CHAPITRE I. S
n'eut pas lieu, cependant, grâce à la fermeté de M. de Choulot 5 mais il eut à soutenir, de la part du général, et surtout de la part-de l'aide-de-camp, des reproches d'une extrême vivacité. Il s'en émut faiblement et regagna Paris en toute hâte , impatient de réaliser son projet. Il avait bien vu, dès son entrée à Blaye, que faire évader la duchesse de Berri, soit par force, soit par artifice, était absolument impossible, à moins que Louis-Philippe ne consentit lui-même à y prêter les mains secrètement. Son premier soin, à Paris, fut donc d'écrire au roi qu'il rapportait de Blaye la pensée de la princesse et qu'il sollicitait une audience: Il l'obtint aussitôt et fut reçu aux Tuileries dans le cabinet du baron Fain. Mais sur le point de voir M. de Choulot face à face, le roi avait subitement changé de résolution. Soit embarras, soit frayeur, il n'osait paraître au rendez-vous assigné. M. de Choulot attendit long- temps avec une visible impatience. Pressé par lui, le baron Fain sort pour aller prévenir le monarque, et revient proposer à M. de Choulot de l'introduire auprès de la reine. Celui-ci refuse, et, sur de nouvelles instances, Louis-Philippe se décide enfin à affronter une entrevue qui aurait dû être pour lui si pleine d'émotions. M. de Choulot commença sur un ton respectueux et calme, mais, s'animant peu à peu, il déclara au roi que l'homme qu'il voyait devant lui était lié à la branche aînée parades sentiments indestructibles d'amour et de fidélité, « C'est « là, répondit le roi, un langage que peut entendre un « monarque citoyen. >» M. de Choulot tenait entre ses mains, en parlant, des cannes qu'il avait coutume de porter pour se soutenir, depuis une chute qu'il avait faite à la chasse. 11 remarqua que le roi fixait sur ces cannes un iv. 3
UiSTOlllE M MX ANS.
regard qui trahissait d^étranges alames, et il se désama en sonriant. Revenant alors au sujet de sa visite, il ex|W6a au roi de quel intérêt il était pour lui de ne pas laisser la duchesse de Berri dans une situation de nature à avoir des suites terribles ^ il lui peignit la princesse succombant i des maux dont la cause , ignorée de i'£urope, s'associerait aux plus noirs soupçons. Louis-Philippe ne parut pas inaccessible aux craintes qu'on cherchait à éveiller dans son âme ; il reconnut que la duchesse de Berri venant à mourir en prison, on pourrait tirer contre lui de ce fatal événement le même parti qu'on avait tiré de la mort du due de Bourboh. Mais se prêter à l'évasion de la duchesse lui paraissait contraire aux plus chars intérêts de sa race. « ti faut, dit-îi à plusieurs reprises^ il iaut des garanties « Â Mon gouvemeoaent. 11 se tDootra néamnoins disposé à laisser agir M. de Choolot sans mettre obstade à ses desseins. Seulemei^ il lui demaada de rester k Faris pendant qudques jours et d'attendre. Durant tout la cours de cet raUretien, une pensée avait manifestement dominé le roi : le souvenir du due de Bourbon^ dont il avait en quelqii» isorte devant lui le représentant. Aussi, revint-il souvent sur les accusations dont la mort de ce prince avait fourni le texte aux passions de parti. Us'éeria même : « Eh, mon Dieu! cette malheureuse succès- K sion, nous n'én avons pas encore touché un sou! )»
M. de Choulot crut, d'après la conclusion de l'entreme qui vient d'être racontée, qu'il convenait d'attendre. Il ne te doutait pas que le retard paralyserait les eSbrts de son dévoûmeatM
ftira ne fut changé, en effet, aux mesures dont la * Oft àsMire qae M. ét Cbealot tse propoee de pij^fier ce qui s'est passé ea
sévérité avait » cruellement pesé jusqu'alors sur la duchesse de Berri. Isolée, inquiète, troublée intérieurement des rumeurs de son parti, dont il lui semblait quelquefois entendre comme un écho lointain, elle désirait qu'on lui donnât pour conseils M. Hennequin et M. de Chateaubriand : elle en fit la demande ^ . On parut disposé à satisfaire k ses désirs, mais on y mit pour condition qu'elle Ht prendre à ces Messieui^ l'engagement d'affirmer sa grossesse. C'était lui imposer une loi aussi dure qu'inconvenante : die refusa de s'y soumettre ; et sa demande, transmise à Paris par le télégraphe, fut rejetée. En même temps on chargeait le général Bugeaud de lui faire connaître certaines particularités tendant à lui rendre son parti odieux. Ce parti, disait une dépèche ministérielle qu'on eut soin de lui OHnmuiiiquer le 1 8 avril, la sacrifiait indignement ^ les légitimistes désiraient sa mort, pour s'en faire contre le pouvoir un moyen de calomnie ^ vivante, elle n'était
cette occasion plus complètement que ne nous a permis de le faire une discrétion dont cous avons dû respecter les motifs.
