CHAPITRE IV
affluaient à Genève; quelques réfugiés, qui ne vivaient que sur l'hospitalité économe des patriotes suisses, menaçaient de partir; l'ambassade français^e faisait oflTrir aux Polonais venus de Besançon des secours et les frais de voyage, s'ils consentaient à rentrer en France : le soupçon veillait au seuil de la conspiration, où avaient pénétré déjà le découragement et la fatigue.... Il fallait agir. Pressé par les émissaires de Mazzint, le général Ramorino déclare enfin que rien n'est organisé à Lyon, qu'il se trouve assailli de difficultés insurmontables, et il rend 10,000 fr. sur les 40,000 qui lui avaient été comptés. On entrait dans le mois de janvier 1834, et le mouvement qui devait éclater en octobre 1833 n'était pas encore commencé.
Inquiet et l'àme en proie aux plus douloureuses défiances, Mazzini résolut de hâter le dénoùment. 11 fixa le jour de l'action, et en écrivit à Ramorino. Le général était attendu le 20 janvier : il n'arriva que le 31 au soir, suivi de deux généraux, d'un aide-de-camp et d'un médecin. Entre lui et Mazzini, l'entrevue fut triste et comme troublée par de noirs pressentiments. Mazzini proposa d'assigner pour base aux opérations la prise de Saint- Julien, où se trouvaient réunis les agents des diverses provinces de la Savoie, et oii le signal de l'insurrection devait être donné. L'insurrection une fois déclarée, Mazzini pensait qu'il lui serait facile, à supposer qu'il ne se trompât point dans ses défiances, de déjouer le mauvais vouloir de Ramorino. Qu'il eût deviné ou non cette arrière-pensée, le général accepta le plan proposé. L'expédition devait se composer de deux colonnes. On arrêta que les insurgés de la première iraient, de Genève, se réunir à Carouge sur la frontière; et que, partant de Nyon, où était un dépôt
HISTOUUB BE MX ANS.
d'armes, ceux delà seconde traverseraient le lac pour aller rejoindre leurs compagnons sur la route de Saint- Julien. Le commandement de la seconde colonne fut confié parle général Ramorino au Polonais Grabski, brave soldat, mais à qui manquait l'expérience de ces sortes d'expéditions.
Le gouvernement de Genève ne pouvait ignorer la tentative, et il avait pris des mesures pour la faire avorter. Le contingent était sous les armes ; le bruit du tambour retentissait de toutes parts ^ des gendarme stationnaient aux portes de V Hôtel de la Navigation; les barques des bateliers avaient été saisies. Mais les insurgés furent protégés par les sympathies de la population et même par celles du contingent. En arrêtant les hommes de l'expédition, les officiers versaient des larmes, et ils se hâtaient , de relâcher leurs prisonniers sur l'invitation des citoyens. L'autorité fut donc frappée d'impuissance, et la première colonne commença son mouvement sous d'heureux auspices.
11 n'en fut pas ainsi de la seconde. Deux barques étaient parties de Nyon, l'une portant les hommes, l'autre les armes. Une barque du gouvernement passa entre les deux 5 les armes furent saisies, les hommes arrêtés et conduits sur le territoire génevois.
Alors, soit que le pian primitivement convenu lui parût défectueux, soit que pour l'exécuter il jugeât indispensable la coopération de la colonne de Nyon, le général Ramorino changea tout-à-coup l'itinéraire de la petite troupe placée sous ses ordres. On marcha long-temps vears un but ignoré de tous. Le froid était extrêmement viL Pas un soldat ne paraissait. Composée, les Polonais excités,