CHAPITRE UI
gleterre avait tenu en réserve, pour le service de don Miguel, des boulets dérobés au bombardement de Copenhague !
Dans cet état de choses, don Pédro ne s'abandonna pas lui-même. Guidé par le général Solignac, et puissamment secondé par les aventuriers intrépides que lui avait fournis ce sol de France, nid de soldats, il soutint le siège de Porto avec une remarquable constance. Mais ses efforts tendaient à répuiBer^ appuyé au sud du Douro, sur un corps de 6,000 hommes, don Miguel comptait, au nord, 17,000 combattants, et c'est à peine si le nombre des assiégés s'élevait à 13,000; la famine avait un moment sévi dans Porto -, le choléra y avait marqué cruellement son passage ; la patience des habitants menaçait de se lasser 5 pas de main assez forte pour tenir noués long-temps les liens de la discipline, dans une garnison composée de tant d'hommes appartenant à des nations diverses ; Sartorius, commandant de la flotte de don Pédro, s'était mis en pleine révolte, s'était éloigné de la côte, et il avait fallu l'apaiser
d'abord, le remplacer ensuite Que de raisons pour
qu'on se résolût à précipiter le dénoùment ! Ce fut l'avis du général Solignac. Dans un conseil de guerre assemblé en vue de quelque décision énergique et définitive, il proposa d'aller droit à l'ennemi , de lui passer sur le ventre et de paraître à Lisbonne l'épée à la main. Toutes ses dispositions étaient prises, il avait étudié le terrain, pesé de part et d'autre les courages, il répondait de la victoire. La majorité du conseil en décida autrement : on pensa qu'il valait mieux envoyer dans les Algarves, qui ne demandaient qu'un signal pour se soulever^ un corps de 4,000 hommes, tandis que don Pédro attendrait dans la place le
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résultat de cette diversion. Le général Solignae avait vu germer autour de lui de sourdes hostilités-, il ne possédait pas, quoique major-général de l'armée, toute la force qui lui eût été nécessaire ; dans le dernier ccmsetl de guerre, il avait eu le chagrin d'entendre son propre aide-de-camp, M. Duverger, combattre son opinion : il se démit du commandement ,«t quitta Porta, craignant Wen que le père de dona Maria ne perdît la partie, faute d'audâce et de nerf.
Mais de nouvelles et heureuses circonstances étaient venues en aide. à la fortune de don Pédro. Le duc de Palmella, qui, comme instrument des Atiglais, était au Portugal ce que M. de Talleyrand était à la France et M. Van de Weyer à la Belgique, le duc de Palmella s'était occupé de réunir en Angleterre, pour le compte de la cause constitutionnelle, des ressources financières. Le succès couronna ses démarches, comme il avait, une fois déjà, couronné celles que, dans le même but et dans le même pays, avait faites M. Mendizabal. L'argent obtenu servit à des levées de volontaires, et des marins anglais se montrèrent à Porto, commandés par le capitaine Napier, véritable homme de mer. A dater de ce moment, tout ne ftit pour don Pédro que triomphes et prospérités. Les couleurs de dona Maria ne tardèrent pas à flotter i^r le royaume des Algarves, que le duc de Terceire venait de soumettre en couraait Avec trois frégates, une corvette, un brick,, un petit schooner, Napier - avait rencontré à la hauteur du cap Saint-Vincent, la flotte mrguéliste, composée de deux vaisseaux de ligne^ de deux frégates, de trois corvettes, de deux bricks et d'un chebec. Malgré Finégalité des forces, Napier n'hésita pas à présenter le combat. 11 attaque la flotte ennemie avec une impétuosité
irrésistible, la disperse, s'en, empare. La marine de don Miguel anéantie , une consternation profonde se répand dans son armée. Le duc de Terceire bite le pas yers la capitale, emporte la ville de Sétubal, et taille en pièces un corps de ax mille miguélistes, dont le chef, Telles Jordao, reste sur la place. Le duc de Cadaval, gouverneur de la capitale, s'enfuit plein d'épouvante ; Li^onne ouvre ses portes, la population se presse au-devant du vainqueur, avec ces cris confus qui saluent toutes les victoires ; et, à la tète de quinze cents hommes, le duc de Terceire prend possession de la ville au nom de dona Maria. C'était le 24 juillet 1833. Le lendemain, 26, M. de Bourmont, arrivé depuis quelques jours au camp de don Miguel, livrait à la ville de Porto un assaut furieux et inutile» Des flots de sang y coulèrent, les tranchées furent comblées de morts. Mais M. de Bourmont dut rentrer dans son camp l'àme navrée : bien que la lutte pût se prolonger long- temps encore, tout semblait présager la chute de don Miguel, et les légitimistes français le voyaient déjà emportant avec lui le dernier lambeau des monarchies.
La nouvelle de ces événements fut doublement agréable i Louis-Philippe : ils servaient ses intérêts dynastiques sans l'avoir compromis aux yeux des Puissances continentales. Mais l'Espagne lui préparait de graves inquiétudes.
A voir les brusques péripéties, les revirements soudains qui rendaient si changeante, dans ce pays, la physionomie de la politique, on se fût volontiers persuadé que le sort de k nation y dépendait du temps que son vieux roi malade mettrait à mourir. Et rien ne paraissait mieux le prouver que la scène extraordinaire dont le palais de la Granja, l'année précédente, avait été le théâtre. Ferdi-
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nand YII était sur le point d'expirer. Un ancien domestique devenu successivement ministre et favori du roi d'Ëspagne, M. Calomarde, s'empare du chevet de l'agonisant. Gagné par les apostoliques, il épie le moment oh la raison déjà si faible de Ferdinand s'affaisse et succombe, le moment où autour de lui les ténèbres de la mort s'épaississent Il le presse alors, il le domine, il arrache
à sa main défaillante la révocation de la pragmatique qui laissait à la jeune Isabelle , au détriment de don Carlos, l'héritage de la couronne d'Espagne. Cela fait, on répand que Ferdinand est mort, que don Carlos hii succède. Aussitôt le peuple de s'agiter, les ambitieux de composer leur attitude, les libéraux de craindre, et les apostoliques d'insulter à leurs ennemis abattus. Dans son inexpérience et dans son trouble, Christine ne savait ni ce qu'on devait faire, ni ce qu'on pouvait oser. Tout-à-coup, du midi de l'Espagne, accourt l'infante Louise-Charlotte. Aussi indignée que Christine et plus résolue, elle parait inopinément au palais de la Granja, pousse à Calomarde, l'apostrophe en termes violents, le menace-, et même on raconte qu'elle porta la main sur lui. De sorte qu'autour du lit sur lequel gisait, dans tout le néant de son humaine grandeur, un monarque à demi-éteint, parents, ministres, serviteurs, s'étaient réunis en tumulte pour se disputer les bénéfices de son agonie ! Genre de spectacle bien digne du régime des monarchies pures ! Vint un coup de théâtre : Ferdinand n'était pas mort ! On devine le reste. Ce fut le tour des apostoliques de trembler et des libéraux de se montrer insultants. Ferdinand peu à peu sembla se ranimer, la pragmatique fut remise en honneur et Calomarde envoyé eu exil^ Christine reprit la direction des affaires.