‹ Histoire de Don Pablo de SégovieChapitre 52 sur 67 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

1. Page 82. — Juanelo, savant mathématicien et habile architecte, est le constructeur d'une fameuse machine qui élevait les eaux du Tage à Tolède, et dont on admire encore aujourd'hui les ruines magnifiques.

2. Page 83. — Quevedo n'aime pas plus les médecins que Molière ne les aima; il ne se fait faute nulle part d'un coup de patte à leur adresse.— » Un homme, dit-il dans une de ses visions (El alguacil alguacilado), un homme futamené devant le tribunal de Pluton et accusé de plusieurs homicides; on l'enferma avec les médecins. » — « Quiconque a été mon élève, dit ailleurs un maître d'armes, ne manque jamais de tuer son homme. On pourrait très-convenablement m'appeler Galien , puisque j'enseigne l'art de donner la mort. »

3. Page 84. — Ceci s'adresse à un écrivain espagnol nommé Estrella, auteur d'un livre intitulé les Grandeurs des armes. C'est en même temps une critique

dirigée contre tous ceux qui prétendent donner la théorie d'un art qu'on ne doit enseigner et apprendre que par une pratique continuelle.

4. Page 85. — Le génie littéraire espagnol a introduit dans tous les écrits des seizième et dix-septième siècles deux caractères remarquables entre tous et d'une grande originalité : la duègne et le spadassin. Chaque écrivain les a mis en scène, chacun les a développés et s'est complu à ajouter quelques coups de crayon aux figures si habilement esquissées par ses devanciers. Ces deux caractères sont arrivés jusqu'à nous avec toute la perfection d'une œuvre vingt fois retouchée; rien n'y manque, pas plus qu'aux portraits sublimes de Velazquez et de Murillo.

Les sentiments dominants du caractère castillan des temps héroïques étaient l'esprit chevaleresque, héritage légué par les Maures aux descendants des Goths, un noble orgueil, une force redoutable, une bravoure à toute épreuve. De ces sentiments réunis ont été formés les beaux caractères du Cid, de Fernand Gonzalès, de Bernardo del Carpió. Il ne faut pas chercher l'origine du spadassin ailleurs que dans ces grandes figures. Avec les mêmes paroles, les mêmes armes, la même allure, il en est la copie maladroite, la ridicule parodie. Le noble orgueil est devenu chez lui une sotte vanité, la franche bravoure une audace sans résultat, une bravade sans effet. C'est que, pour contenir de tels sentiments, il fallait de grandes âmes ; pour soutenir ces lourdes cuirasses, il fallait de larges poitrines ; pour manier ces massives épées, il fallait des bras vigoureux. A mesure que les siècles ont marché, les proportions humaines se sont rapetissées, et sentiments comme armures, rien de tout cela, à peu d'exceptions près, neva plus à notre taille.

Vaniteux avant tout, fier de toutes ces grandes gloires des temps passés dont il prétend avoir sa part par droit héréditaire, le valiente Castillan s'est cru la puissance d'essayer aussi de grandes choses ; il a saisi la Tisona du Cid et l'a laissé retomber à terre ; il a pris ses cuirasses toutes meurtries et s'est perdu au milieu d'elles comme

Sancho entre ses deux pavois; il lui restait les grandes paroles du Campeado?-, et sortant d'un si petit corps, d'une gorge si exiguë, ces grandes paroles sont devenues ridicules. Sans s'apercevoir de tout cela, il s'est posé fièrement, la jambe en avant, le poing sur la hanche, le chapeau sur l'oreille, la moustache menaçante à défaut du poignard ; et il s'est cru, comme certain soldat que rencontre Pablo, bien plus grand que Ruy Dias, que Bernardo, que Garcia Paredes et tant d'autres. Il a mieux fait que de le croire, il l'a dit; car force, noblesse, fierté, bravoure, la parole chez lui remplace et résume tout cela.

Centurion, le spadassin de la Célestine, le premier roman et le premier drame de la vieille littérature espagnole, Centurion est la plus ancienne esquisse que nous connaissions de ce singulier caractère. Son épée est la plus redoutable des épées présentes et passées; elle peuple les cimetières, elle fait la fortune des chirurgiens, elle brise les armures, les cottes de mailles les plus fines, et donne sans cesse de la besogne aux armuriers. Boucliers de Barcelone, morions de Calatayud, casques d'Almanzan, rien ne lui résiste quand elle est conduite par le bras de son maître. Centurion tue de toutes les manières, ses clients peuvent choisir dans un répertoire de sept cent soixante-dix espèces de mort qui toutes lui sont familières; il lui est même arrivé quelquefois de tuer à coups de bâton pour laisser reposer son épée; mais qu'on ne lui demande pas de châtier seulement, il jure par le saint corps des litanies qu'il n'est pas plus possible à son bras droit de frapper sans tuer, qu'au soleil d'interrompre ses courses accoutumées dans le ciel.

Centurion n'est que paroles. On le prend au mot, on le met à Fœuvre, il fuit.

— Qu'importe qu'ils soient tous contre moi, si c'est moi qui me défends! » dit Garcès, le soldat fanfaron d'une comédie de Calderón.

— « Vrai Dieu! ceci est magnifique, dit le bravache d'un célèbre sonnet de Cervantes, et qui dirait le contraire en a menti. — Et tout aussitôt, ajoute Cervantès,

sans plus attendre, il enfonce son chapeau, cherche la garde de son épée, regarde de travers, s'en va... et il n'y eut rien. »

La verve comique et originale deQuevedo s'est complue à ce sujet toujours neuf et toujours fertile; il a semé de spadassins, d'alguazils et de maîtres d'escrime toutes ses œuvres facétieuses. Nos lecteurs en rencontreront sous toutes les formes dans l'histoire de don Pablo. Au milieu de la réunion de portraits bizarres et de piquantes ébauches dont notre auteur a composé ce livre, le portrait du spadassin est le plus piquant et le plus original.

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