CHAPITRE YIII
Fimpure curiosité d'espions grossiers les plus naïfs épanchements de la pensée et les doux secrets du cœur, tout cela n'était qu'un jeu. Â Lyon, à Rouen, à Niort, dans le département de Saône-et-Loire, les visites domiciliaires se firent avec un faste incroyable de violence et d'oppression. Â Paris, on avait signalé à la police la maison d'un citoyen nommé Pichonnier. Lui absent, de^ sergents de ville accourent, et l'on procède aux perquisitions les plus minutieuses. En ce moment, un ami du maître de la maison, M. Mugner, se présente. On l'interroge. 11 répond qu'il est venu rendre visite à son ami. On redouble de questions, et comme il hésite étonné, on se jette sur lui et on le traîne en prison. Il y resta au secret pendant plusieurs jours , en attendant qu'on voulût bien recon- •naitreson innocence. Il avait une femme et deux enfants que son travail nourrissait !
Il serait trop long de citer tous les faits du même genre que nous avons recueillis. Jamais l'arbitraire n'avait â ce point multiplié ses coups. Et que dire du mode suivi pour les arrestations etles translations ! Victimes de conjectures vraies ou fausses, les malheureux contre qui la commission des net^/ lançait la foudre de ses mandats, étaient aussitôt dirigés sur Paris, la chaîne au cou ; et il y en eut qui, plongés dans des cachots, sur une paille humide et infecte, s'y virent /èndamnés au supplice de coucher côte à côte voleur et des assassins. Arrêté à Lyon pour avoÎT^^^lue jamais il ne tournerait ses armes contre les , hommes du peuph^ ses frères, un soldat du 57* fut traîné jusqu'à Périgueux, art taché à la queue d'un cheval. Un PWNn^ ài^^KÈmé dm JQrmts de l'Homme^ M. Poujol, étpit AU IH^mMK^tanai^l^ depuis quelque temps, des
MB msxMME M. m ans.
•aaffhsnoes cruelles, lorsque des agents chargés de socv arrestation se présentèrent. « Je ne réponds pas de la yie de mon malade pendant le transport à la prison, » s^écriante médecin saisi dWroi. Efforts inutiles ! M. Poujol fut conduit à la prison de Roanne, étendu sur un brancard .
On juge de ce que devait être, au plus fort d'une telle réaction et de ses emportements, le régime des prisons. Un détenu politique, vaincu par l'excès de ses* maux, se labsa mourir de faim. Un autre fut tué d'un coup de fusil par un factionnaire, au moment où il s'approchait des barreaux de sa fenêtre pour lire une lettre qu'il venait de 'rece¥oir de sa famille. Quinze jours d'emprisonnemmt, c'est i cela que se réduisit la punition du meurtrier ? En- 4»resî le glaire qui les menaçait n'était pas resté si longtemps jsuspendu sur la têtedes prisonniers ! Ifôisde quelle amertume ne devait pas être gonflé le coeur de ceux qui, certains d'être reconnus innocents quand le jour de la justice se lèvmiit pour eux, étaient réduits, en attendant, à flouflrir toutes 1^ tortures de la plus longue détention pré^mimeqid fût jamais ! Et combien aisément l'amertume devjdt se changer en désespoir chez ceux qui, uniques soutiens de leur famille, pensaient, du fonds de leurs cachots, à un vieux père malade, à une femme exténuée de travail et de veilles, à de pauvres enfants privés de pain ? Il faut que nous citions ui^ lettre qu'écrivait à M. Pasquier, en septembre 1 834, un malheureux ouyrjer nommé Durdan. Elle est digne assurém^d'afoir une place dans l'histoire^ car c'est un chef-d'œuvre d'éloquence vraie et d'indignation contenue : ^
« Monsieur le l^aron, depuis m semaines» je vous aî écrit deux < lettres aaxfucftes vous n'avez pas répondu.... Il y a dnq moîs^
