‹ Histoire de Don Pablo de SégovieChapitre 7 sur 67 · PROLOGUE · texte numérisé non relu

PROLOGUE

cartèrent pour faire place à la roue de son vertugadin; ses jupons inondèrent les cinq zones. Pressée par les cris de Jupiter, elle ne s'était fardé que la moitié du visage, et le chignon qui lui encasquait la tête était à peine ajusté. Après elle venait la Lune, avec son visage en côte de melon, l'astre en monnaie roanée, la lumière au détail, la rôdeuse de nuit, la haine des lanternes; puis, tumultueusement, le dieu Pan, à la tête de deux troupeaux de faunes et de satyres à peaux de chèvres et à jambes de bœufs. Le ciel était bouillonnant de Mânes, de Lémures, de Lares, de Pénates, et d'une foule de petites divinités.

Les dieux prirent place sur des sièges, les déesses s'accroupirent tous portèrent leurs regards vers Jupiter avec une respectueuse attention.

Mars se leva avec un bruit de poêles et de casseroles et un air bravache : « Par ta figue, dit-il, ô grand Coesre qui foules aux pieds le firmament, ouvre cette bouche et jase; on croirait que tu roupilles. »

Jupiter, dont ce langage trop familier agaçait les oreilles, maniait convulsivement sa foudre, qui jetait des étincelles; or, on était en été : le monde rôtissait; il eût bien mieux valu que le maître des dieux se donnât de l'air avec un éventail. Faisant la grosse voix :

« Rengainez, dit-il à Mars. Qu'on appelle Mercure!»

En moins que rien, celui-ci, avec sa baguette d'escamoteur, son bonnet en champignon garni d'ailes de pigeon, se plaça en voltigeant devant le maître.

« Dieu-tièche, lui dit Jupin, descends vers le monde, et amène ici la Fortune, la gardienne de ces nabots. »

Le brouillon de l'Olympe, chaussant deux ailerons en guise d'éperons, disparut si rapidement, sans être vu ni entendu, que partir et revenir ce fut tout un.

Il rentra comme un conducteur d'aveugle, guidant la Fortune qui, d'une main, tenait un bâton pour tâter son chemin, et de l'autre menait en laisse un petit chien. Elle avait pour chaussure une boule, sur laquelle elle se tenait de la pointe des pieds; cette boule servait de moyeu à une roue ornée de rubans, de tresses, de cordes, de cordons, qui, à chaque tour, se nouaient et se dé-

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