PROLOGUE
Jupiter, devenu de fiel, criait à s'égosiller: il injuriait la terre; quant au ciel, cela ne prenait plus. Il fit un jour donner ordre aux dieux de venir en toute hâte au conseil.
En tête accourut Mars, le Don Quichotte des déités, avec ses armes, morion en tête, les insignes de garde champêtre et l'aspect fanfaron1. A son côté Bacchus, le glouton de céans, coiffé de pampres, le regard avinée la bouche en pressoir barbouillée de marc, la parole bue3, la démarche entortillée, et tout le cerveau en puissance de jus de raisin. Plus loin, les jambes dépareillées, clopait Saturne 4, le dieu croquemitaine et pétrivore, qui ne fit qu'une bouchée de ses enfants; puis Neptune, le dieu humide, trempé comme une soupe, avec sa mâchoire de vieille pour sceptre, — c'est en langue vulgaire un trident, — vêtu d'algues et de varechs, sentant le vendredi et vigile, transformant en boue avec ses cascades les cendres de son collègue Pluton, le dieu donné à tous les diables. Pluton était fardé de suie et de résine, parfumé de soufre, de salpêtre, et ses vêtements étaient tellement sombres que tout l'éclat de son voisin ne pouvait y mettre un peu de jour5. Ce voisin c'était le Soleil, avec son visage de cuivre jaune et sa barbe d'oripeau ; la planète vermeille, l'astre errant, l'ami des barbiers et des guitaristes, le sertisseur et l'enfiîeur de jours, d'années et de siècles.
Quand Vénus accourut, les cercles et les coîures s'é-