CHAPITRE m
Essai de terrorisme mooarchiqae. — État des prisons. — Scènes de violence. — Procès d^Armand Carrel devant la Chancre det pain.
Pour lever le voile suf les intrigues de Cour, nous avons un moment interrompu le récit des actes violents auxquels la dévastation de Lyon avait ouvert carrière. Il faut reprendre au point oh nous Tavons laissé, ce fatal récit.
Depuis le mois d'avril, Lyon était au régime de la terreur. Le pouvoir y avait abandonné e ses agents les plus vils le soin de déshonorer sa victoire. La police y régnait. Quand un gouvernement triomphe et parait tout-puissant, les âmes dégradées courent à Tenvi s'atteler à son char. Alors il arrive que ceux-là mêmes qui, le voyant chanceler, étaient prêts à se déclarer ses ennemis^ deviennent tout-à-coup ses complaisants, les adulateurs de sa force, et se font, avec un emportement féroce, tes ministres de ses vengeances. Cet appui de la bassesse ne manqua pas au parti des victorieux. D'un autre côté, l'esprit militaire venait de recevoir, sur les ruines fumantes de Lyon, une impulsion désastreuse. Parmi les officiers, <iuelques-uns gémissaient à l'écart de la rigueur da devoir
accompli et fuyaient avec noblesse l'occasion de réveiller des souvenirs lamentables -, mais d'autres, épuisant le succès par leur insolence, menaçaient de leur épée les écrivains de rOpposition, traitaient les vaincus de bandits, se pavanaient sur les places publiques et dans les rues, le front haut, l'œil ardent et la bouche pleine d'orgueilleux défis. Il est vrai que, pour entretenir Tanimosité du soldat, rien n'était épargné. La police descendit à des manœuvres sans nom. Souvent, des coups de fusil retentirent dans le silence des nuits-, souvent des tentatives furent faites pour désarmer des sentinelles. Et, le lendemain, les organes du pouvoir ne manquaient pas de dire que c'éta^ient là les dernières et sauvages convulsions de la révolte aux abois. Heureusement, la Providence ne permit point que jusqu'au bout la calomnie décidât de la moralité des partis. Un soir, en se défendant contre un inconnu qui s'était élancé sur lui pour le désarmer, un factionnaire perça l'agresseur de sa baïonnette. L'inconnu fut emporté sanglant. C'était le même à qui Lagrange avait sauvé la vie sur la place des Cordeliers, c'était le misérable qui avait vendu son sauveur ; c'était Corteys, agent de police !
Du reste, l'essai de terrorisme monarchique commencé à Lyon s'était étendu à la France entière. La commission des neuf se montrait implacable. Liberté individuelle, inviolabilité du foyer domestique, tout était foulé aux pieds. Malheur au citoyen dont la maison avait été désignée ! Eii son absence, à quelque heure que ce fût, et sur les plus frivoles indices, sa demeure était envahie par des nuées d'agents. Enfoncer les portes, briser les serrures, forcer les meubles, fouiller dans les papiers de famille, livrerai