‹ Histoire de dix ans: 1830-40, Volume 4Chapitre 20 sur 140 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

Un événement imprévu vint ajouter à ce débordement d'accusations. Un jour, sur la façade de la maison qui avait servi de quartier-général à la révolution de juillet, ces mots parurent aux yeux du passant étonné : Mise m vente de l'hdlel Laffitte.. Il était donc ruiné, celui qui avait couronné roi le duc d'Orléans, celui qui, pour en venir là, n'avait pas hésité à jouer dans les péripéties d'une crise inévitable une existence si long-temps digne d'envie, celui qui, plus tard, pour consolider son ouvrage, avait consenti à tenir les rênes du gouvernement au milieu de la tempètë , abandonnant ainsi le soin de ses propres affaires et faisant à sa royale créature le double sacrifice de sa popularité, engagée dans les combats de la rue, et de ses intérêts financiers, mis à quelque sorte à la merci du hasard! Tel fut le cri qui s'échappa soudain de toutes les bouches, lorsqu'on sut que, peu de temps après l'avénementde Louis-Philippe età quelques pas du château des Tuileries, des afiiches portaient : mise en vente de l'hôtel Lafjitte ! Les ennemis du roi en prirent texte pour l'accuser d'ingratitude, et ils le firent avec cette joie secrète et cette indignation bruyante qu'on puise dans les torts ouïes imprudences d'un ennemi. De leur côté, les partisans de Louis-Philippe s'évertuèrent, pour mieux absoudre le monarque, à noircir son ancien ami, auquel ils déclarèrent, dès ce moment, une odieuse guerre de mensonges. Ils prétendirent que, lorsquela révolution de juillet éclata, la maison Laffitte chancelait sur ses bases mal assurées ; que l'origine des embarras de M. Laffitte était dans les spéculations qu'il avait faites sur le 3 pour 0/0 -, que, loin de s'être montré ingrat à l'égard de M. Laffitte, le roi lui avait tendu à plusieurs reprises une main secourable,

HISTOIRE T>E MX AXS.

eomme le disaient assez, et la forêt de Breteuil, achetée dix millions, bien qu'elle n'en valût pas huit, et un prêt de six millions fait à M. Laflittepar la Banque, sous la eautionduroi,quiavai( déjàdû s'exécuter dans troi&paiement^ successifs pour une portion de la somme garantie. Rien n'était plus faux que ces assertions * ; et pourtant, un

' Il est temps que, sur ce débat célèbre, la vérité soit enfin connue. Mais il faut reprendre les choses d'un peu plus haut.

Quelque ébranlement qu'eût imprimé au crédit commercial de M. Laffltte cette révolution à laquelle il n'avait su trouver qu'un dénoûment dynastique, sa maison était trop solidement assise pour ne pas résister au choc qui alors renversa tant de fortunes. Mais c'était trop peu (d'avoir créé une royauté, il importait de la soutenir. Nous avons raconté les agitations qui remplirent les premiers jours de la révolution. L'émeute allait frapper à toute heure aux portes du Palais-Royal. Sur les places publiques, dans les rues, on n'entendait que le bruit du rappel se mêlant aux clameurs 4'une foule en délire. L'atmosphère, s'il est permis de s'exprimer ainsi, était chargée de passions ; et les courriers lancés sur toutes les routes de l'Europe n'apportaient pas une nouvelle qui ne contint un soulèvement. Le premier ministère allait tomber d'impuissance et de peur ; le sol tremblait de toutes parts autour du trône nouveau ; la famille royale était éplorée ; le roi croyait entendre déjà sonner l'heure de sa chute, si voisine de son avènement : on eut recours à M. LafBtte.

L'empressement grossier qu'on mit plus tard à envahir le pouvoir, on le mettait alors à s'en éloigner. Mais M. Laffîtte avait des raisons particulières pour fuir le tourbillon des affaires publiques : sa maison avait besoin de son activité, de ses soins -, ses associés le pressaient de Tenoncer à des grandeurs au fond desquelles devait, selon toute apparence, se trouver sa ruine. M. Laffitte, à cette époque, était président de la Chambre des députés; et, quoique ministre sans portefeuille, nul parmi les membres du conseil n'était plus occupé que lui. Il voulait rentrer dans la vie privée. Le roi, auquel il était encore nécessaire, n'épargna rien pour le retenir; et ce fut alors qu'eut lieu la vente de la forêt deBreteuil. Le prix en fut fixé à dix millions; mais afin que le roi, dans tous les cas, ne s'engageât point au-delà de ce qui -était raisonnable, on stipuladans l'acte que l'acheteur aurait le droU défaire expertiser la forêt, droit que le vendeur ne se réservait pas à lui-même.

S'il y eut là un service rendu à M. Laffitte, ce service fut chèrement tpayé. Car il ne servit qu'à engager M. Lafiitte pins avant dans tes affaires

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