PARTIE l^ MV. IV, CHAP, XXXIX
que k quoi s'en tenir. Après de grands compUioeas de part et d'autre , ils annêtèrent toa* ensemble que les dames coucheraient toutes eii même chambre , et que les hommes demeure-^ raient au-dehors, comme leurs protecteurs et leurs gardes ; à quoi consentit l'auditeur , qui s'accommoda du Ut de l'hôte avec celui qu^il faisait porter.
D'abord que l'esclave avait jeté les yeux $ot l'auditeur, il avait senti dans le coeur de secrets mouvemeas, qui lui disaient que c'était son frère; et dans la joie que lui doniiait cette aventure , ne voulsoit pas s'en fier à son pressentiment , il demanda à un des valets quel était son maître. Le valet répondit que-c'étaitle licencié Jean Pérès de Viedma , et qu'il avait ouï dire qu'il était des montagpaes de Léon. Par cette réponse, l'esclave achevant de se confirmer dans Fopi'nion que c'était son frère , et celui qui avait v<mlu s'attacher à l'étude , il tira à part don Fernande Cardenio et le curé, et les assura que l'au^ diteur était son frère ; qu'il avait aptpris de ses gens qu'il était auditeur dans les Indes , ea Faù* dieivré du Mexique , et que la jeiue demoiselle était sa fille, de qui la mère était morte en la mettant au monde. Là - dessus il les pria de lui diiB comment il ferait pour se découvrir, et s'il ne fallait point qu'il tentâft auparavant s'il en
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serait bien reçu, parce que dans Tétat où il se trouvait, l'auditeur aurait peut-être quelque honte de Tavouer pour son frère. Je tous prie, messieurs, dit le curé, laissez -moi faire cette épreuve; f ai bonne opinion du succès, et je vois bien à l'air de monsieur l'auditeur qu'il n'a pas ce sot orgueil qui fait mépriser ceux que la fortune persécute. Avec tout cela , dit l'esclave , je voudrais bien ne me pr&enter pas tout d'un coup , et il me semble qu'il serait meilleur de le pressentir, et de le préparer adroitement à me voir. Encore une fois , répliqua le curé , si vous voulez vous fier à moi , je ne doute point que vous n'ayez satisfaction , et vous me ferez plaisir de me donner cette occasion de vous rendre service. Le souper de l'auditeur étant servi , il se mit à table , et don Femand , ses compagnons, le curé et Gardenio, lui tinrent compagnie, quoiqu'ils eussent déjà soupe , pendant que les dames faisaient aussi compagnie à sa fille , qui alla soupo- dans l'autre chambre , ou l'esclave entra , sous prétexte de servir de truchement à Zoraade.
Au milieu du repas, le curé s'adressant à l'auditeur : Monsieur, dit-il , j'ai eu autrefois à Constantinople, étant esclave , un compagnon de ma mauvaise fortune , qui portait même nom , et je vous assure que c'était un brave homme , et un