‹ Histoire de Don Quichotte de la Manche (volume 2)Chapitre 6 sur 191 · PARTIE 1. LrV. IV, CHAP. XXVIII. l · texte numérisé non relu

PARTIE 1. LrV. IV, CHAP. XXVIII. l

grandeur de votre naissance, que les devoirs que vous rendent tous vos vassaux. A cela près , je ne m'estime pas moins dans ma condition , que vous vous trouvez élevé par la vôtre. Ne croyez donc pas m*éblouir par vos richesses , ni me tenter par réclat de la grandeur ; ni que vos soupirs et vos larmes , ni l'artifice de vos paroles , puissent jamais m'attendrir. C'est à mon père à disposer absolument de ma volonté , et je ne me rendrai jamais qu'à celui qu'il m'aura choisi pour époux. Ainsi , seigneur , si vous voulez que je croie que vous m'estimez véritablement, défaites-vous d'un dessein qui m'offense /et qui ne peut jamais réussir. Laissez-moi jouir paisiblement de la vie , en me laissant l'honneur à qui elle est inséparablement attachée; et puisque vous ne pouvez être mon époux , ne prétendez pas de moi une amitié que je ne puis donner à nul autre. Et pourquoi , belle Dorothée, s'écria le perfide don Fernand , ne puis-je pas être votre époux?. qui le peut empêcher si vous y consentez ? Je suis trop heureux que votre amitié soit à ce prix , et qu'il n'y ait point d'autre obstacle à surmonter. Je suis à vous, belle Dorothée, je vous donne la main tout-à-l'heure, et prends le ciel à témoin de la sincérité de mon cœur.

Cardenio ne fut pas moins surpris du nom de Borothée qu^il l'avait été de celui de don Fer-

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nand, et il acheva de se confirmer dans Topi^ nion qu'il avait eue dès le commencement de l'histoire; mais il ne voulut pas Tinterrompre,* pour voir quelle en serait la fin. Et il dit st^ulemeçLt: Quoi! vous vous appelez Dorothée»

mademoiselle ? J'ai ouï parler d'une personne de ce nom, dont les disgrâces ont bien du rapport avec les vôtres ; mais continuez , je vous prie, et je vous apprendrai à loisir des choses qui vous surprendront. Dorothée s'arrêta pour regarder Cardenio , et après avoir considéré l'étrange état où il était, je vous conjure, dit-elle, si vous savez quelque chose qui me regarde, de me l'apprendre tout-à-l'heure : il me reste assez de courage pour souffrir tous les coups que me garde ma mauvaise fortune ; et , pour vous dire le vrai , le malheur qui m'est arrivé , me rend insensible à tous ceux que je pourrais craindre. Je tous aurais déjà dit ce que je sais , mademoiselle , répondit Cardenio , si j'étais bien sûr que ce que je m'imagine fût vrai ; mais , jusqu'à cette heure , il ne vous importe en rien de le savoir , et il y aura assez de temps pour vous l'apprendre « Dçrothée reprit son histoire en ces termes ;

Après ce discours , don Fernand me présenta la main ; et m'ayant donné sa foi , il me la confirma par des paroles pressantes, et avec des scrmens extraordinaires : mais , avant que de souf-

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