PABTIE I, LIV. IV, CHAP. XXXVI
raison que donnent d'ordinaire ces messieurs , de la préférence des lettres , et sur laquelle ils se fondent le plus, c'est , disent-ils , que les travaux de l'esprit sont incomparablement plus grands que ceux du corps , et qu'il ne faut que de la vigueur et de la force pour l'exercice des armesî , comme s'il n'y avait point de différence entre un homme de guerre et un croclieteur , et qu'il ne fallût point de discernement et de conduite pour employer cette force et cette vigueur; et comme si, par exemple , un général d'armée ^ ou un officier qui défend une place assiégée, n'avait pas besoin de tête et de vigueur d'esprit, encore plus que de force de corps!. Est-ce avec les forces du corps que l'on devine les desseins de l'ennemi , qu'on imagine des ru^s pour opposer aux siennes^ ou pour les prévenir, et des stratagèmes pour ruiner ses entreprises ? et peut-on nier que ce ne soit l'esprit qui conçoit des choses si difficiles? Puisqu'il e^t donc incontestable qu'il faut de l'esprit à un homme de guerre , aussi bien qu'à un homme de lettres , examinons maintenant quel est le but que chacun SjB propose, et nous verrons en même temps que celui-là est sans contredit le plus à estimer , qui a pour objet une plqs noble fin..
La fin que se propose un hompxe de lettres, je ne parle p^s de ceux qui ctu4ient pour leur
salut , OU pour celai des autres , dont T objet est infini , je parle seulement des sciences humaines, dont la fin regarde la justice distributiTC , l'observation des lois et la politique , fin véritablement utile et louable, mais qui n'est assuréinent pas comparable à celle de la guerre , qui ne teiid qu'à la paix , le bien de tous le plus désirable , qui entretient le commerce et la société civile , qui fait le bonheur dès états et des peuples , et sans quoi le reste n'est pas un vrai bien ^ la guerre a donc déjà cet avantage sur les lettres , qu'elle â une plus noble: fin. Voyons à cette heure qtielie est la diiftérence entré le travail et les fatigues d'un homme de lettres et d'un tomme dé guerre.
Pendant que ddn Quichotte pariait ainsi , il n'y avâîf 'personne qui le prit pou^ un fbu ; et comme là plupart faisaient le métier de la guerre, ils l'écoutaient avec autant de plaisir que d'attention , et ne s'ennuyaient poiûï de la longueur de son discours.
Les peines que souffre celui qui étudie , pour^ suivit notre chevalier, sont principalement la pauvreté; non pas qu'ils soient tous pauvres, mais je le dis pour porter la chose aussi loin qu'acné peut aller, et parce qu'il me semble que la pauvreté est un dès plus grands mdux qu'on souffre dans la vie : bar qui est pauvre' , est exposé au froid , à la faim , à la soif, à être mal viétu, et