‹ Histoire de Don Quichotte de la Manche (volume 2)Chapitre 183 sur 191 · PARTIE I, LIV. IV, CHAP. XLVIII · texte numérisé non relu

PARTIE I, LIV. IV, CHAP. XLVIII

qui ne permettent pa$ qu'on fasse le moindre déplaisir aux dames. Mais j espère en Dieu que le pouvoir d'un neialin enchanteur ne sera pas si fort que celui d'un enchanteur mieux intentionné n'en vienne à bont ; et pour lors je vous réponds de ma faveiiir et de mon aide » suivant les lois de ma profession ^ qui m'ol>%eat de se<30urir ceux que l'on opprime.

Le chevrier, qui n'avait pas encore considéré don Quichotte ^ le re|^rda' def^s la tête jusqu'aux pieds , et ne voyant pas que sa mine ré^ pondit à ses offres ^ il s'adressa au barbier ^ qui était proche de lui, et lui dit : Monsieur^ qui est donc cet homme qui parle d'un air si étrange ? je n'en ai point encore vu de pareil. Hé^ qui peut-ce ^tre , répondit le barbier , sinon le fa*rneui; don Quichotte de la Manche , le défaiseur de torts ,. le réparateur d'injures , le protecteur de l'honneur des dames ^ la terreur des géans , le vainqueur invincible dans toutes les batailles. Ceci ressemble , dit le chevrier, à ce qu'on lit dans les livres des chevaliers errans , qui étaient tout ce que vous dites ; mais pour moi^ je crois bien que vous vous moquer , ou qu'il faut que ce bon gentilhomme ait des chambres vides dans ]^ tête.

Yeillaque, insolent, s*écria don Quichotte, c'est vous qui manquez de cervelle , et moi j'en

ai mille fois plus que là double carogne qui voas a mis au monde , et que toute votre chienne de race. En disant cela il prit un plliin sur la table, et le jeta de si grande furie à la tête du chevrier, qu'il lui cassa presque le nez et les dents. Celui-ci, qui n'entendait point raillerie, ne prit pas plaisir à se voir traiter de la sorte, et, sans se soucier de la nappe ni des viandes , ni de ceux qui dînaient , il sauta brusquement sur don Quichotte , et lui portant les mains à la gorge , il Tallait étrangler sans miséricorde , si Sancho , le prenant par les épaules , ne l'eût renversé sur la table pêle-mêle avec tout ce qu'il y avait de viandes, de plats, de bouteilles et de verres. Don Quichotte , qui se vit libre » se rejeta aussitôt sur le chevrier , et celui-ci se trouvant deux hommes sur les bras, le visage sanglant et le corps tout brisé des coups de Sancho , cherchait à tâtons un des couteaux de la table pour faire une sanglante vengeance ; mais le chanoine et le curé s'étaient saisis par précaution de toutes les armes offensives. Le barbier, qui était charitable , eut pitié de ce pauvre hontme , €t fit en sorte qu'il mit don Quichotte sous lui, et le berger s'en voyant maître, l'accabla d'un déluge de gourmades, se vengeant si bien du sang qu'il avait perdu , par celui qu'il tira du nez de notre héros, qu'on eût dit qu'ils avaient chacun un masque , tant ils étaient défi-

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