‹ Histoire de Don Quichotte de la Manche (volume 2)Chapitre 15 sur 191 · PARTIE I y LIV. IV, CHAP. XXIX · texte numérisé non relu

PARTIE I y LIV. IV, CHAP. XXIX

que je n'en sais pas le nom. Elle s'appelle , répondit le curé , la princesse Micomicona , car son royaume s'appelant M icomicon , elle en doit porter le nom. Il n'y a point de doute à cela , dît Sancho : j'ai vu quantité de gens qui prennent le nom du lieu de leur naissance , comme Pierre d' Alcala , Jean d'Ubeda , Diego de Valladolid , et je me doute bien qu'on pratique là même chose en Guinée. Vous avez raison , Sancho , répondit le curé , et pour ce qui regarde le mariage de votre maître , croyez que j'y ferai tout mon pouvoir. Sancho demeura fort satisfait de la promesse du curé y et le curé encore plus étonné de voir la simplicité de Sancho , et comment il avait enchâssé dans son imagination les contagieuses folies de son maître.

Dorothée était déjà à cheval sur la mule du curé , et le barbier ayant accommodé sa fausse barbe de queue de vache, ils dirent à Sancho de les mener où était don Quichotte, mais qu'il se donnât bien de garde de témoigner devant lui qu'il connût ni le curé ni le barbier, parce que s'il venait à les reconnaître, il se douterait de ce qu'ils avaient à lui dire , et perdrait ainsi l'occasion de se faire empereur. Cardeniô ne voulut point les accompagner de crainte de troubler la fête , si don Quichotte allait se ressouvenir du démêlé qu'ils avaient eu ensetnble; et le curé

voyant qu'il n*y était point nécessaire pour lors, demeura aussi après avoir donné quelques instructions à Dorothée, qui le pria de s'en reposer sur elle , et l'assura qu'elle suivrait exactement ce qu'elle avait lu daos les livres de chevalerie... La princesse Micomicona, son écuyer, et le grand Sancho, ayant fait environ trois qqarts de lieue , aperçurent don Quichotte entre des rochers , qui était tout habillé , mais non armé.

Sitôt que Dorothée fut avertie que c'était lui, elle hâta son palefroi ; et en arrivant auprès de don Quichotte , l'écuyer se jeta promptement à bas , et descendit sa msdtresse , qui se mit à genoux devant le chevalier, et lui embrassant la cuisse malgré les efforts qu'il faisait pour la relever, lui dit ces paroles : Je ne me lèverai point d'ici , vaillant et invincible chevalier, jusqu'à ce que votre courtoisie m'ait octroyé un don qui retournera à votre gloire et à l'avantage de la plus malheureuse et la plus affligée demoiselle que le soleil ait jamais éclairée. £t s'il est vrai que votre valeur et la force de votre bras répondent à ce qu'en publie la renommée , vous êtes obligé , par les lois de l'honneur et par la .profession que vous faites , de secourir une misérable qui vient de l'extrémité de la terre , au bruit de vos grands faits , vous demander votre protection. Je ^is résolu, très^belle dame, répondit

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