« que je suis en priâOB» eoame préiwwi 4t r iwpl#t i je aai pas « beioiD 41e tous dire qu'il n'y a pai de ebarge-oMtre ohm : vous « le savez bien. Avant mon arrestatm, jna femne el aies «nfants « vivaient de mon travail. Depuis que je suis en prison, ils « manquent de tout. Ils sont tombés rapidement dans la misère « la plus profonde, parce que mes économies sont bien peu de « chose, parce que la femme d'un ouvrier, qui a trois enfants à « soigner, ne peut pas gagner même du pain. Mais tout eela ne « regarde pas la Cour dés pairs et la touche peu. Je le savais bien « et j'étendais sans me platodre. 0 y a six semaines, deux de mes « enlants furent attaqués de la petite vérole. Ma femme, épuisée « par les privations et les fatigues, fut bientôt hors d'état de les « soigner, et tomba malade auprès d'eux. Plongés dans le dénué- « ment le plus affreux, ils n'avaient pas un seul appui. Je vous € écrivis alors. Je vous demandai à sortir une demi-journée pour « leur assurer quelques ressources, pour leur trouver au moins « un protecteur parmi mes amis, vous ne me rendîtes même ff pas.. Que pouvaient vous faire à vous, monsieur le baron, le « désespoir d'un ouvrier, la misère et la ruine de sa famille? Est- « ce que ces gens-là doivent avoir des affections, des familles ? « Le 27 juillet, mon fils mourut ; et la malheureuse mère, sans « secours, sans consefls, ignorant les formalités à remplir, fut trois « jours sans pouvoir le faire enterrer, le restai une semaine sans « recevoir de nouvelles, et ma position devint intolérable quand « je sus que les menus objets du ménage avaient été vendus à (c mesure des besdins. Je vous écrivis de nouveau. Je vous deman- « dais encore à sortir pour vendre mon métier, ma commode et « mon lit : c'est tout ce qui me reste pour empêcher ma femme et « mes filles de mourir de faim. À cette seconde lettre vous n'avez « pas répondu plus qu'à la première. En voici une troisième, le « l'ai faUe aussi modérée que possible. Vous devez vous apercevoir « que je n'ai pas dit tout ce que j'ai sur le cœur. Je ne voudrais « pas vous indisposer contre moi, monsieur le baron, surtout au « moment où je vous demandé une faveur. Je vous demande à « sortir quelques heures, non pas sur parole, vous ne croyez « pas à ces diosfS-là , mais escorté par des gendarmes, pour « assurer un toit et Ju pain à ce qui reste de ma fanriiir. Je ne
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« sais ce que tous déciderez, monsieur le baron, mais je sais que R rien ne pourra changer les sentiments que je tous ai voués, t Sainte-Pélagie. Septembre 1834.
« DuRDÀN, ouvrier paêsemenlier. »
Dans une société régie par des institutions philosophiques, nul doute que remploi du geôlier ne dût être honoré à régal des fonctions les plus respectables , et qu^on ne dût appeler à le remplir des hommes d^un noble caractère et d'une vertu éprouvée. Car quels trésors de modération, de dignité, de fermeté calme et de tolérance, n'exige pas l'exercice d'une fonction qui consiste à veiller sur des esprits chagrins ou ulcérés, et à contenir dans de justes bornes le regret de la liberté perdue? Mais dans la société telle que l'avait faite le gouvernement de la bourgeoisie, la peine n'était pas seulement une affaire de sécurité, c'était une affaire de vengeance. Aussi n'employait-on, en général, au service des prisons, que des êtres durs, sans éducation, sans pitié, accoutumés à ne voir dans un prisonnier qu'un ennemi, et mettant volontiers leur amourpropre à outrer la haine.
