‹ Histoire de dix ans: 1830-40, Volume 4Chapitre 78 sur 140 · CHAPITRE TI · texte numérisé non relu

CHAPITRE TI

Ainsi, la coopération de la France n'était envisagée que comme une éventualité lointaine, subordonnée à des circonstances variables et à des décisions ultérieures qu'il faudrait prendre en commun. Un engagement semblable avait le tort d'être très-vague, et, comme la suite le prouvera, très-compromettant ; mais, en revanche, le nom de M. de Talleyrand avait la gloire de figurer à côté de celui de lord Palmerston, au bas d'un traité décoré d'un titre pompeux!

Cependant Rodil était entré en Portugal vers le milieu du mois d'avril (1834). Le 16 mai, il remporta la victoire d'Asseicerra, que la capitulation d'Evora suivit de près, et qui eut pour conséquence dernière l'embarquement de don Miguel et de don Carlos. Ce dernier serait tombé aux mains des Espagnols sans la protection des Anglais, qui le sauvèrent. Réfugié à Londres, où il trouva dans le parti aristocratique des encouragements et des secours, il ne tarda pas à en sortir furtivement, traversa incognito toute la France, passa les Pyrénées, et, se montrant tout-à-coup à ses partisans étonnés, leur rendit la confiance et l'espoir. Plus menacé que jamais, le gouvernement espagnol dut songer à étendre à l'Espagne le bénéfice du traité delà Quadruple-Alliance. Mais, cette fois, l'Angleterre se montra extrêmement froide et réservée, car il ne s'agissait plus pour elle de protéger un royaume soumis à son influence immédiate. De son côté, le Cabinet di*s Tuileries tremblait de s'engager dans une politique trop aventureuse. Ce ne fut donc pas sans difliculté que M. Martinez de la Rosa obtint de ces deux Puissances des articles additionnels portant : Que la première fournirait à TEspagne des secours en armes et en munitions; et que

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la seconde veillerait à ce que dés secours semblables ne fussent pas envoyés, du territoire français, aux insurgés espagnols

Telle est la véritable histoire du fameux traité de la Quadruple- Alliance. Des hommes qui n'en connaissaient même pas les clauses se prirent à en exagérer Fimporlance jusqu'au ridicule. A les entendre, ce n'était pas moins qu'une vaste et durable confédération des monarchies constitutionnelles dans un but vraiment européen ; un contrepoids venait d'être trouvé à la Sainte-Alliance, à la vieille politique du Continent; l'ère de la diplomatie moderne venait de s'ouvrir.* Si bien que, grâce aux commentaires de quelques gazetiers mal informés, grâce aux hâbleries de quelques diplomates à la suite, des proportions imposantes furent données à un traité de circonstance qui ne réglait que des intérêts passagers, et qui n'avait évidemment ni portée ni avenir. Mais ce qu'il y eut de plus extraordinaire, c'est que M. de Talleyrand atteignit, du coup, aux dernières limites de sa renommée. Dans une œuvre qui était si loin d'être la sienne, on ne manqua pas de voir le résultat de ses profondes méditations, le couronnement des travaux de sa vie diplomatique. Or, on lui avait fait dans la négociation une part si humble, si conforme, en un mot, à sa médiocrité, que Louis-Philippe eut un moment le dessein d'en témoigner son humeur à M. de Miraflores, quand il fut question de décerner aux signataires du traité les dinstinctions honorifiques d'usage!

Au reste, cette alliance anglaise dont on lui attribuait, avec une emphase aussi niaise que mensongère, le mérite

' Voir aux documents historiques, n» 9.

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