‹ Histoire de Don Quichotte de la Manche (volume 2)Chapitre 1 sur 191 · CHAPITRE XlVIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XlVIII

De la nouvelle et agréable aventure qui arriva au curé et au barbier^

dans la montagne Noire.

Ça été sans doute un très-héureux siècle, que celui qui a donné naissance à l'incomparable et trè&^hardi chevalier don Quichotte de la Manche, puisqu*en le mettant au monde, avec ïé généreux dessein de ressusciter la chevalerie errante, qui était non-seulement négligée, mais encore abandonnée et perdue , il est cause que

nous jouissons dans ce misérable siècle de Fagréable lecture de sa très-véritable histoire , et en même temps de plusieurs nouvelles dont elle est enrichie, et qui n'ont pas moins d'art et d'agre'ment que l'histoire même.

Nous avons dit que le curé, voulant donner de la consolation à Cardenîo-, en fut empêché par une. voix qui faisait des plaintes, et qui disait les paroles suivantes : Serait-il possible enfin que j'eusse trouvé un lieu qui pût me cacher aux yeux de tout le monde, et servir de sépulture à ce corps misérable , dont la charge m'est devenue si pesante ? Que je suis heureuse dans mes disgrâces, de trouver dans la solitude de ces montagnes , le repos et la sûreté qu'on ne trouve point parmi les hommes , et de pouvoir en liberté me plaindre au ciel des malheurs dont je suis accablée ! Ciel pitoyable ! écoutez mes plaintes , c'est à vous que je m'adresse : les hommes soot faibles et trompeurs , et vous seul pouvez me donner de la consolation et du soulagement^ et m'inspirer ce que je dois faire.

Le curé et sa compagnie, qui entendirent cette voix , et connurent qu'ils n'en étaient pas éloignés , se levèrent pour voir qui était cette personne affligée qui se plaignait de la sorte ; et ils n*eurent pas fait vingt pas , qu'ils aperçurent derrière un rocher, au pied, d'un frêne, un

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