‹ Histoire de Don Quichotte de la Manche (volume 2)Chapitre 107 sur 191 · PARTIE 1 , LI V. IV, CHAP. XXXVIII · texte numérisé non relu

PARTIE 1 , LI V. IV, CHAP. XXXVIII

pkis grande quantité de perles , et les plus belles que j'aie jamais vues : elle portait aux pieds, qu'elle avait nus à la manière du pays , une esr pèce de brodequins d'or, avec tant de diamans, qu'ils ne valaient pas moins de vingt mille du^ cats ; elle avait aux bras des bracelets de même prix ; les perles ne valaient pas moins aussi que le reste. Comme c'est un des plus grands ornemens des dames mores , il y en a plus parmi elles que dans toutes les autres nations ; et le père de Zoraïde était en réputation d'avoir les, plus belles d'Alger, et avec cela plus de deux cent mille écus d'or d'Espagne , dont il lui laissait entièrement la disposition. Vous jugez bien , messieurs , par les restes de beauté que Zoraïde a conservés , après tout ce qu'il lui a fallu souffrir de travail et de fatigue , si elle était belle avec une parure si éclatante , et dans un temps où elle n'avait pas la moindre inquiétude. Pour moi , je la trouvai "encore plus belle qu'elle n'était richement parée ; et me sentant plein de reconnaissance des biens que j'en avais reçus, je la regardai comme une personne qui descendait du ciel pour me donner du secours , et pour rendre ma vie heureuse.

D'abord que Zoraïde fut arrivée où était son père , il lui dit en sa langue que j'étais esclave d' Arnaute son ami , et que je venais chercher de

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la salade ; et elle se tournant de mon côté , me demanda en franc qiii j'étais, et pourquoi je ne me rachetais point. Je me suis racheté , madame , hii dîsrje , et mon maître m'estimait assez pour mi'aToir fait acheter ma liberté quinze cents sultanins. En vérité, répartit Zoraïde, â tu avais été à taon père , je n'aurais pas consenti qu'il t'eût laissé aller pour deux fois autant ; car, vous autres chrétiens , vous mentez en tout ce que vous dites, et vous vous faites pauses pour affronter les Mores. Il y en a peut-être bien qui n'en fôiitpas de scrupule, répondis-je ; mais j'ai traité de bonne foi avec iiion maître , et je traiterai toujours de même avec qui que ce soit au monde.

Et quand t'en vas -tu? dit Zoraïde. Je crois que ce sera demain , répondis-je , parce qu'il y a au port un vaisseau de France prêt à faire voile, et je me servirai de l'occasion. Et ne serait- il pas meilleur , dit Zoraïde , d'attendre un vaisseau d'Espagne , plutôt que de t'en aller avec des Français, qui ne sont pas amis de ta nation ? Non, madame, répondis-je; s'il est pourtant vrai , comme on dit , qu'il arrive bientôt un vaisseau d'Espagne, je pourrai l'attendre, quoiqu'il fût bien plus sûr pour moi de partir des deinaifi; et j'ai même si grande envie de me voir dans mon pays , avec les personnes que j'aime.

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