‹ Histoire de dix ans: 1830-40, Volume 4Chapitre 34 sur 140 · CHAPITRE · texte numérisé non relu

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gard de l'Orient, il est absolument nécessaire de bien poser la question et d'examiner, avant d'entrer dans le récit de ce qui a été fait, ce que la France aurait pu faire.

(c Maintien de l'intégrité de l'empire ottoman » étaient des mots en usage depuis long-temps dans la grammaire des chancelleries de l'Europe.

Toutes les Puissances, en effet, et notamment fa France, l'Angleterre et l'Autriche, avaient intérêt à protéger l'inviolabilité de Constantinople, à lui conserver, vis-à-vis des Russes, son surnom de Stamboul la bien gardée.

La possession du détroit des Dardanelles par la Russie, à moins de compensations énormes stipulées en notre faveur, eût à jamais mis obstacle aux vues de la France sur la Méditerranée, champ de bataille où doit tôtfou tard se vider la grande querelle de notre suprématie intellectuelle et morale.

La position géographique de l'Autriche lui commandait de ne point se laisser trop complètement envelopper par la Russie. C'était déjà un grave danger pour le Cabinet autrichien que rétablissement russe fondé aux embouchures du Danube en vertu du traité d'AndrinopIe, puisque cet établissement compromettait, et la navigation intérieure de l'Autriche, et ses communications avec la Mer- Noire. Les Russes une fois en possession des principautés situées au sud du territoire autrichien, combien n'eût pas été dangereux pour la Cour de Vienne leur contact avec les colons militaires de l'illyrie, gardiens de la frontière hongroise ; Les Russes une fois en possession de Constantinople et des Dardanelles, combien le voisinage de leurs vaisseaux n'eût-il pas été embarrassant pour la marine marchande de l'Autriche, qui exploite le commerce de l'Adriatique?

HlSTOmE ME MX ANS.

Quant à TAngieterre, nous l'avons dit au commencement du second volume, elle eût perdu, à l'occupation de Constantinople par les Russes, une partie de son influence dans la Méditerranée, ses moyens de communication avec rinde par la Turquie, une partie de Timportance de ses possessions du Levant, et un débouché ouvert à Texpor-^ tation annuelle de trente millions de produits anglais. D'où ces paroles de lord Chatam, déjà citées par nous : « Avec un homme qui ne voit pas les intérêts de FAngle- (c terre dans la conservation de Tempire ottoman, je n'ai « pas à discuter. »

L^Europe occidentale avait donc pour mot d'ordre, ea 1830, le (( maintien de l'intégrité de l'empire ottoman. » Mais cette intégrité pouvait-elle être maintenue.^ Et, s'il était bon qu'elle le fût, pourquoi la France et FAngleterre avaient-elles si long- temps soufTert lambition militante de la Russie? Pourquoi avaient-elles poussé Faveuglement jusqu'à la favoriser? Pourquoi les avait-on vues se réunir à la Russie pour anéantir, dans le guet-apens de Navarin, la marine turque, et accélérer par l'émancipation de la Grèce le démembrement définitif de l'empire ottoman? Pourquoi enfin avaient-elles si vivement appïaudi aux victoires qui avaient poussé les Moscovites au pied des Balkans et dicté ce traité d'AndrinopIe, testament imposé à la race turque? Chose étrange ! c^était après avoir toléré, secondé la marche triomphante des Russes vers Constantinople, que l'Europe occidentale s'apercevait de la nécessité de cfmserver entre les mains du sultan la double clef de la Méditerranée et de la Mer-Noire î Ceux-îà mêmes qui avaient appuyé l'épée russe sur le flanc de la Turquie demandaient à la^Turquie de vivre, pour que l'équilibre

«iropéen ne fùl pas trop violeiiunent rompu ! L inconst'^ quenee était moB^trurase.

L'équilibre de l'Europe par Fintégrité de Tempire ottoman n'était donc plus qu'un vain mot. Le vent du nord, qui dans ces parages souffle huit mois de Tannée sur douze, poussait irrésistiUc^ent les Russes vers Constantinople. La siaiu quo oriental ne retardait leur conquête que pour mieux rassurer * .

Mais si Tempire ottoman ne pouvait être sauvé par le st€Uu qnOj n'aurait-on pu le sauver par une révolution? Si l'élément turc y était sans vigueur, n'aurait-on pu chercher une vie nouvelle dans l'élément arabe ? Si la Turquie était impossi|:de par Mahmoud, ne fallait-il pas essayer de la rendre possible par Méhémet-Ali? Tel est le système qui, comme nous le verrons par la suite de cette histoire, obtint en France le plus de faveur. Et pourtant il était chimérique aussi.