• Voici la lettre qu'elle écrivit, à ce sujet, au général Bugeaud : € J'ai voulu réfléchir pendant plusieurs jours, M. le généra], à nos « diverses conversations. Je me suis convaiDCue que» malgré mon vif ^tésir ft de ma mise en liberté, je ne pouvais me décider à faire au gouvernement « aucune proposition sans m'étre consultée avec quelques-uns de mes « amis : je me réduirai à deux ; mais bien entendu, j'aurai la possibilité de
< les voir sans témoins. Si le ministre y consent, j'écrirai à M. le vlooœli
< de Chateaubriand et à IL Hennequin, pour leur demander de se rendre « près de moi à Blaye. J'ai tout lieu d'espérer que les propositions que je € serai dans le cas de leur soumettre auront leur approbation. Le gouver-
< nement, dans cette hypothèse, en recevrait communicatioii. Je vous prie € de faire connaître mon désir au président du conseil. Ma demande vous € prouvera, général, que j'ai su apprécier vos bonnes intentions à mon
< égard. Je ne cesserai de vous en conserver une véritable reconnaissance.
« Marie-Garolihe. 9
plus pour eux qu'un embarras -, des lettres venues de Prague annonçaient que tout le monde y était déchaîné contre elle, et qu'au rang de ses ennemis les plus implacables figuraient M. de Blacas et Tabbé deLatil.
Ces confidences, pleines d'artifice, avaient un but manifeste. En montrant à la duchesse deBerri que ses partisans l'abandonnaient, que sa famille même s'armait contre elle, on espérait l'amener par le désespoir à permettre que sa grossesse fût constatée -, que risquait-elle à mécontenter un parti dont on exagérait sî habilement à ses yeux l'ingratitude? Mais on ne put vaincre sa répugnance. MM. Orfila et Auvity lui avaient été envoyés pour la seconde fois avec MM. Ândral fils et Fouquier : elle ne voulut pas les recevoir. M. Dubois, qui habitait Blaye depuis six semaines dans l'espoir de se faire admettre, M. Dubois lui écrivit en vain une lettre présque suppliante. « Malheur à lui s'il ose paraître devant moi ! » s'écria-t-elle d'un air qui respirait la menace. Car elle éprouvait pour M. Dubois une sorte d'horreur qu'elle ne prenait aucun soin de dissimuler.
Pour dompter l'obstination de la prisonnière, le gouvernement n'avait rien négligé : M. Auvity était allé jusqu'à presser M. de Mesnard d'employer son crédit auprès d'elle pour la faire consentir à une constatation dont sa mise en liberté serait le prix. Toutes les tentatives ayant échoué, et la princesse préférant à la honte de céder le malheur d'accoucher dans la citadelle, on ne songea plus qu'aux moyens de rendre inévitable l'appareil dont on se proposait d'entourer son accouchement. Mais ne préviendrait-elle pas les solennités formidables auxquelles on la condamnait, en se faisant avorter? C'est