PARTIE I, MV. IV, CHÂP. XXXIX
lorsqu'il fut roué cb coups dans le même château par le muletier enchanté , et il maudissait mille fois Timprudence qu'il avait eue de s'exposer une seconde ibis, après avoir été si maltraité la pt%miète, étant un avertissement à tout chevalier errani qui éprouve une aventure sans en venir à bout, qu'elle doit être réservée pour un autre. Avec tout cela il ne laissait pas de tirer le bras de toute sa. force, mais néanmoins par mesure et çn tâtonnant, de crainte que Rossi-» nante ne se remuât ; mais son adresse fut inutile , et tous ses efforts ne firent que le serrer davantage , de sorte que. le pau^Te homme était dans une grande angoisse, contraint de se tenir sur la pointe des pieds , et ne pouvant se mettre en elle sans s'arracher le poignet. Combien de fois souhaita-t-il en cet état-là cette tranchante épée d' Amadis , qui défaisait toutes sortes d'en- * chantèmens! combien maudit-il :sa mauvaise fortime, qui., piirânt toute la terre dix secours de son bras^ tant qu'il serait enchanté, le privait ausâ lui-même des occasions d'acquérir ^e la gloire ! combien de fois réclama-t-î-il le nom de Dulcinée du Toboso , et combien de fois appela-t-il son fidèle :écuyer, qui, étendii <sur Je bât dé son âne , et enseveli dans le sommeil , ne se souvenait seulement pas qu'il fût au monde ! combien, de fois aussi demanda-^t^il du :secottr3'aux
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sages Ldrgande et Atquife , et combien de fois invoqua-t-il sa chère amie Urgande !
Enfin le jour le trouva enî cet état , si désespéré, qu'il mugissait comme un taureau , et il était si persuadé de son enchantement , que lui confirmait encore Tincroyable tranquillité ' de Rossinante, qu'il ne d.outa pjus'que lui et son cheval ne dussent demeurer quelques siècles de la sorte ^ sans boire, manger, ni dormir^ jusquà ce que le charme fût fini, ou qu'un plus savant enchanteur le vînt défaire, l
Cependant le jour comniença à paraître , et quatre cavaliers bien armés et en bon équipage ayant frappé à la porte de riiôtellerie , don Qui* chotte , pour faire le devoir d'une bonne sentinelle , leur cria d^une voix fière et arrogante : Chevaliers ou écuyers, ou qui que vous puissiez être , vous n'avez^ que faire de frapper à la porte de ce "château. :' ne -voyez- vous pas bien qu'à rheure qu'il est, ceux qui sont dedans reposent» et qu'on n'a p^aç accoutumé d'ouvrir les forteresses qu*après: le soleil' levé ? retirez-vous , et attendez qu'il soitrgrand jour, et alors nous verrons ^si l'on peut Vous ouvrir Ou «on. Hél quel diable de fortiarcsse .ou de château est ceci, dit l'un desjcaAtaliers, pour nous obliger à toutes ces cérémonies? si vôUs êtes l'hôte-, faites-nous ouvrirtpromptementj.carnious sommes pressés,