoir de « s'exposer, sire, pour votre personne , répondit M . Thiers -, «( et pourront-ils se plaindre quand ils verront le ministre m de l'intérieur à côté d'eux? » Bien que la police eût pris toutes les précautions convenables pour empêcher que la conspiration n'atteignit, en éclatant, son horrible but, l'offre de M. Thiers témoignait d'un incontestable dévoûment. Le roi mit beaucoup de noblesse à la repousser, et déclara qu'il ert tendait jouer lui-même cette partie. Sa résolution est en vain combattue par M. Thiers, et les préparatifs sont oi*donnés. Mais, au moment du départ, la reine et les princesses se présentent tout-à-coup, éplorées, éperdues, soit >qu'une habile indiscrétion les eût initiées au secret de ce qui venait de se passer, soit qu'elles n'eussent reçu d'autre avertissement que celui des instincts du cœur-, la reine voulut être du voyage, et il fut impossible de fa .faire céder. M. Thiers, alors, eu égard aux circonstanceSj sollicita l'honneur de prendre place dans la voiture menacée, et l'on risqua le voyage. Il n'eut pas de suites, les conspirateurs, qui se sentaient surveillés, ayant renoncé à leur dessein -, mais rien ne montre mieux à quelles angpisses la royauté en France se trouvait conâanmée.

Cependant, desi bruits étranges et sinistres commencent à se répandre, et en France et au dehors. L'anniversaire de la révolution de juillet approche ; et, suivant les mystérieux discours qui circulent dans le public, cet anniversaire doit être marqué par un attentat. Une lettre écrite de Berlin, le 26* juillet (1836), porte : « Le bruit court gé- « neralement ici qu'il y aura une catastrophe pendant « l'anniversaire des trois jours. » La même nouvelle a été

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