NOTICE HISTORIQUE
Sim LA VIE ET LES OUVRAGES
DE GERVAIVTES.
Il y avait longtemps que Cervantes était mort pauvre et délaissé , quand ses compatriotes, s'étant aperçus un peu tard qu'ils venaient de perdre un homme de génie , recherchèrent avec soin le peu de détails qui restaient sur sa trop courte carrière. Quatre yilles , Madrid , Lucena , Séville , Esqaivias , se disputèrent l'honneur de l'avoir vu nattre ; et cette question , qui produisit des volumes , resterait encore indécise , sans un registre b^tistaire trouvé par. hasard , et depuis inutilement contesté par quelques' érudits.
Miguel de Cervantes Saavedra, suivant l'opinion généralement reçue aujourd'hui , naquit à Alcala de Henares ^ ville de la ^Nouvelle-Castille , le 8 octobre i54>7* Ses parens , Rodrigo Cervantes çt dona Léonor de Cortinas , étaient pauvres et précisément assez nobles pour que leur fils pftt écrire après son nom , hidalgo, titre d'âilleurs>;satts conséquence en Espagne. De bonne hepre , ils le destinèrent à l'église ou au barreau , car ils le firent étudier dans un collège , genre d'éducation que l'on regardait alors comme superflu pour toute autre profession.. Il fit ses hu- T. II. A
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manîtés k-THLàiôd-^ et Aè^er^ ^ $t déyeloppa son goût ^ ou plutôt sa passion pour la poésie. Au collège , il avait de la réputation comme, poète i des vers détestables , de sa fa~ çon , composés sur la mort d'Isabelle de Valois , furent imprimés dan3 la^i^lalion desobj^L^^^cettewin^e^se, que publia iàri ^i^e^^HÀai^t Sià^hà^yî Mai!^ îà«fcueil que reçurent ses premiers essais , ne dut pas l'encourager à continuer. Un poème pastoral , intitulé Filena, qu'il fit à vingt ans , et que l'on a perdu , n'eut aucun succès , de même que de iiombréax recueils ^e sonnets et dérottiancesv H avait ttïie focilité esttr&ofdinafre, méiohe dans son pays-,' où les tragi^eâ coAifîtetLl létlta bUvrtageis par cétrtftiâefs ; maïs les lois "^e la versification et lei*mauvàisgoût qa^l avait prisés dan& 4ès écoles ,-éttlrâvûient eficore son génie. •
©égoûté d'étrire /et sans moyens de poursuivre ses lîttidÊfs, îl passa^^n'Itàlie-en i56g^ recommandé lad cardi- Tiià JtAeii AqaaVi*^^à^, tjui lui 'èontia une placé dé page , ou •pldtflï de Vàlfet^dè^am'bfie/avcc l'espérance dé lui faire a¥6îi*#rf jotB''tttf''](>crit bénéfice; Je ne sais qiiel* dbbé on ^aittrAï- pu faii^ -dé OervaïiltéS', mais ccitte perspective ne pouvait pas 'Claire fo^iig-^temps ht son caractère aventureux. Ap^éttstn^ iquèf lé pape l^ait des troupe» contre les Turcs , «l^ilittd le si9rvièi^^dtic9Brdiiiatl,= sVîngeigeaîErcimme soldat, "«« filrv'soè^ ks'él[^e^ de MartvAntome Col^nna^, la malf^tn^eefêèH^âihpà^ie déf'Ghypré. L-aiBtnéè suivante il fot«m^ ^Bàétiùë'kk*la'fl(îïtfe de^^crôîàés^, comtottûdée par don Juan d'Autrifehe, et àsfeiita à là gldrieuàe et- inutile bataille de li^àittef. BfesSé'dès'Ié «olifrinenécment da combat , il n'a-
sua PPHYANTES. iij
h^àoxxaaL. spn {M^e iq^'^è». h &kt des infidèles ; .an coup. li^a^qp/^fifÈ^^y/^x ^wtimtde «aanira^'cyrikrgÊeiis', lui fir^. perdFe.,L']i|s^g)9 4e:la)iniaMi gMK^«r Si fat baUc^ iVùti frappé, k la 9aifjai:^oiite,: i^pBs'ii'eunona peut-4tre pas >eà de ITpif, Q^^i^^;Sf0Q<ltie» esbro'pié^:ilTesU au semée ^ m^M^ il :.]p^ pariait pai, qu'il m(fai..axùa^se récompense de îsa
. ,,Jpiuj[57;&^ÇerF{UB^sTel<^iirii^ Espagne,
lorsgne la,{aU^0 qM^Ul:l»Mrifcaitrf^tfpIdbe'pIiesqu6€à<ytte dé IH^jçtnque^ e|:>c^pdu^,à .JUgeff ^'ai|> un ^corsaipe nommé ArPiSuite S|fmi«/Çft .b^i«iiaa^ y la^^ cette époque par son-audace et plus encore par sa cruauté , fil duiiir iss ^luis m^ar|ais.jtrailemei^$;ii^ ^mj^yi^^eficlâ^ite , dontiil o^âvait pas d^ rangc^.à a|t^;^d|;«.,«je|;,.'fU9 iSQ» infirmité lui rendait
nio^is iitllp^ip^e- les autres- r , - - i • •'. • • •
