‹ Histoire de dix ans: 1830-40, Volume 4Chapitre 35 sur 140 · IV · texte numérisé non relu

IV

connaissaient l^Orient ont toujours jugé cette hypothèse inadmissible. Et, même en {^admettant , qu'aurait donc apporté à Tempire ottoman l'usurpation de Méhémet-Âli ? Turc jusqu'au fond de l'âme, il savait mieux que personne combien peu valait ce prétendu élément arabe, dont on a tant parlé depuis. Cette race arabe, qu'il méprisait, qu'R avait trouvée abrutie par la mollesse et la misère, qu'il avait abrutie encore davantage par l'excès du travail ; cette race arabe, qu'il ne triturait depuis si long-temps que comme la matière inerte de sa gloire, et .qui n'avait jamais fourni un colonel à ses armées , croit-on qu'il en eût fait, au détriment de^ Turcs, la race dominante, et qu'il eût tenté par elle de régénérer l'empire ? Il y a folie à l'imaginer. Et puis, de quelle manière cette régénération se serait-elle accomplie ? Est-ce que, sous Méhémet-Ali comme sous Mahmoud, il n'y aurait pas eu en Turquie une masse confuse de populations diverses, ennemies, tendant, par un effort continuel, à se disjoindre et à s'afifranchir? Méhémet-Ali aurait-il empêché les Maronites du Liban d'être catholiques et les Druses d'être idolâtres? Aurait-il enlevé aux Grecs, aux Juifs, aux Arméniens, leur caractère de Grecs, de Juifs, d'Arméniens? Par quel excès de tyrannie, par quel procédé d'administration en serait-il venu à substituer l'unité à cette diversité fatale que tes populations avaient sucée avec le lait et qui coulait dans leur sang ? Le peuple conquérant, le peuple turc, n'ayant cessé de s'appauvrir et de se démoraliser pendant que les différents peuples conquis croissaient en impor^- . tance et en richesse, le seul moyen d'unité qui eût existé «n Turquie, la violence combinée avec la force, avait évidemment péri, et il avait péri pour Mébémet-Ali aussi bien

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