PABTIE I, OV. I, CHAP. II. II
des armes blanches comme nouveau chevalier, sans devise dans Tëcu , jiiaqu'à ce qu'il en eût mérité une par la force de son bras. Ces réfletioiis le firent chanceler dans son dessein i mais sa folie étant plus forte que tous ses raisonnemens , il résolut de se faire armer chevalier par le premier qu'il rencontrerait f à l'imitation de beaucoup d'autres qui en avaient ainsi usé , comme il l'avait lu dans «es livres. Pour ce qui ^regardait la couleur des armes , il prétendait si bien fourbir les Siennes, qu'elles seraient plus blanches que la neige: Pâr-là il se mit req)rit en re^os, et poursuivit àon chetniii sans en pretidre d'autre que celui qu'il pltt k son cheval, croyant que c'était en cela quis consistait l'essence des aventures. En marchant ainsi profondément enseveli dans ses pensées : Quelle joie, disait -il en luimême, pour les siècles à venir, de voir l'histoire de mes fameux exploits , que le sage qui la doit écrire ne mandera pas de comineïicer de <^ette sorte , en pariant dia ma jpremièa'e sortie : « Â peine le lumineux Apollon commençait à ré^ pandre les tresses doives de ses blonde cheveux sur la face de la terre, ^t les petits oiseaux ne faisaient que de saluer de leur douce harmonie la venue de la belle .et vermeiile Aurore qui, sortant du lit de son jaloux 'mari, se venait montrer aux mortels sur ks balcons de^l^orizdn de
la Manche , quand le fameux chevalier don Quichotte, ennemi d'un lâche repos et de la mollesse du lit, mionta sur son excellent cheval Rossinante, et entra dans l'ancienne et renommée campagne de Montiel. »• C'était là en effet qu'il se trouvait alors. Heureux âge, ajouta-t-i}, et siècle heureux, qui mérite de voir nies grandes et incomparables actions, dignes d'être gravées dans le bronze et taillées dans le marbre , pour servir de monument à ma gloire , et d'exemple aux races futures! O toi, sage enchanteur! qui que tu sois, qui auras l'avantage d'écrire cette surprenante et véritable histoire, n'oublie pas, je te prie , de faire savoir à la postérité , la vigueur et l'adresse de mon bon Rossinante , fidèle et perpétuel compagnon de toutes mes aventures. De ce discours il passait tout aussitôt à un autre , et comme s'il eût été véritablement aïrtourèux: O princesse Dulcinée! s' écriait-il , dame de ce cœur esclave , vous m'avez fait une grande injustice en me bannissant dé votre présence , et m' ordonnant avec tant de rigueur de ne me présenter jamais devant votre beauté. Souvenezvous, illustre et unique. dame de mes pensées, combien l'amour que j'ai pour vous me coûte de soins et de souffrances.
Il continuait cependant son chemin , s'entretenant toujours de ces rêveries et de mille autres