PARTIE I, LIV. IV, CHAP. XL VII
rance et dans la crainte , sans que nous sachions ce que nous avons à craindre ou à espérer.
Parmi tantde fous , Je plus extravagant, et le plus sensé tout ensemble , c'est Anselme , mon rival , qui , ayant tant de sujets de se plaindre , ne se plaint pourtant que de la seule absence de Leandra , et au son d'un violon dont il joue admirablement , se plaint en cadence, et chante des vers de sa façon , qui font bien voir qu'il a beaucoup d'esprit. Pour moi , qui ne me trouve assurément pas plus sage que les autres , je passe mon temps à crier contre l'inconstance des fetaimes, contre la fausseté de leurs promesses, et contre l'indiscrétion qu'elles font voir dans la plupart de leurs actions. Voilà , messieurs , tout le mystère des paroles que vous m*avez ouï dire à celtfe chèvre, quand j'approchai de vous; car étant femelle, je ne l'estime pas beaucoup, quoiqu'eliis soit la meilleure de mon troupeau , et c'est une marque de mon inquiétude, et que Je ne sais à qui me prendre de tout ce que je souffre. Je ne doute point que je ne vous aie mal diverti avec mon histoire , et j'en isuiïs plus fâché que vous ; mais si vous voulez me faire rhonneûr de venir à ma loge ici près^ je tâcherai de réparer l'ennui que it'Vous ai donné , par un petit rafraîchissement de fromage et de lait , avec quelques fruits de la saison , qui ne seront peut-être pas désa^éaMes.