‹ Histoire de Don Quichotte de la Manche (volume 4)Chapitre 112 sur 248 · PARTIE II, LIV. VU, CHAP. LI · texte numérisé non relu

PARTIE II, LIV. VU, CHAP. LI

étranger qui proposa cette question : Monseigneur, une grande rivière sépare en deux les terres d'un même seigneur; je supplie votre excellence de m'écouter avec attention, car le fait est d'importance , et un peu difficile ; sur cette rivière il y a un pont , à un des bouts du-* quel est une potence , et tout auprès une petite maison , où il y a d'ordinaii^ quatre juges établis pour faire observer la loi du seigneur de la terre, dont voici la teneur : « Tout homme qui voudra passer d'un bout à l'autre de ce pont , doit , premièrement, affirmer par serment d'où il vient, et où il va; s'il dit la vérité , qu'on le laisse passer, et s'il jure faussem^t , qu'il soit pendu sans rémission à ce* gibet. » Cette loi étant sue de tout le monde, ceux^qui se présentaient pour passer étaient. interrogea : on les faisait jurer; s'ils disaient vrai, oq les laissait passer librement. Un jour il arriva , qu'après avoir pris le serment d'un homme , il dit qu'il vensdt d'un certain endroit , et qu'il allait mourir à cette potence ; les juges examinèrent ce que venait de dire cet homme , et ils disaient : Si nous le laiifsons aller, il fait un faux serment , et suivant la loi il doit lûourir; mais si nous le faisons pendre, il aura dit vrai , et par la même* loi on doit le laisser passer : on vou9 demande, monseigneur, ce que les juges. doivent faire de cet homme , car ils en

doutent en^^e à présent , sans pouToir se déterminer : ayant appris par le bruit public corniUen von» êtes clairvoyant dans Les matières les plus difficiles , ils m^ont envoyé vers vous , mon«> seigneur , pour vous supplier de dire votre sentiment sur uiae chose si embarrassante.

Pour voua dire vrai^ répondit Sancho^ ceux qui vous envoient i^ auraient bien pu s'en pas* ser ; je ûe suis pas si subtil qu'ils pensent, et ce qui paraît.un homme aurdehors , n'est bien souvent qu'une béte £ui- dedans : néanmoins dîte»moi encore une fois v&tre question , qtie je tâche de la bieil enteiidre, peutnétre qu'à foi*ce de viser nous donnerons au but.. L'autre recommença la question, et là proposa le plus «clairement qu'il put , et Sancho ayant un geu rêvé : Cet homimelà est un peu emharradi^nt , dit-il c que ne passait-il d'un ^utre côté I il îqe semble pourtant , continua-^t-il , qu'on peut éclaifrcir cela en deux mol», et voici comment : cet homme jure qu'il va mourir à cette potence, et s'il y meurt il a dit vrai t or en disant vrai , par la loi on doit le laisser passer Je* pont, et.si on né le pend point, il a menti, et il doit être' pendu : n'est -^ce pas cela? Yous l'entendez admirablement, monseigneur, répondit l'étranger, et voilà entièrement le fait. Yoici donc ce qu'il fsuit faire , dit Sancho : il faut laisser passer la partie de l'homme

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