PARTIE H, LIY. VIII, CHAP. LUI. ^iSS
de faim dès le premier jour que je mettrai le pied dans le gouyernement ! vous ne connaissez pas les Panças , mon pauvre monsieur, ils sont tous têtus , et quand une fois ik disent nonpair il sera nonpair^ quand tout le monde en devrait crever ; allons , laissons dans cette écurie les ailes de fourmis qui m'ont porté dans Fair pour me faire manger aux hirondelles ; allons et marchons tout doucement : quand les souliers de maroquin nous manqueront, au moins euv aurons-nous de vache \ que chaque brebis cherche sa pareille, et ne nous faisons^ plus béte que le loup ne nous mange; laissez-moi passer une foi pour toutes, messieurs , il est déjà tard. Monsieur le gouverr neur, dit l'intendant, nous vous laissons aller puisque vous le voulez , quoique ce ne soit pas sans regret que nous consentons à perdre un homme de vôtre mérite , et dont le procédé est si bon ; mais vous savez bien que tout gouverneur qui $e démet de sa charge est obligé de rendre compte de son administration : rendez, s'il vous plaît, le vôtre, et nous ne vous, retenons plus. Personne n'a droit de nie fair«t rendre compte , repartit Sancho , s'il n'en a le pouvoir de monsieur le duc ; je m'en vais le trouver, et c'est à lui que je le rendrai, sans compter qu'un homme qui sort nu fait assez voir qu'il n'a pas pillé. En vérité, dit Pedro Rezio, le seigneur
Sancho a raison , il faut le laisser aller, aussi bien monsieur le duc aura-Hl beaucoup de joie de le revoir.
Tous furent de même sentiment, et le laissèrent partir, lui offrant de l'accompagner et de lui fournir tout ce qui serait nécessaire pour faire commodément et agréablement son voyage. Sauficho repartit à toutes leurs offres qu'il ne vbiilait qu'un peu d'orge pour son âne, et pour lui du pain et du fromage, et que le voyage étant si court, il n'avait besoin d'autre chose r Tous l'embrassèrent , et lui les embrassa tous en pleurant ; les laissant aussi étonnés des marques de bon sens qu'il venait de donner, que de la prompte résolution qu'il avait prise.