. Da;aionientqu',i} fyt H(mk^. QMrtA^B-mains du pirate v Ce^nra^çi^ç^ ayait t^ndtt::Sifl^.g^l|iç t^çer^s iio IwcB unique V'ic^ inojçxiy$:^e recq^ç^rer.^aj.iy)fsi^éw'C«liune J^ Inent^
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les €oxaploj^l4'4F^9ii^^« ApJBè^îiïUélqae» tentiatives infiitiétu^i^^ qui nV^^ft^sf^lflqu'à'Ueàbùlpler la vigila«ce:de sfis gardiens^ Ç<efiV;5uUj^:p'irt^r%au|)^^^ »
Un es(çld.vie,d''Ar|iaM^e' Mftini ayait idécouy^rt, dans ufi j3rèbj^swris,}>pff^\^^ V in-
connue fiux .9{ore« , e^i..a$^igninde tpour>oac^k€(r piiisi«ui*s persoi^nea* .Si .Çortf^|)tf i^f^tt ^: çompagnoini^ p«rirei«akiit ^ s'y réfugier s^ss^.fippe-Y^ fiAè^ poùvaifixit àte en sfkteié ,
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pourvu que la faim ne les forçât pas de sortir. Le plus difficile, c'était de se procurer un vaisseau ou même une barque pour passer en Espagne ; mais pour cela , Cervantes comptait sar ceux de ses camarades qui espéraient être rachetés promptement. Chacun s'était engagé par serment à firéter un navire aussitôt après son retour dans sa patrie , et à revenir chercher ses compagnons réfugiés dans la citerne. Le premier qui fut racheté était un majorquin nommé Viana. Il avait été nkarin , et connaissait bien la côte ; ses camarades savaient qu'il ne manquait pas de résolution. On convint d'un signal , tes sermens fin'ent renouvelés , et Viana partit.
Outre la difficulté d'échapper an vigilant Mami , il fallait assez bien calculer le moment de l'évasion « pour le faire coïncider avec le retour présumé de Yîana. Il y avait à craindre que celuî-ci ne- se ftt attendre long -temps, et qu'il n'arrivât qu'après que leurs petites provisions seraient épuisées ; enfin, sur terre ou sur mer, ils pouvaient être repris par leur mahre, et un sort affireux les attendait; ils avaient vu couper les oreilles et trancher la tête à des esclaves pour des fautes légères. Cependant l'horreur de la cruelle servitude qu'ils enduraient , leur faiilant mépriser tous ces danger^, les Espagnols trompèrent leurs surveîllans, -et se tapirent heureusement au fond de la citerne. Ils avalent emporté un peu de farine de millet , qu'ils avaient amassée d'avance eu la ménageant sur leurs rations de plusieurs jours. L'esclave jardinier , qui avait découvert la citerne , et qjui travaillait dans le voisinage , resta pour
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servir d'espion , et un antre , surnommé el Dorador, se chargea d'augmenter leurs provisions avec ce qu'il pourrait dérober.
Plus d'une semaine se passa de la sorte ; Cervantes , déclaré chef de la troupe et gardien des vivres , distribuait les rations , et se réservait toujours la plus faible.
Un jour ils virent parahre un petit bateau monté en apparence par des pécheurs du pays. Il passa et repassa plusieurs fois devant le jardin, enfin il fit un signal, et les malheureux captifs ne doutèrent plus que Yiana ne f%t venu pour les délivrer. La côte était déserte et le vent favorable. Mais leur pourvoyeur était absent, et ne devait 4re venir que dans quelques heures. Le plus grand nombre voulait partir sans l'attendre; mais Cervantes leur reprocha vivement cette ingratitude envers un homme qui , tous les jours , exposait sa vie poiur eux ; bref, il fit tant par ses prières , qu'il les décida à ne pas s'embarquer sans lui.
Ce débat avait duré quelque temps , et le majorquin ne recevant pas de réponse à son signal , hésitait à débarquer. Cependant il s'était rapproché de plus en plus du rivage , et il allait prendre terre , lorsque plusieurs Mores parurent à quelque distance du jardin. Surpris de voir un bateau pécheur dans ce lieu , qui d'ordinaire n'était pas fréquenté, ils- s'approchèrent pour le reconnaître. A leur vue , Yiana effrayé , et se croyant poursuivi , gagna le large pour ne plus reparaître.
