CHAPITRE T
la France et terminé ses préparatifs. Comme champ de bataille, Lyon convenait beaucoup mieux que Paris au gouvernement, la centralisation ayant donné à Paris le privilège de remporter seul, en temps de révolution, des victoires décisives.
Ainsi, les fabricants et le Pouvoir avaient également in-* .térêt à accélérer le dénoûment : les premiers, pour asseoir d'une manière définitive leur situation et venger leur orgueil humilié ^ te second, pour ôter à ses ennemis le temps de faire leurs dispositions et de régler teur ordre de bataille.
Mais ce que le Pouvoir et les fabricants étaient intéressés à vouloir, les mutuellistes et les républicains devaient le craindre.
Les mutuellistes n'étaient, en général, ni assez instruits, ni assez pénétrés de l'importance des formes politiques, pour appeler de leurs vœux une lutte où ils auraient eu le gouvernement pour ennemi. Que la question du salaire fût résolue en leur faveur, ils ne désiraient rien de plus.
Pour ce qui est de la Société des Droits de l'Homme^ les membres dont elle était composée brûlaient de combattre, et ils ne s'en cachaient pas-, mais les plus intelligente tremblaient qu'on ne les forçât à accepter trop tôt le combat, èt ils voulaient attendre, pour s'armer, d'abord que l'organisation départementale fût achevée, et ensuite que la promulgation de la loi contre les associations vînt généraliser l'attaque .
Les faits prouvèrent que telle était la situation morale des partis en présence. Les mutuellistes firent des ouvertures d'accommodement : elles furent repoussées avec un froid dédain. « Tenez bon, avait-on dit aux fabricants, iL
u faudra bien que les ouvriers cèdent quand la faim les u pressera *, et s'ils en viennent à une révolte, ce sera la «c dernière. Car nous avons sous la main des canons et (c des milliers de baïonnettes. >• Repoussés par les maîtres, les mutuellistes invoquèrent la médiation de Tautorité ; M. Gasparin répondit que le pouvoir n'avait pas charge d'intervenir dans les querelles du monde industriel, les transactions entre le capitaliste et le travailleur devant rester libres. De sorte qu'on osait parler de la liberté des transanctions, au moment mèmeoù l'on s'enreposait, pour la soumission de l'ouvrier, sur le despotisme de la faim !
Alors se passèrent des scènes lamentables» Parmi les ouvriers en soie, il y en eut qui, quoiqu'en état de supnorter le chômage, se lassèrent d'une situation dont ils n'apercevaient que la stérilité présente ; il y en eut qui, trop pauvres pour résister à l'oisiveté, ne purent se résigner à voir autour d'eux leurs femmes éplorées et leurs enfants privés de pain. La division s'introduisit dans la société mutuelliste : les uns demandant qu'on reprit les travaux, les autres s'y opposant*, des rixes s'ensuivirent. Et, sous le regard triomphant des maîtres, les ouvriers allaient épuisant leurs forces dans leurs débats.
Si les chefs du parti républicain, à Lyon, eussent voulu réellement descendre sur la place publique, ils l'eussent fait alors. L'occasion paraissait si favorable ! La Société des Droits de l'Homme^ qui comptait dans ses rangs un assez grand nombre de mutuellistes, n'aurait-elle pas amené l'explosion en poussant au maintien de la suspension des métiers ? Or, elle fit précisément le contraire, et ce fut l'occasion des plus violents orages dans l'intérieur des sections. Excités perfidement par des agents de police