‹ Histoire de dix ans: 1830-40, Volume 4Chapitre 126 sur 140 · CHAPITRE XII, :^6â · texte numérisé non relu

CHAPITRE XII, :^6â

en votant la prise en considération de la mesure, aecpnd vote confirmatif du premier!

11 y avait quelque chose d^extraordinaire dans tout cç qui venait de se passer. Car enfin, comment supposer que M. Humann n'eût obéi qu'à ses inspirations personnelles en jetant dans la Chambre et dans le Cal^inet un brandon de discordes, alors que le Pouvoir commençait à fonctionner librement et que la bourgeoisie jouissait d'un calme inaccoutumé? Pourquoi cette surprise faite par M. Humann à ses collègues, au risque d'un immense et triste scandale? Les amis les plus clairvoyants de MM. de Broglie et Guizot pensèrent que tout ce mouvement était né d'une secrète impulsion partie de la main d'un personnage auguste. Ce qui paraît prouvé, c'est que plusieurs familiers du Château votèrent, en cette occasion, contre le Cabinet, et qu'il y eût des négociations entre M. de Montalivet, un des plus dévoués serviteurs du roi, et M. de Malleville, membre du tiers-parti. Ce qui est hors de controverse, c'est que les ministres du 1 1 octobre, après tous les sanglants services rendus par eux à la dynastie d'Orléans, pesaient horriblement à son chef. On ne se crut roi que le jour oii il devint possible de faire peur à M, Thiers de M. Guizot, et à M. Guizot de M. Thiers.

Mais il fallait arriver à rompre le faisceau pour tou-r jours. Voici quelles circonstances favorisèrent sur ce point les vues du Château :

M. Guizot allait quitter le ministère, et il n'était pas riche ^ ses amis songèrent à lui créer une position qui l'élevàt au-dessus de tout vulgaire souci, et ils mirent beaucoup d'activité à lui gagner des voix pour la présiidence de la Chambre. M. Thiers, qui n'avait point reçu la

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ewiMence de leurs démarches, ne tarda pas k en être niformé, et il en conçut un amer dépit. Pourquoi, dans une affaire qai le touchait de si près, avait-on jugé à propos d'agir si complètement en dehors de lui? Ce coup lui fet d'autant plus sensible, qu'il venait de se sacrifier pour les doctrinaires, et qu'il n'eût pas été éloigné de désirer le teuteuil promis à une ambition rivale. Un jour donc, M. Guinot étant monté dans la voiture de M. Thiers, et celui-ci laissant percer sur son visage l'irritation intérieure : (( Plusieurs de mes amis, dit M. Guizot, me des- « tinent la présidence de la Chambre 5 et j'y prétends. — « Moi, je n'y prétends pas, répondit M. Thiers, blessé au « vif; toutefois, l'avertissement me vient assez tard pour a qu'une semMable prétention ait eu le temps de naître « en moi. ^ Et les deux collègues se séparèrent, très-mécontents l'un de l'autre. Le projet fut abandonné; mais il avait allumé dans l'âme de M. Thiers un ressentiment dont on sut bientôt augmenter la violence en y mêlant les eiLcitations de Tamour-propre. On fit savoir à M. Thiers, — et le roi ne fut pas le dernier à lui en donner avis, — que l'opinkin le jugeait incapable de porter sa fortune lorsqu'il n'aurait plus pour appui le talent des doctrinaires et leur consistance. Que tardait-il à faire tomber une supposition aussi injurieuse, en saisissant avec hardiesse les rênes du Pouvoir devenues flottantes ? On devine l'effet de pareils discours sur un homme confiant dans sa destinée, prompt à s'émouvoir, et qui avait jii$qu'al<M*s vécu au milieu de tous les enivrements de la louange. D'ailleurs, il arriva que, par une ignorance trop commune des intrigues et des menées de Cow, les journaux de l'Opposition servirent à leur insu la s^

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crête politique du Château. Dans un article dont la crise ministérielle avait fourni le sujet, Armand Carrel manifesta, sur Tavenir de M. Thiers séparé de ses auxiliaires, des doutes railleurs et provoquants. M. Thiers avait été collaborateur d'Armand Carrel, il l'estimait avec effroi, il s'inquiétait de l'avoir pour juge, et son orgueil saignait long-temps de chaque trait parti de cette • main virile. Poussé à bout, i! résolut enfin de montrer ce qu'il était en état de faire. Et puis, son ambition était décriée en tous lieux et narguée par M. Piscatory, «mi de M. de Broglie. Il le sut, et prit son parti aussitôt. « On « me met au défi, s'écria-t-il un jour, avec un geste plein « d'emportement, de faire un Cabinet ? Eh bien ! il est « fait. » Et, le 22 février 1836, le Moniteur recevait des ordonnances nommant : MM. Thiers, président du Conseil et ministre des affaires étrangères; Sauzet, garde-dessceaux, ministre de la justice et des cultes; de Montalivet, ministre de l'intérieur; Passy, ministre du commerce et des trataux publics; Pelet (de la Lozère), ministre de l'instruction publique^ le maréchal Maison, ministre de la guerre; l'amiral Duperré, ministre de la marine; d'Argout, ministre des finances.

Une grande faute venait d'être commise, et elle était surprenante de la part d'un homme qui avait adopté la fameuse maxime : Leroirègiie et ne gouverne pas. En^et, en dehors de MM. de Broglie, Guizot et Thiers réunis. M. Molé aurait en vain cherché les éléments d'un Cabinet doué de vie. Quant au tiers-parti, il avait donné la mesure de ses forces dans le ministère des trois jours. Donc, tant que M. Thiers serait resté l'allié des doctrinaires^) il n'y aurait eu qu'un ministère possible . En se séparant de ses

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anciens collègues, M. Thiers changeait la face des choses : il ruinait la discipline parlementaire; il assurait au roi la faculté de choisir entre plusieurs Cabinets également possibles quoique débiles, et il se mettait lui-même à la merci deTautorité royale, désormais toute-puissante. Le roi put croire que son étoile remportait enfin, que sa puissance

n'allait plus avoir d'autres bornes que sa volonté Et il

il ne se trompait qu'à demi : avec le ministère du 1 1 octobre, le gouvernement parlementaire venait de finir : le gouvernement personnel était fondé.

Ainsi éclatait l'erreur des publiclstes, qui, comme Benjamin Constant, avaient fait reposer leurs théories sur la chimère d'un monarque automate, se résignant à la honteuse majesté d'une fonction de parade, tirant toujours de lui le pouvoir sans l'exercer jamais, faisant éternellement illusion aux peuples sur la nécessité de sa paresse éternelle, et n'occupant la première place par lui et par ses descendants que pour fermer à une trop haute espérance le cœur des ambitieux. Comment imaginer qu'un roi se puisse contenter de ce rôle imbécile? Et s'il était un être assez vil pour s'en contenter, comment se préserverait-il du mépris?

La royauté doit être ou une force ou un symbole. Si, en Angleterre, la royauté n'a pas besoin, pour vivre, d'agir et de gouverner, c'est qu'elle n'y est que la tête d'une aristocratie qui agit et qui gouverne ; c'est Qu'elle y représente une association politique qui a, comme elle, l'hérédité pour essence; c'est, en un mot, qu'il y a identité de nature entre elle et la classe dominante. Mais, en France, qui l'ignore? l'arisiocratie a été détruite de fond en comble; les privilèges du moyen-âge ont été abolis à

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