‹ Histoire de Don Quichotte de la Manche (volume 3)Chapitre 18 sur 109 · PARTIE I, LIV. 1, CHAP. II. l · texte numérisé non relu

PARTIE I, LIV. 1, CHAP. II. l

pareilles, selon ce qu'il avait lu dans ses livres, dont il imitait de son mieux le langage, et il était si fort possédé de ces belles imaginations , qu'il ne s'apercevait pas que le soleil était déjà bien haut, et lui donnait si aplomb sur la tête, qu'il n'en fallait pas davantage pour lui fondre la cervelle, s'il lui en eût resté. Il marcha presque tout ce jour-là sans qu'il lui arrivât rien qui valût la peine de le raconter ; ce qui le mettait au désespoir, tant il avait d'impatience d'éprouver la vigueur de son bras. Quelques auteurs prétendent que la première aventure qu'eut notre chevalier, fut celle du port Lapice ; d'autres assurent que ce fut celle des moulins à vent; mais tout ce que j'ai pu découvrir sur ce sujet , et tout ce que j'ai trouvé dans les annales de la Manche, c'est qu'il marcha tout le long du jour, et que sur le soir son cheval et lui étaient demi-morts de faim , et si fatigués qu'ils ne pouvaient se soutenir. Cependant don Quichotte regardant de tous côtés s'il ne découvrirait point quelque château ou quelque maison de paysan où il pût se retirer , il vit sur son chemin une hôtellerie , et ce fut comme s'il eût vu une étoile qui l'eût conduit au port de salut. Il pressa son cheval malgré sa lassitude, el arriva tout proche de l'hôtellerie dans le temps que le jour commençait à faillir.

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Il y avait par hasard sur la porte deux jeunes créature», de celles qu'on appelle femmes de boune volonté, qui s'en allaient à Séville avec des muletiers qui s'étaient arrêtés là pour cette nuit; et coinme notre aventurier avait l'iuiagination pleine des rêveries de ses romans , et jugeait de toutes choses sur ce pied^là, il n'eut pas plutôt vu l'hôtellerie , qu'il se la r<eprcsenta comme un château avec ses quatre tours , sans oublier le pont-le vis et les fossés , et tout le reste de ces accompagnemens que les auteurs ne manquent pas de donner à leurs châteaux. Il s'arrêta à quelques pas de cette nouvelle forteresse , attendant qu'un nain sonnât du cor au haut du donjon , pour avertir qu'il arrivait un chevalier; mais conmie il vit que le nain était trop long à paraître , et que Rossinante avait impatience d'être à l'écurie , il s'avança jusqu'à la porte de la maison, où il vit les deux bonnes pièces dont j'ai parlé , qui lui parurent deux demoiselles d'importance , qui pi?enaient le frais à la porte du château. Il se rencontra même fort à propos qu'un homme qui gardait des pourceaux là auprès , sonna en même temps deux ou trois fois de son cornet pour les rassembler ; et don Quichotte ne manqua pas de se persuader , comme il l'avait souhaité, que c'était un nain qui donnait avis de sa venue. Aussitôt, avec une joie qu'onne saurait

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