CHAPITRE
^chdle et au prix de sacrifices qui en rendaient l eflet plus imposant. Par rapport à la bourgeoisie , c'était une démonstration terrible, mais péremptoire, des vices d'un régime industriel qui, fondé sur un antagonisme de tous les instants^ ne vit que par le perpétuel triomphe du fort sur le faible, et entretient une hostilité flagrante entre Ces deux éléments de la production : le capital et Je travail.
Voilà ce que comprirent parfaitement les chefs de la majorité. 1 ,297 voix sur 2,341 votèrent la suspension des travaux. Et, comme un grand nombre d'ouvriers ne faisaient point partie de l'association, elle envoya dans les divers quartiers de la ville des émissaires chargés de soumettre toute la fabrique lyonnaise au niveau de la loi commune. Quelques ouvriers voulurent résister : on les menaça*. Violence blâmable, et qui donnait à ime cause juste les couleurs de l'injustice! L'interdit avait été prononcé dans la journée du 12 février : deux jours aprè&, vingt mille métiers à Lyon avaient cessé de battre !
Comment peindre la consternation qui, à cette nouvelle, régna dans la ville ! On eût dit que, devant les imaginations frappées d'épouvante, le fantôme sanglant de novembre venait tout-à-ooup de se dresser. Ce n'étaient plus partout que visages inquiets ou menaçants. On s'interrogeait du regard avec anxiété. Sur toutes les poitrines pesait cet air lourd qui annonce l'approche d'un orage. Chaque jour, la place des Terreaux et les environs se couvraient de rassemblements dont l'aspect était moins animé que sombre*, chaque jour, les rues étaient sillonnées d'émigrants. Car, la frayeur les ayant gagnés, plusieurs fabricants avaient coupé court à leurs affaires, fermé leurs
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maisons, et se hâtaient vers la campagne pour y chercher un asile.
D'autres restèrent -, et ceuxJà, loin de prendre Talarme, commencèrent à s'exciter réciproquement à de sauvages^ ardeurs, disant que l'heure d'en finir était Tenue pour eux ^ qu'ils avaient,, depuis novembre, une revanche à prendre, que c'était dans te souvenir d'une déptorable victoire qu'était le germe de l'insolence déployée par les mutuellistes 5 et qu'il était urgent de leur donner enfin une rigoureuse leçon. Tels furent les propres termes dont se servit le Courrier de Lyon, organe passionné de l'aristocratie industrielle de la ville.
Et ces dispositions ne s'accordaient que trop bien avec celles de l'autorité. Le gouvernement n'ignorait pas que ■le parti républicain se livrait alors à un immense travail d'organisation. 11 voyait la Société des Droits de l'Homme s'étendre, s'enhardir, se discipliner, jeter son inévitable réseau jusque sur les villes de second et de tn»sième ordre-, il prévoyait que la promulgation de la loî contre les associations deviendrait le signal d'une résistance qui, se produisant sur tous les points du royaume À la fois, avec ensemble, et sur l'ordre parti de la capitale, mettrait le royaume en feu et la monarchie à deux doigts de sa perte. De là son empressement à courir au-devant d'une crise qui avait tous les caractères de la fatalité. Puisqu' éviter la bataille était impossible, mieux valait la livrer lorsqu'on avait encore le choix des circonstances, du moment, des armes, du terrain. Puisqu'il fallait ou terrasser le parti républicain ou périr sous ses coups, mieux valait l'attaquer au milieu des embarras d'une organisation inaehevée, et avant qu'il eût pris son mot d'ordre dans toute