DE LA PREMIÈRE EDITION. I
V obscénité, ou n'y touche qu'avec réserve : il a donc contribué de ses propres efforts à rendre votre traduction moins oseuse, et, par conséquent, moins difficile, mais quels autres obstacles n'a-t-il pas opposés à votre courage dans la lutte périlleuse que vous tentie\ contre lui! Quevedo, que l'Espagne rapproche trop de Cervantes, et que nous faisons descendre trop près de Scarron, est un écrivain tout à fait à part. C'est un homme du monde d'un génie excentrique, dédaigneux, narquois, qui paroit merveilleusement organisé pour l'observation, mais qu'un instinct particulier à son caractère, et probablement développé par ses habitudes , porte à n'envisager les personnes et les choses que sous le point de vue grotesque. Son style, c'est lui-même, partout évaporé, vagabond , entreprenant ; souvent éblouissant de brillantes lueurs, de vives étincelles, de traits inattendus qui se traduisent sous laplume ivre en folles hyperboles et en burlesques fantaisies, saillies fougueuses et désordonnées comme la verve qui s'allume; plus souvent encore, traînant, fatigué, presque lâche, vivant de redites au lieu d'inspirations, ne s' échauffant qu'aux dépens des souvenirs d'une gaieté qui s'use, et pâlissant peu à peu comme la verve qui s'éteint. Voilà ce qu'il f al loit sentir ; voilà, chose bien autrement dangereuse à essayer, ce qu'il falloit faire sentir au lecteur francois, pour lui donner une idée complètement satisfaisante