Quand son petit bateau disparut derrière Thorizon , on peut imaginer le désespoir de ces malheureux qui avaient
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cru leur déUvraoee: si prochaine. Tous accu&aieut €tsrvante^ de leur a^oir fait perdre une ôdeài^iôii ^dî ne se représenterait plus , de les avoir livrés sans ressource ^' k la vengeance d'ûii mahre impitoyable. Gepe^ant, comme il c;st &die de faire ' renaître l'espëratoce dàit^ Pâme des în-^ fortunés ^ Cèrvantbs parvint k ranimei^ léui' côuhige len leur persoadantcpie Tiàiia.avttit gagné le Wge poût échapper auxj. regards des Mores ^ mais qu'il irëviëtidrârît'à lai nuit vCe qui. rendrait leur évasion plus sÛre; La nuit Vînt, mais la mer était orageuibe , leurs pix)vistbh$ étaient épui*^ séei ; depuis deux' jours ils n'avâietit m&dgé que des iiatltë-: relies et quelques racines. Tons , excepté Cervantes , regrettaient les chaînes d'Arnaute ^ami.
Le lendemain matin, ei Dorado^ repayait , mais ^comr pagné de Mami et dé soldats armés ; il les guidé k la citerne ^ et livre kes cofaipagnons au corsaire furieux. La veille if désespérant de revoir jamais sa patrie , il avait pris le turban , et pour doB'nelr uti^ preuve de sa feirveur , il avait dénoncé les chrétiens sed camarades. Toute résistance était inutiles Cervantes n'hésita poiM à se sacrifier pour ses compagnons; il se ilbmma le chef de l'entreprise, déclara qu'il avait entraîné les autres à le suivre , et supplia Mami de ne faire tomber sa colère que sur lui seul. Il lui fit même un . raisonnement digne du pirate auquel il s'adressait, c'est qu'il valait mieui, pour ses intérêts, que son esclave manchot pérît dans les su{^lices , qile d'autres plus propres au travaiL
Jusqu'alors Mami avait tout vu tretlibler devant lui. Il
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araît du courage, et ornait à en trouyer dans les autres. Ce soldat se dévouant généreusement à la loort pour saurer ses camarades, escka don admiration. U renvoya les bourreaux, tendit la ipain à Cerrantes, et loi dit que s'il voulait changer de religion il le ferait monter sur un de ses vaisseaux, persuadé qu'il saurait faire un bon usage de la mairi qui lui restait. Cette offre fiit rejetée sans qu'il parAt s'en offenser, car il dit, en regardant le nouveau renégat, un proverbe commun chez les Mores : « D'un mauvais cbré- « tien , on ne fait jamais un bon çiusulman. » Depuis ce jour, il traita Cervantes avec quelque considération. Le trar vail qu'il lui imposa n'était point au-dessus de ses forces; il écouta 9es plantes contre les surveillans subalternes^ et souvent il lui rendit justice.
Le m^ivais succès de cette première tentative ne fit point abandonner à Cirantes son projet favori ; et comme si son courage s'était accru avec son infortune, il ne borna plus ses espérances à faire évader quelques esclaves. U conçut le plan d'une vaste conspiration, qui s'étendit dans tous les bagnes d'Alger. E^le ne tendait à rien moins qu'à profiter d'un jour de réjouissanoe qui suit le Ramadan, pour soulever les captifs, s'emparer des galères, de l'arsenal et de la ville. On a peu de détails sur ce complot, qui révèle l'audace de son auteur , seulement on sait^ qu'il manqua ^ la tr^ahison de l'un des conjurés.
Azan aga, que les auteurs espagnols appellent roi d'Alger, fat effrayé en apprenant le danger qu'il venait de courir. Les bourreaux redoublèrent d'activité ; chaque maître s'em-
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pressant de se débarrasser de ses esclaves les'plus dangereux. Arnaute Mami , lui seul, n'infligea pas le plus léger châtiment h celui qui, de l'aveu de tous les conjurés, et par sa propre confession, avait tout dirigé. Il senlblait avoir conçu un attachement singulier pour cet honune qu'il regardait cependant comme très-redoutable. C'est ainsi que l'on aime un cheval rétif quand on se sent la force dele réduire. Azan ayant demandé Cervantes, Mami, à l'étonnement de tout Alger, sollicita sa grâce et l'obtint : ensuite il le présenta à Azan , et consentit à le lui céder. Quand le prince barbare vit cet homme faible de corps et estropié, il ne put s'empêcher d'admirer qu'un projet si hardi vint d'un être si chétif en apparence. Cependant il le traita avec humanité, tout en redoublant de vigilance, au point qu'il l'empêchait de communiquer avec les autres esclaves. Il disait alors : « que tant qu'il tiendrait en son pouvoir le manchot Espace gnol, sa vie, ses états et ses galères n'auraient rien à w rédouter. »
La famille de Cervantes n'avait appris sa mésaventure que fort tard, et son extrême pauvreté l'avait empêchée quelque temps de réunir la somme nécessaire pour la rançon de son parent. Quand cette rançon fut arrivée à Alger, Azan aga demanda le double, et conmie il allait partir pour Constantinople, ses esclaves étaient déjà embarqués. Heureusement, les religieux de la Trinité complétèrent la somme de quinze cents écus, demandés par le More. C'était beaucoup" pour le temps , et surtout pour le rachat d'un simple soldat comme Cervantes. Sou esclavage avait duré