‹ Histoire de Don Quichotte de la Manche (volume 2)Chapitre 122 sur 191 · PARTIE I, LIV. ly, CHAP. XXXIX · texte numérisé non relu

PARTIE I, LIV. ly, CHAP. XXXIX

des meilleurs officiers qui fut dans Finfanterie espagnole ; mais Iç pauvre homme n'eut guère moins de malheur qu'il avait de mérite. Et comment s'appelait cet officier, monsieur? demanda Fauditeur. Ruis Pérès de Viedmat, répondit le curé, et il était des montagnes de Léon. II me raconta un jour une chose assez particulière de lui et ses frères qu'il avait : il disait que son père, craignant de dissiper son bien, par son humeur trop libérée, l'avait partagé entre lui et ses trois enfans, en leur donnant des conseils qui faisaient bien voir qu'il était homme de bon sens, et qu'il connaissait le monde ; mon compagnon choisit le parti de la guerre , où il se fit si bien reconnaître en peu de temps par sa valeur, qu'on lui donna une compagnie d'infanterie , et il était en passe de se voir bientôt mestre-de-camp ; mais, par un malheur incroyable , il perdit sa fortune en perdant sa liberté dans cette grande journée de Lepante , où tant d'esclaves la recou^Tèrent ; pour moi , je la perdis à la Goulette , et après divers événemens nous nous trouvâmes sous un maître à Constantinople. De là il vînt à Alger, ou il lui arriva des choses tout- à -fait surprenantes , et qui semblent avoir quelque chose de miraculeux. £n cet endroit le curé raconta succinctement l'histoire de l'esclave et de Zoraïde, que l'auditeur écoutait avec une attention ex-

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tréme , et il finit où les Français prirent la bai^ que, et , après avoir dépouillé les Espagnols , laissèrent son compagnon et Zoraïde dans une pauvreté extrême , ajoutant qu'il n'avait pas eu de leurs nouvelles depuis , et qu'il ne savait s'ils étaient arrivés en Espagne , où si les corsaires ne les avaient point menés en France.

Le capitaine, qui n'était pas éloigné , entaidait tout ce que disait le curé , et observait en même temps tous les mouvemens de l'auditeur, qui , voyant que le curé ne parlait plus , lit un grand soupir; et les yeuit pleins de larmes : Ah! monsieur , lui dit - il , vous ne savez pas <]pielle nouvelle vous m'avez apprise , et combien elle me touche ! ce brave soldat que vous dites , est mon aîné , qui, plein d'une généreuse ambition, prit le parti des armes , qui est une des professions que nous proposa mon père ; pour moi , je choisis celle des lettres , où Dieu , mes soins et mes veilles m'ont fait monter à la dignité d'auditeur ; et notre cadet est au Pérou , où il s'est extrêmement enrichi; Ce qu'il a envoyé à mon père et à moi, surpasse dé beaucoup l'argent qu'il avait eu pour son partage , et il a même mis mon père en état de satisfaire cette libéralité qui lui est si naturelle. Pour ce pauvre bon homme , il vit encore , et prie incessamment le ciel de ne le point retirer qu'il n'ait eu

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