‹ Histoire de Don Quichotte de la Manche (volume 2)Chapitre 153 sur 191 · PARTIE I, LIV. IV, GMiP. XLII. 3ll · texte numérisé non relu

PARTIE I, LIV. IV, GMiP. XLII. 3ll

agréable d'ua doux hy menée , d'où sortiront un jour en lumière les Taillans lionceaux qui 'povrteront leurs errantes g^iffea sur les traces imitables de leur imitable père. Et cela doit arri^'«r avant i^^ celui qui poursuit la nymphe, fugitive, ait, par deu^K: fois, suivant son coiuurs n^urdl et rapide , communiq^é avec }^s j^iiUantes imagci^ di;i zodiaque. £t toi, ô le plui^ tioble et le plus soumis écuyer qui ait jamais ceint Fépée , port^ barbe au menton , et sentiment daii» Ift^ iiarines! ne t'afflige ni ne te déconforte de voir ainsi ^enh le ver devant la lumière de^ te^ y^ux , la .fleur dt crème de la chevalerie errfimte, par avant certain nombre de lunes tu te verras, s'il plaît à l'inicoiiih parable architecte de la nature ,. dans .un degré si sublime et une telle éléyption , que tu te chercheras toi-même s^ns te connaître , f^t tn jouiras pour lors en paix de l'iofaillibilité absolue, des promesses de ton sei^gneur* Jye t'assure encore une fois, et de la part de lia sage Mentironiane, auessi véritable que Melusine , que tes jt^ereuléèn^ travaux ne demeureront point sa,i^,r4cpmp^3e, et que tu verras en son temps une fepirtile rpçée de gages et de salaires. Va, divin écuyer, fturjeis vestiges du valeureux et enchanté chevalier,. o^ il faut que tu l'accompagnes jusqu'à ce qvie vous vous arrêtiez tous deux au terme qu'a prescrit la destinée ; et parce qu'il ne m'est, pas permis d'en

dire davantage ; adieu, je m'en retourne où il n'y a que Dieu seul qui le sache. »

Sur la fin de la prédiction , le barbier renforça sa voix , et la diminuant tout d'un coup , et toujours d'un ton d'oracle , il les surprit si fort tous, que ceux mêmes qui étaient avertis de la tromperie , doutèrent presque si ce n'était point une vérité. Don Quichotte demeura tout consolé des promesses de l'oracle , en ayant aussitôt compris le sens qui lui faisait espérer qu'il se verrait un jour uni par les sacrés nœuds d'un légitime mariage avec sa chère et bien aimée Dulcinée du Toboso , dont le ventre fécond mettrait au jour des lionceaux ses enfans, à la gloire perpétuelle de la Manche. Et croyant tout cela avec autant de foi que les livres de chevalerie , il fit un grand soupir, et d'une voix élevée et forte :

O toi , s'écria-il , qui que tu sois , qui m'as annoncé de si grandes choses, conjure, je te prie, de ma part , le sage enchanteur qui conduit mes affaires, de ne me pas laisser périr dans cette prison, où Ton m'emmène, jusqu'à ce que je voie l'heureux accomplissement des incomparables promesses que tu viens de me faire ; et pourvu que cela soit , je ferai gloire des peines de ma captivité ; et bien loin de regarder comme un rude champ de bataille le lieu dur et étroit où je suis couché , je le considérerai comrtie une molle et

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délicate couche nuptiale. Quant aux soins que tu as pris de consoler Sancho Pança , mon écuyer, je t'en remercie ; et j'ai tant de confiance en sa fidélité et en son affection , que je suis persuadé qu'il ne m'abandonnera non plus dans ma mauvaise fortune que dans la prospérité, parce que quand le bonheur ne m'en dirsiit pas assez pour lui pouvoir donner l'île que je iui ai promise ou quelque autre chose dé même importance , il est toujours assuré de ses salaires, car j'ai eu soin de déclarer par mon testament ce que je veux qu'on lui donne, qui, véritablement, n'est pas digne de la grandeur de ses services , ni ne répond pas à mes intentions , mais c'est tout ce que je puis faire selon ma fortune présente. Sancho Pança , tout attendri de la bonté de son maître , fit une grande révérence, et lui baisa les deux mains, n'en pouvant pas prendre une seule de la manière qu'elles étaient attachées ; et au même instant les fantômes mirent la cage ^ian& la charrette.

3l4 DON QUICHOTTE.

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