Nous devons toutefois à la vérité de reconnaître que ce ne fut guère que pendant les premiers jours de la réaction qu'on parut se plaire à appesantir sur les détenus politiques de Sainte-Pélagie le fardeau de la captivité. L'ordre qui condamnait les plus compromis à l'effroyable supplice du secret^ une fois levé, le séjour de la prison devint, pour tous , fort tolérable. Le directeur de Sainte-Pélagie , M. Prat , était un homme qui semblait tenir en réserve pour les prisonniers ordinaires tout ce qu'il y avait en lui de finesse, de sévérité, et qui ne manquait, à l'égard des prisonniers politiques, ni de laissez-aller ni d'indulgence.
GHAnTMC Tlll.
On l'effirayait aisément en lui montrant Témeute en perspective ; car rappel aux baïonnettes lui répugnait. D'ailleurs, il subissait Tascendant de certains détenus; et M. Armand Marrast, entre autres, avait pris sur lui un empire dont rien n'égalait le spirituel et plaisant despotisme. M. Gisquet lui-même, quoique préfet de police, n'était pas sans adoucir, quand l'occasion s'en présentait, le sort des détenus. Ceux d'entre eux qui avaient besoin pour des affaires urgentes de quelques heures de liberté, obtinrent de lui, plus d'une fois, la permission de sortir sans escorte ; et toutes les lettres adressées à des personnages considérables ne restèrent pas sans réponse, comme celle que nous avons citée plus haut.
Malheureusement, la modération des agents supérieurs disparaissait souvent, pour ne laisser place qu'à la brutalité des subalternes, et les prisonniers étaient alors victimes des traitements les plus odieux. Souvent aussi , pour des fautes très-légères , on infligeait aux prisonniers des punitions vraiment barbares. Onze jeunes gens, dont le plus âgé n'avait pas encore atteint sa vingtième année, furent un jour transférée de la prison de Sainte-Pélagie à celle de la Force pour avoir violé la défense qui leur interdisait le chant dans la cour du bâtiment neuf. Or, comme leurs camarades le firent remarquer dans une lettre rendue publique, jeter ces enfants dans la prison de la Force, c'était les pousser dans une école de crime et de prostitution *, c'était leur donner pour compagnons de chambrée des assassins, des voleurs, des êtres immondes -, c'était les exposer à des propositions infâmes , presque toujours appuyées par la violence.
Un second ordre de transfèrement donné vers la fin du
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mois de wptembre proroqua des scènes rèvoittnte». Quelques, prisonniers ayant été réintégrés de la Force à Sainte- Pélagie, leur retoùr avait excité- dans cette dernière prison une joie mêlée de turbulence. On s'était promené bras dessus bras dessous en chantant la Marâeillaise; le soir venu, on avait allumé dans chaque cour des poignées de paille et on s'était mis à danser autour des feux ; enfin, l'agitatMm continuant le lend^nain , on avait forcé les deux guichets qui, de la cour du milieu, conduisent dans^ celle de la Dette et dans celle du bâtiment neuf. Un tel désordre pouvait être réprimé ; mais, outre qu'il ne s'y mêlait aucune idée de révolte , l'autorité sablait s'y être^ associée elle-même en accordant la veille aux prisonniersle droit de rester libres jusqu'à dix heures du soir, et en décidant, sur leur demande, que, pendant la nuit, les portes des corridors resteraient fermées. Quel fut donc rétonnementdes détenus lorsque, réunis le matin dans la cour du milieu, où ils se promenaient paisiblement, ils entendirent tout-à-coup un cri d'alerté, et aperçurent des officiers de police, des serments de ville et des gardes municipaux qui venaient se ranger en bataille devant eux î La résistance eût-elle été possible, personne n'y songeait. Mais cette apparition de baïonnettes ne faisait qu'annoncer l'ordre de transfèrement et la présence de l'inspecteur Olivier Dufresne. En vain M. Guinard essaya-t-il de demander, au nom de ses camarades, quelques explications. L'ordre fatal ne tarda pas à être donné et devint le signal de brutalités inouïes. Seul en face des exécuteurs de la police, chaque prisonnier est arraché de sa cellule, meiirtri de coups, précipité dans les escaliers, et poussé dans la eour à coups de crosse ou de bâton. Indigné, M. Guinard
