‹ Histoire de dix ans: 1830-40, Volume 4Chapitre 18 sur 140 · IV · texte numérisé non relu

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HISTOM M MX ANS.

Marrast et Godefroi Cavaignac. La foule des spectateursétait immense. Immobiles sur leurs bancs, les députés^ gardaient qn silence glacial èt semblaient composer leurs visages. Les républicains entrèrent, le front haut, le sourire du dédain sur les lèvres. Qu'ils courussent au-devant d'une condamnati<m, ils ne l'ignoraient point ^ mais ils trouvaient à la braver par une profession de foi pleine d'éclat, une jouissance légitime et hautaine. Un bureau avait été disposé dans l'intérieur d'une balustrade circulaire adossée aux bancs de Textrême gauche : ce fut là que le prévenu et ses défenseurs prirent place.

M. Godefroi Gavaignac commença en ces termes : a Messieurs, nous comparaissons devant vous, mais nous> M ne vous reconnaissons pas le droit de nous juger. » H continua sur ce ton , comme un homme convaincu de la sainteté de sa cause et de la supériorité de ses doctrines. 11 m se défendit point, il attaqua ; pressant et hardi, mais grave dans ses ool^s et modeste dans son audace. Il reconnut, d'abord, qu'en politique, être jugé par ses ennemis était une chance commune à tous les partis en lutte^ ce qui rendait les prétentions de la Ghambre naturelles, et ce qui les aurait rendues légitimes si cette Chambre eût véritablement représenté la souveraineté du peuple. Mais une assemblée fille du nK)nc^)ole, pouvait-elle avcnr Tomaipotence d'une assemblée issue du suffrage de tous les citoyens ! Au privilège qui les faisait représentants de :200,000 électeurs dans une nation de 33,000,000 d'hom- Mes, les députés pouvaient-ils joindre le privilège de l'inviolabilité Après tout, que reprochait-on à la Tribune ? D'avoir dit que la Ghambre laisserait construire des forts autour de Paris, vendue et prostituée qu'elle était? Mais

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des fonds n'avaient-îls pus été alloués, Tannée précédente, pour le commencement des travaux ? Preuve trop évidente de rétat de vassalité dans lequel la Chambre vivait à Tégard du pouvoir exécutif! Car enfin^ quoi de plus étrange que de voir um assemblée fournir elle-même à une autorité rivale des moyens de dictature , des instruments de tyrannie ? Des législateurs s'entourant de l'appareil des armes, consentant à siéger sous le feu de citadelles bâties à grands frais, la chose était nouvelle assurément et digne de remarque ! Ils n'avaient pas compris de la sorte la liberté des délibérations parlementaires, les auteurs de toutes les constitutions antérieures à l'an viii, eux qui avaient décrit autour de la capitate un cercle qu'il n'étail permis à aucun soldat de ft*anchir, eux qui avaient assuré au pouvofr législatif la possession d'un territoire sacré oh la puissance morale de la loi reposait dans toute sa force ! Après de vives attaques contre le projet d'embastiller la capitale, M. Cavaignac se mit à suivre à travers l'histoire du dix-neuvième siècle les progrès de ce système de réaction cpii s'était produit : jusqu'au 18 brumaire, contre les hommes ; sous l'Empire, contre les idées ; sous la Restauration, contre les sentiments et les intérêts du peuple ; depuis, contre les garanties publiques. Le procès Biéme intenté à' la IHbune paraissait à l'orateur républicain la suite d'un vaste i^n de conspiration contre-révolutionnaire^ plutôt qu'un acte de vengeance provoqué par une injure. « Quoi ! ce procès pour vous dans un temps où la « société est en proie à un procès, par ma foi, bien autre; « quand elle plie jusque dans son axe, quand o^i ne sait m à quel orbite doit aboutir ce monde dérouté ! Quoi ! « dans cette tempête qui gronde autour de vous, vous

« entendez le cri d'un journaliste ! Ces soldats retenus au- <( tour de vous, quand, de Francfort à Constantinople, on a sent de quoi remuer les rois et les peuples, quand l'Allec( magne fermente sous cet esprit héréditaire qui fatigua « Charles-Quint et ruina Napoléon! Ainsi, l'Europe s'éc( chauffe au retour de l'incendie que 1830 avait attisé « dans son centre, l'esprit révolutionnaire se meut de a nouveau contre cette loi de Sainte-Alliance qui ne peut tt plus désormais exister qu'entre peuples, une étincelle K de juillet retombe sur le foyer de la grande famille u européenne-, et, cependant, vous, vous jugez! Distrac- « tion impossible, aveuglement incroyable, si l'on n'y « cherche que celui de la passion! Won, vous ne ferez pas « croire que votre colère contre nous soit l'unique mobile « de ce procès ; non, lorsqu'il n'y a pas un sommeil qui « ne puisse être interrompu par un courrier, vous ne « nous persuaderez pas que vous vous endormiez à l'aide « d'une audience. Vous êtes dans une mauvaise voie, « mais vous y marchez , et ce procès termine votre ses- « sion, parce qu'il commence ce qu'une autre doit exécu- « ter. » Par ces paroles, on le voit, M. Cavaignac agrandissait le débat ; il rattachait à un long et détestable complot contre les libertés publiques, ce qu'on aurait pu prendre pour un simple élan de colère de la part de quelques députés blessés dans leur orgueil ; en un mot, de la cause de la Tribune^ il faisait celle de la nation tout entière.

Après lui, M. Marras t prit la parole, et dans un discours agressif, mordant, plein d'impétuosité, de verve, de couleur, il traça l'histoire de la corruption telle que le régime constitutionnel l'avait enfantée, teUe qu'il la rendait né-

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