‹ Histoire de Don Quichotte de la Manche (volume 3)Chapitre 35 sur 109 · PARTIE I, lilV. I, CHAP. YI. 5g · texte numérisé non relu

PARTIE I, lilV. I, CHAP. YI. 5g

rie 9 les Nymphes d*Enares et le Remède de In jalousie. Vous n'avez qu'à^ livrer tout cela en We les mains de la gouvernante, dit le curé; et qu'on ne m'en demande pas la raison , car nous n'aurions jamais fait. Et le Berger de Philida? demanda le barbier. Ce n'est point un berger, dit le curé, mais un adroit courtisan qu'il faut garder comme un trésor. Et ce grand, qu'est<e? Ah ! c'est là le trésor des diverses poésies. Il n'y en a que trop , poursuivit-il , et si elles étaient plus rares on les estimerait davantage. Il serait bon de retrancher de ce livre quantité de choses basses , qui se trouvent mêlées parmi^ les grandes , et qui en diminuent beaucoup le prix. Gardons-les -néanmoins ; l'auteur est de mes amis , et d'autres ouvrages excellens qu'il a faits, méritent qu'on pardonne à celui-ci. Qu'est-ce , dit le barbier, en ouvrant un autre livre , qu'un JRe^ cueil de chansons de Lopès de Maldonat? Cet auteur est encore de mes amis, répliqua le curé, et ses vers sont admirables dans sa bouche , car il a une voix qui enchante. Il est un peu étendu dans ses églogues , mais une bonne chose ne sàu^ rait être trop longue. Il faut le garder, et le mettre avec les réservés. Celui que voilà tout auprès, conmient s'appelle-t-il ? C'est la Galor thée de Michel de CerçarUes^ répondit maître Nicolas. Il y a long-temps que cet auteur est de

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mes meilleurs amis, reprit le curé, et je s^ qu'il est plus malheureux encore que poète. Son livre a de Tinrention , il promet assez , mais il n'achève rien. Il faut attendre la seconde partie qu^il fait espérer; peut-être qu'il réussira mieux, et qu'il méritera qu'on fasse grâce à la première. Cependant, compère, gardez -la, et voyons ce que c'est que ces trois que voilà ensemble. L'-4raucana de don Alonze d'HerdUaf dit le barbier, Yjiustriada de Jean Rujo^ Jura de Cordoue , et le Mbnferral de Christoçal de J^içès^ poète de Valence. Ce sont là, dit le curé, les meilleurs vers héroïques qu'on ait jamais faits en espagnol , et ils peuvent aller de pair avec les plus fameux ouvrages d'Italie. Conservez-les chèrement tous trois, comme des monumens précieux de l'excellence de nos poètes.

Le curé , se lassant enfin de voir tant de livres, conclut, sans plus examiner, qu'on jetât tout le reste au feu. Mais le barlrier, lui en faisant voir un qu'il avait déjà ouvert , et qui avait pour titre les Larmes d'Angélique : Pour celui-ci , dit-il , véritablement j'aurais été inconsolable, s'il avait été brûlé par mon ordre, car l'auteur a nonseulement été un des plus célèbres poètes d'Espagne, mais encore de tout le monde, et il a particulièrement réussi dans la version de quelques fables d'Ovide.

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