aviit diéclaré qu'il n'ouvrirait sa porte qu'au directeur : la porte est enfoncée. Plusieurs agents de yille fondent sur le prisonnier en écumant de rage. Protégé par sa vigueur et son intrépidité, il résiste long-temps ; mais enfin, accablé par le nombre, il est terrassé, chargé de liens et porté dans un fiacre qui l'atteadait au sortir de la prison. Parmi ses compagnons, les uns sont saisis par les cbeveuiL, les autres poursuivis à la baïonnette. Toute la prison retentit de ce cri : A l'assassin ! M. Landolphe était retenu au lit, d^is deux mois, par une maladie grave. On l'arrache de son lit et on le force à traverser la cour, pâle, décharné, les vêtements en lambeaux, le sang lui sortant des narines et delà bouche. A cette vue, le compagnon de captivité de M. Landolphe et son médecin, M. Berrier-Fontaine, court au commissaire Lenoir : « Monsieur, voulez-vous « donc vous rendre responsable d'un assassinat? Landol- « phe n'est pas en état de supporter le transfert : moi, « médecin, je vous le déclare. » M. Landolphe n'en fut pas moins transféré, et M. Berrier-Fontaine eut le même sort pour avoir voulu protéger son malade.
11 était hnpossible que de pareilles scènes demeurassent ensevelies dans Tombre des prisons. Livrées à la publicité, sans toute l'horreur de leurs détails, elles ajoutaient à la fermentation des esprits, donnaient lieu à des commentaires enflammés, quelquefois i des exagérations systématiques -, et tous les partis apprenaint ainsi à devenir implacables. Il n'y a donc pas lieu de s'étonner qu'à cette époque le langage de la presse républicaine se soit emporté jusqu'à l'invective.
Un coup d'État avait^ après les événements d'avril^ supprimé le journal la Tribune; et le NoUomI avait été en
butte, depuis, à des persécutions sans nombre. Quatre de ses gérants, parmi lesquels Armand Carrol, s'étaient vus successivement frappés dans leur liberté. Et cependant, loin de faiblir, le National prenait une attitude plus menaçante de jour en jour. Le 10 décembre (1834) il publiait, au sujet de la compétence de la Cx)ur des pairs, l'article suivant :
<( 11 y aurait un beau chapitre à faire sur les raisons qui defaieut déterminer T incompétence de la Chambre des pairs à Tegard « des prévenus d'avril. Ces raisons seraient tirées surtout du res- « sentiment présumé que doit nourrir contre Topinion à la- « quelle appartiennent les prévenus d'avril, tous hommes de juil- « let, une Chambre que la révolution de juillet a traitée elle-même « en prévenue ; qu'elle a dépouillée de son hérédité, privée de « ses plus importantes prérogatives ; qu'elle a traduite à la barre « de la démocratie ; qu'elle en a renvoyée à demi-convaincue « de complicité avec la Restauration, et qu'elle fait trembler « tous les jours encore en lui redemandant le maréchal Ney, ju- R ridiquement assassiné par ses émigrés, ses hommes de Gand, « et ses renégats de la révolution, parvenus de Tordre militaire et « civil.
«r Non, aux yeux de l'éternelle justice, aux yeux de la postérité > n au témoignage de leur propre conscience, les vieux sénateurs de « Bonaparte, ses maréchaux tarés, les procureurs-généraux, les (i anoblis de la Restauration, ses trois ou quatre générations de « ministres tombés sous la haine et le mépris public et couverts « de notre sang, tout cela rajeuni de quelques notabilités jetées « là par la royauté du 7 août, à la condition de n'y jamais parler n que pour approuver, tout cet ensemble de servilités d'origines « si diverses n'est pas compétent à prononcer sur la culpabilité a d'hommes accusés d'avoir voulu forcer les conséquences de la f révolution de juillet. Tel n'a pas été le sentiment de la commisn sion de la Chambre des pairs chargée de présenter le rapport «c dont nous avons déjà publié plusieurs extraits plus étonnants
CBAPlTftE Vni.
les uns que les autres. Le chapitre par lequel nous allons tcr- « miner nos citations a pour obfet «rétablir la compétence de la «f Chambre. On attribue ce travail à M. Porlalis, ancien ministre • de la résistance sous Charles X. Nous demanderons permission « à M. Portalis d'en rougir pour lui. ( Suit l'extrait du rap- « port.)
