‹ Histoire de Don Quichotte de la Manche (volume 2)Chapitre 130 sur 191 · PARTIE I, LIV. IV» CHAP. XXXIX · texte numérisé non relu

PARTIE I, LIV. IV» CHAP. XXXIX

sur les membres délicats de son amoureuse fille. Maritorne ne douta point que don Quichotte ne donnât sa main après le serment qu'il avait fait , et pensant aussitôt à ce qu'elle en devait faire , elle alla promptement quérir le licou de râne de Sancho , et retourna vite sur ses pas , dans le temps que le courtois chevalier s'était mis tout debout sur la selle de son cheval , pour atteindre jusqu'à la fenêtre où il voyait cette demoiselle passionnée.de son mérite et de sa bonne mine. Il tendit .la main de bonne grâce, en disant : Tenez, madame, voilà cette main que vous me demandez, on plutôt ce. fléau des médians qui. troublent la? terre par leurs violences; cette main , dis-je , que jamais aucune dame n'a eu l'avantage de toucher , non pasmêmc celle qui peut disposer entièrement de mon corps et de mon âme ; je ne yous la donne pas pour la baiser, m^is afii) que vous admiriez J'en trelassement de ses nf^rfs, l'assemblage et la liaison de ses mus^clèSj êtrenflureet la^osseur.de ses veines; par ou vous juggre?i, quelle doit être la forcç d'un bras dont la main est si bien composée.

Nous le vferrous bien tOut-rà-l^heure , dit Maritorne; et ayan.t fait.un noQud coulant à l'un des bouts du- licou , elle • le jeta au poi^et de don Quichotte , et* attacha fortement l'autre bout au verrou c|iê la porte. Le chevalier , qui sentait la

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rudesse du cordon qui lui serrait les bras, ne savait que penser.

Il tne semble , ma belle demoiselle , dit-il en se radoucissant , que vous ayez plus d'enyie de déchirer ma main que de la caresser : épargnezla , de grâce : elle n'a point de part au tourment que je vous fais souffrir ; il n'est pas juste que vous vous en vengiez sur une partie innocente ; et si vous avez quelque mal de cœur, vous n'en devez pas demeurer là, et moi-même je me livre tout entier à votre ressentiment. Don Quichotte perdait en Tair un discours si galant , car sitôt que Maritorne le vit attaché de telle sorte qu'il ne pouvait plus se défaire , les deux demoiselles se retirèrent en crevant de rire. Le pauvre chevalier demeura donc debout sur son cheval , le bras tout entier dans Iç trou , et fortement attaché par le poignet , mourant de peur que Rossinante ne se détournât tant soit peu , et ne le laissât dans ce nouveau genre de supplice. Dans cette inquiétude il n'osait se remuer ; à peine prenait-il haleine , tant il craignait de faire quelque mouvement qui impatientât Rossinante, car il savait bien que de lui-même il aurait demeuré tout un siècle dans la même posture.

Après avoir été ainsi quelque . temps , voyant que les dames n'y étaient plus , il commença à croire qu'il y avait de l'enchantement , comme

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