Méhémet-Ali avait, sans nul doute, accompli de grandes choses. Il avait extirpé, en l'absorbant dans sa famille, la domination des Mameluks, sujets du sultan ^ il avait fait de son pachalick d'Egypte une souveraineté presqu'indépendante; il avait tiré en quelque sorte du néant une armée instruite et disciplinée à la façon des armées d'Europe; dans un pays qui manque de chanvre, de fer, de bois de

' Le seul moyen, pour la France, de raffermir en 1830 l'empire des sultan», eût été de tirer l'épée contre les Russes en armant Constantinopie et en prêtant appui à Varsovie soaIcTée. Mais si on ne voûtait pas du système qai eût opposé à la ligue de toutes les Puissances principales, la France s'uppuvant sur toutes 1rs Puissances secondaires, système plein de péril mais plein de grandeur, l'unique parti à prendre pour détruire les traité* de Vfenuc et conserver à la France le rang qui lui convient, était celui que nous pcofMODS danecediapitic.

construction, il était parvenu, au moyen de ses trésors, à créer une marine-, l'Égypte, à sa voix, s'était couverte d'ateliers et d'établissements dirigés par des Européens et surtout par des Français : en un mot, il avait su mettre au service de sa puissance orientale l'expérience, Ja science, l'industrie et les aijts de l'Occident. Puis, audessous de sa gloire, brillait celle de son fils Ibrahim, guerrier terrible et intelligent, plein de confiance dans le sort des batailles, plein de foi dans le génie paternel, bras de cette Égypte dont Méhémet-Âli était le cœur et la tête.

11 y avait là, certes, de quoi éblouir, et il était naturel que la France, dont Méhémet-Ali aimait à se dire le protégé et rélève, ne vît en lui qu'un continuateur de Tœuvre commencée sur les bords du Nil par le vainqueur des Pyramides, que le vicaire oriental de Napoléon -, il était naturel qu'elle cherchât à consolider son influence au Caire et à Alexandrie, pour étendre le long des rives méridionales de la Méditerranée cette souveraineté nouvelle dont la prise d'Alger venait de fixer le point de départ et le centre.

Cependant, pour peu que la France eût approfondi la situation, elle aurait vu que les créations de Méhémet-Ali reposaient sur la plus odieuse, la plus dévorante tyrannie (lui fut jamais -, que, pour recruter une armée, il avait eu recours à la presse des jeunes gens, et n'avait pu traîner les malheureux fellahs sous ses étendards que les mains liées derrière le dos et la chaîne au cou^ qu'il avait dù, pour se former un trésor, non-seulement établir, en matière d'impôts, un abominable système de solidarité, mais encore se substituer, lui tout seul, à la nation égyptienne tout entière, se rendant ainsi l'unique propriétaire. Tu-

CHAFITBE III.

nique industriel, Tunique commerçantde l'Égypte, monopole gigantesque qui avaitfait du gouvernement un chaos, de l'administration un pillage organisé, et de chaque cultivateur égyptien une machine souffrante surveillée par un soldat. La splendeur dont Méhémet-Ali se montrait entouré ne cachait donc que misère et ruines. A force de pressurer, d'exténuer la population, il en avait extrait de quoi jeter un vif éclat 5 mais il se trouvait avoir escompté, au proGt de quelques années, les ressources de plusieurs générations successives. Toute la vitalité d'une race s'était épuisée à faire paraître grande la vie d'un seul homme. Mébémet-Ali n'était beauco» p en Égypte que parce qu'il y était tout. Derrière lui, par conséquent, que pouvait-il y avoir ? Rien.

A supposer que la civilisation telle que Méhémet-Ali l'avait entendue et pratiquée, méritât les encouragements de la France, comment l'empire ottoman aurait-il pu revivre par l'intervention d'un pareil homme.^ Se révolter contre le sultan, envahir la Syrie par Ibrahim, la soumettre, courir sur Constantinople l'épée à la main, il le pouvait assurément, et la suite le prouva. Mais, arrivé au seuil du sérail, aurait-il osé le franchir pour aller s'asseoir sur le trône de son maître abattu? Il lui eût été impossible d'en concevoir la pensée. L'eût-il osé, son entreprise serait-elle restée impunie? Un soldat macédonien aurait-il pu ceindre le sabre d'Osman, dans un pays où le respect du sang d'Osman est la religion même ? S'il se fût présenté comme le vengeur des vrais croyants^ comme le préservateur armé de la religion musulmane, outragée par les réformes de Mahmoud, détrôner le sultan eût été permis peut-être à son audace -, mais le remplacer ?...... Ceux qui

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