« On pense bien que nous ne pouvons pas laisser passer ce ramas n d'hérésies constitutionnelles, de violations de tous les principes « de droit criminel admis chez les peuples civilisés, ces sophismes <c niais, ces vieilleries de Justice prévotale, ces àneries de Bridoi- <c son, conseiller de chambre étoilée, sans les accabler de Fincx- <r primable dégoût que tous les cœurs honnêtes, que tous les « esprits éclairés, éprouveront à une telle lecture. 11 n*est pas « besoin d'indiquer l'objection de sens commun, de vérité, de ff pudeur, qui natl à chaque phrase de cette indigne rapsodie. <^ Mais l'étendue de ce document qui caractérise si bien Tabjccte « apostasie appelée pompeusement à la tribune législative système K de résistance, nous oblige à renvoyer nos observations à un proie chain numéro. Nous ne disons ici que notre impression pre- « mière, et nous la mettrons de c6té pour introduire dans la plus « pénible, la plus irritante des réfutations, le calme qu'il ne faut « jamais perdre, même en face de la plus basse iniquité. »
Cet article était injurieux à Texcès et sortait même par là des habitudes littéraires du National. La Chambre des pairs s'en offensa, et, sur la proposition de M. Philippe de Ségùr, vainement repoussée par MM. du Bouchage, Lanjuinais, Pontécoulant et Ëxcelmans, elle traduisit le journal à sa barre, dans la personne du gérant, M. Rouen. M. Rouen ayant aussitôt demandé à être assisté dans sa défense par Armand Carrel, alors prisonnier, l'autorisation qu'il réclamait lui fut accordée ; et le 15 décembre, ils parurent Tun et l'autre devant la Chambre des pairs.
M. Rouen ne prononça que quelques paroles, pleines,
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d'aîHeOTs, de modération et de noblesse. Puis Armand Carrel se leva. Sa physionomie trahissait tout ce qu'il y avait d'émotion dans ses pensées, et sa contenance exprimait une sorte d'urbanité virile et légèrement dédaigneuse. Il commença en ces termes : n Je ne sais, Mesu sieurs les pairs, si Vous vous étonnez d'être nos a juges *, nous nous demandons, quant à nous, par quel w renversement de principes, par quelle suite de change- « ments inaperçus nous sommes devenus vos justi- (( ciables. . . . . Qu'il soit resté dans un coin obscur du code (( de la presse, sans que personne s'en doutât, l'attribution (( si tentante pour les deux Chambres de se faire justice « elles-mêmes des écarts d'une discussion libre, nous ne a le nions pas. Oui, cela est écrit, comme sont écrites « quarante mille lois de vengeance par lesquelles les partis (( se sont décimés les uns les autres pendant vingt ans, « et qu'on n'a pas cru devoir nommément abolir, parce « qu'on pensait qu'elles n'oseraient plus affronter les re- « gards d'une nation policée et libre. Nous ne pouvons « reprocher qu'à nous-mêmes, hommes de la révolution (( de juillet, l'oubli qui a laissé aux pouvoirs nouveaux de (( telles armes. Nous apprenons à nos dépens que la liberté « ne se défend pas par les mœurs de la paix et par l'opi- « nion publique, si avancée qu'elle soit, mais par la clarté, K la force, la parfaite harmonie des garanties qu'on a su « obtenir avant de déposer les armes.
<( La révolution de juillet a été fort louée d e son extrême (( mansuétude, et ce n'est pas nous qui l'en blâmerons -, (( car si nous lui avons imprimé l'audace au moment de « la lutte, nous lui avons aussi prêché l'humanité. Mais <( la postérité lui reprochera son incroyable ingénuité de
^( confiance. À peine éUit-^e sauvée de ia baïonnette des <c Snisses, qu'elle tombait dans la mésalliance qui Tétonfie <( aujourd'hui. Nous avons eu notre part dans ces fautes 4( du courage inexpérimenté et nous en portons la peine. « C'est que la Restauration ne nous avait formés qu'à la « haine, et la nature demi-théocratique de ses moyens <( d'oppression nous avait confinés dans les redites de <c l'incrédulité voltairienne. C'était presque-là toute notre « éducation libérale -, nous avions des haines plébéiennes <i et philosophiques , presque point d'opinions politiques (( arrêtées ^ nous savions comment on peut reconquérir « la liberté perdue, nous ne savions pas assez comment (( on se préserve de la perdre de nouveau ; aussi ne nous (( reste-t-il de nos conquêtes de juillet qu'un emblème, le <( drapeau tricolore, qu'un mot, la souveraineté nationale, <( et un immortel exemple à nous rappeler pour ne déses- (( pérer jamais d'une grande et sainte cause.
tt Imprudents et jeunes que nous étions le lendemain de « la victoire! Nous avions les yeux fixés devant nous, et <( nous ne songions pas à garantir notre poiiit de départ *, <( nous nous avancions à la conquête de réformes nou- « velles , nous nous précipitions à la découverte d'un « avenir glorieux et inconnu, et lorsqu'on nous signalait (c les doctrines et les hommes de la Restauration sortant a de la boue sanglante dans laquelle nous les avions en- (( sevelis et se reformant en bataillons sur nos derrières, « nous haussions les épaules de pitié. Quand on nous « montrait les archives de police, le grimoire procédurier <( des vieux parlements, les décrets du comité de salut « public et d'inquisition impériale, sur lesquels travaille laient jour et nuit les légistes du nouvel ordre de choses ;
HlSTOUm OB UX ARS.
« quand on nous disait : Il y a dans cette montagne de « paperasses de quoi étouffer toutes les libertés du genre K humain, tous les droits de la pensée, toutes les géné- « reuses inspirations du cœur, nous n'avions qu'une ré- K ponse, réponse juste d'abord, mais devenue triviale à <c force d'avoir été démentie par les faits, nous disions : (( Ils n'oseront pas ! .... le peuple n'a pas donné sa dé- « mission^ l'opinion publique est éveillée^ la révolution
« de juillet n'est pas si ancienne : \h n'oseront pas !
« Ils ont osé ! car le génie praticien est assuré de cor- « rompre tout ce qu'il touche, "^de découvrir, quand il w lui plaît, contre chaque droit du pays, un droit du gou- K vernement plus ancien et plus imprescriptible. C'est K ainsi que nous avons vu l'état de siège dans Paris, les (( écrivains politiques livrés à la juridiction des sergents K d'infanterie, la liberté individuelle adjugée aux caprices « du dernier des agents de la force publique, la sainteté « du domicile universellement violée d'abord, puis en- K sanglantée , le secret des correspondances devenu la « matière première du réquisitoire, l'association, le prince cipe d'union, de mutuelle protection entre tous les K citoyens d'une môme classe ou d'une môme opinion K politique, devenu crime de haute trahison contre l'État ; « c'est ainsi que nous nous sommes vus nous-mêmes dé- (( pouillés de nos droits d'écrivains et de citoyens, frappés M dans notre liberté et dans notre fortune, pour avoir K voulu conserver l'existence du journal d'où partit le « premier appel en faveur de la dynastie d'Orléans. . . (j'en « demande pardon pour mon compte à la liberté et à mon « pays).... »
Passant aux injures récentes dont la Chambre des pairs